‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 15 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE XXXVU · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XXXVU

et surtout s'il ne s'était pas écolièrement attaché à l'imitation d'Horace. ^ Ce sont des esquisses de mœurs, des croquis de quelques folies, et même de quelques vices du temps avec le rire de la muse comique ; en un mot c'est un léger hommage à Thalie.' ^ On n'a qu'à voir l'énergique, sévère et triste physionomie du poète, telle que Buttura l'a fixée sur la toile, 2 pour comprendre que Barbier se forçait pour rire. Ces deux natures, Horace et Barbier, avaient trop peu en commun pour que leur rapprochement pût donner rien de vivant et de durable. Êrostraîe et Pot-de-Vin ont encore de beaux vers bien venus ; mais on souffre, ici, d'un écart trop large entre le sujet antique et le vice contemporain visé ; là, du symbolisme facile et un peu gros, et, dans les dernières Satires, du manque total d'originalité. Que n'a-t-il, comme Mathurin Régnier, * vécu sans nul pensement,' sans théories empruntées, sans souci d'imitation, et continué de dire leur fait aux gens sans rien écouter d'autre que sa vigoureuse colère ! ^

L'inspiration civique a mieux servi Barbier. Il lui doit deux recueils : les Chants civils et religieux^ 1841, et les Rimes héroïques, 1843. — La galerie de

^ Satiresy préface.

"^ Étude remarquable que la mort du peintre n*a pas laissé achever, 1848. Elle est, pour la première fois, donnée au public en tête de cette édition.

^ L'idée de donner de Tampleur à la satire des mœurs contemporaines en les rejetant dans le lointain du passé part d'un excellent principe d'art. L'application réclame un doigté délicat. On le trouve, avec d'autres éléments qui rappellent le meilleur Barbier, dans les Dialogues civiques de M. Auguste Angellier, le biographe de Robert Burns, tome second de ses poèmes Dans la Lumière antique, Hachette, 1906.

XXXVlll AUGUSTE BARBIER :

noms illustres que les sonnets du Ptanio présentaient pour l'Italie, les Rimes héroïques la composent pour la France, pour l'élévation des âmes françaises par le culte des héros. Beaucoup de ces sonnets sont bons ; aucun n'est excellent. La pensée y est toujours noble, l'émotion vraie ; mais les deux n'arrivent pas à se fondre en un sonnet d'or franc, tout d'une venue, et n'ayant qu'une seule âme et qu'un seul timbre. Comme pénétration intellectuelle, un des plus remarquables est celui qui célèbre lord Falkland. Après avoir dépeint la mêlée fratricide de 1643, le poète ajoute, parlant également des deux adversaires, Cavaliers et Parlementaires :

*Tous étaient morts croyant à leur cause chérie. Un seul, plus malheureux, dans cette boucherie, N'avait eu que l'honneur pour bannière et pour foi ;

C'était Falkland : Vertu, porte au ciel sa grande âme. En vain la liberté l'inondait de sa flamme. Silencieusement il mourait pour le Roi.'

On s'étonne que le sonnet n'ait pas été dédié à de Vigny.

Comme pâte et comme facture, les tercets du Winkelried sont parmi les mieux pétris, en plein style concret :

* Moi, moi, dit Winkelried ; et le bon capitaine. Comme un fort moissonneur que l'on voit dans la

plaine Presser les épis mûrs contre son sein voûté,

De lances en arrêt le plus qu'il peut embrasse, Tombe, et, par le grand trou qu'il ouvre dans la masse, Fait passer la victoire avec la liberté.'

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