‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 16 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE XXXIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XXXIX

Les Chants civils et religieux sont un recueil d'hymnes, dépeignant les divers tableaux de la vie humaine, pareils, nous dit Barbier, à la chaîne d'or du poète antique qui reliait la terre au ciel. Là encore, il s'adresse, non à l'homme isolé, * mais à l'homme en rapport avec ses semblables, au citoyen.' Pour la pensée et pour la forme, il se réclame d'André Chénier et de Ronsard. La forme, très étudiée, très variée sans être très souple, est moins artiste que celle de Ronsard, et le sentiment patriotique, aussi profond que chez André Chénier, n'arrive pourtant pas à la même puissance d'expression parce qu'il n'est pas seul à animer le poète. La diversité des inspirations nuit à l'effet d'ensemble : à la ferveur patriotique s'ajoute la pensée qui médite les données de la science ; l'anthropomorphisme de la fable antique voisine avec le spiritualisme chrétien, l'amour de la Nature avec la philanthropie bourgeoise de Béranger et le conservatisme juste-milieu d'un sage * de Juillet ' avec les survivances sentimentales de Rousseau et de la Révolution. Cet éclectisme, où se reconnaît l'époque de Victor Cousin, détruisant l'unité d'inspiration, détruit l'unité d'impression. Les vers, pris à part, sont parfois pleins et chantants ; mais ni les strophes ni les hymnes n'ont la seule grande voix intime qui fait que — tel le navire neuf de Kipling qui ' s'est trouvé ' that has found herself — une strophe, un poème chante.

Les hymnes A la ^erre, Au Soleil^ Aux Montagnes, souffrent plus de cette complexité d'inspiration que les hymnes A la Liberté, Au Travail, Au Mariage,

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Aux Vieillards. Par contre, ces chants ne remplissent pas toujours assez les abstractions qu'ils célèbrent de la substance concrète qui fait la vie : souvent ils ne dépassent pas Phonnête niveau de la bonne poésie gnomique. Des vers comme ceux-ci tranchent heureusement sur le reste :

* Le bœuf sort de Tétable et vient tendre la tête Au joug accoutumé que le bouvier apprête ; Puis, le mufle en avant et les jarrets tendus.

Il entre à pas égaux dans les sillons fendus...*

Les hommes primitifs sont dépeints avec une belle fougue dans les strophes deuxième et troisième de V Hymne au Mariage. Des êtres qu'il unit saintement, le poète dit avec force et gravité :

* Ils ne mangeront pas les fruits d'or du bonheur

Avec la cendre de la crainte.'

Et la dernière strophe n'est pas sans beauté :

'Allez, car de la vie il est doux, il est beau

De faire en s'aimant le voyage.

Et dans ce dur trajet, ce long pèlerinage, De supporter à deux le pénible fardeau. Il est doux, il est beau de monter la colline

Ensemble et le bras sur le bras ; Il est doux, il est beau, lorsque le jour décline, De la descendre ensemble et de dormir au bas, Comme ces vieux époux aux tranquilles figures, Que l'on voit côte à côte et se donnant la main, Dormir d'un si bon cœur et d'un front si serein Sur les anciennes sépultures.'

La Résignation, la Charité, le Froment, la Vigne, le Poète, les Savants, on entend toutes les voix de la

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cité des hommes. Écoutons, pour finir, les dernières paroles des Vieillards, où se prolonge comme un écho de Marc-Aurèle :

* De ce monde mouvant, de ce monde éphémère, Détachons-nous sans bruit, sans regret et sans fiel. Comme un fruit doux et mûr, et qui, tombant sur terre. Bénit le sol natal et l'arbre paternel.'

Ces deux recueils de poésies dédiées à la Cité révèlent, pour la variété des mètres et la correction des vers, un savoir-faire plus grand que dans les recueils antérieurs. Mais ce que le poète a gagné en technique et en habileté est trop souvent compensé par ce qu'il a perdu en passion lyrique et en enthousiasme. Jusqu'ici il n'avait rien d'un versificateur ; il y a des taches de pure forme dans les ïambes; et maintenant qu'il acquiert à fond le métier, il perd l'instinct de ces beaux vers pleins, coulés d'un jet, à la Corneille, qui l'avaient, du premier coup, sacré poète. Malgré ces réserves, après les satires, ces chants civiques continuent d'affirmer la hauteur d'âme de Barbier et sa fervente persuasion que la poésie a son rôle à jouer dans l'éducation des hommes pour la plus grande harmonie de la cité humaine. * Ils permettent de ranger Barbier dans cette noble famille de poètes penseurs, épris du Bien autant que du Beau, et utiles à l'humanité, où Vigny serait le chef du chœur avec Barbier, Laprade et quelques autres, plus modernes, pour compagnons.' ^

Nous touchons à la dernière partie de l'œuvre

^ Henri Chantavoine, dans VHistoire littéraire de la France^ xixe siècle, ' les Poètes.'

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poétique de Barbier. En laissant de côté le Benvenuto Cellini qu'il fit en collaboration avec Léon de Wailly pour Berlioz, et le César Borgia qui n'est qu'une tentative de drame en vers blancs, sans portée dramatique et restée sans écho, elle se compose simplement des Silves et Rimes légères^ parues ensemble en 1860. Barbier se rendait si bien compte que ces ouvrages différaient complètement de ses vers antérieurs, qu'il publia d'abord, en 1851, les Rimes légères sans nom d'auteur. C'est un recueil d'odelettes et de chansons. Il serait venu plus à son heure, semblet-il, vers la vingtième année du poète, et les ïambes en sa forte maturité. C'est, nous dit-il lui-même, * un bouquet de petites fleurs ' dont bien peu ont gardé jusqu'à nous leur parfum. — Les Bords de la Mer sont pourtant d'un sentiment juste et bien dépeint :

* Nous verrons à nos pieds soumis.

Courir le troupeau des nuages, Et les hommes le long des plages Cheminer comme des fourmis...

Nous verrons quelque chose encore

De plus grand que la mer, — les cieux...

Et là sur la haute colline,

Loin des cris et des pas humains,

Appuyé contre ta poitrine.

Et les deux mains dans tes deux mains ;

Au vaste murmure de l'onde J'écouterai battre ton cœur, Et sa faible et douce rumeur Dominera la mer profonde.'

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Les Sihes sont des pièces intimes, de circonstance, élégies, idylles et inspirations de voyage, poèmes de jeunesse ou autres sur lesquels le poète vieillissant s'est peut-être trop attendri.^ Le Saule pleureur a de belles strophes élégiaques :

* C'est sur lui que toujours vont se poser mes yeux. Soit qu'autour d'un tombeau son front religieux

Se fonde en larmes de verdure ; Soit que penché sur l'onde, en ce tremblant miroir, Comme une jeune fille avide de se voir,

Il suspende sa chevelure.

Puis il me semble entendre à l'entour voltiger Des fantômes aimants au corps souple et léger,

Aux yeux bleus traversés de flammes, Et, tout en écoutant son murmure plaintif. Je sens passer dans l'air comme un baume furtif

De violettes et de femmes...'

En voyant paraître des milliers de vers plus faibles que ceux-là, * petits vers hésitants, puérils, gentillets, florianesques et tout à fait naïfs,' on comprend que Sainte-Beuve ait résumé l'opinion commune en disant que ' c'était à jurer que ce n'était ni du même poète, ni du même homme. Quelques-uns ont pu dire en se reportant aux ïambes, et en les voyant debout comme une colonne de Juillet, ' Ce n'est pas lui qui a fait cela.' Triste vérification du présage de Vigny.

Une pointe humoristique, due à une femme. Madame

* A l'Académie, il dit un jour à de Hérédia qui lui parlait de ses ïambes : ' J'ai fait mieux que cela.' Et il lui récita une pièce inférieure des Siî'ves.

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de Girardin, aviva le sourire malin du public littéraire : * M. Barbier a, dit-elle, assassiné un homme ; il lui a volé sa valise, et dans sa valise il y avait les ïambes.^

Pour adoucir l'amertume de ces insuccès, Auguste Barbier garda l'affection et l'estime admirative d'un groupe choisi de poètes, Brizeux, Vigny, Laprade, Emile et Antony Deschamps, auxquels se joignirent plus tard Lacaussade et Grenier, vraie famille d'esprits élevés, de cœurs chauds, de nature profondément sérieuse, qui, plus humblement mais non moins efficacement que l'exilé volontaire de Guernesey, sauvèrent, dans la débâcle morale du Second Empire, l'honneur et la pureté de la poésie française. Les lettres récemment publiées par M. Alfred Rébelliau^ montrent qu'ils s'aimaient mutuellement avec tendresse ; Brizeux surtout y met des ' ingénuités enfantines ' ; Vigny, bien qu'avec plus de fermeté, n'est ni moins dévoué, ni moins affectueux.

En un cercle pareil, Barbier pouvait se consoler de n'avoir pu captiver plus longtemps la popularité. L'amour tenace de quelques fidèles et, d'autre part, les manœuvres d'opposition intellectuelle à l'Empire, amenèrent, en 1869, son élection à l'Académie. Napoléon III, qui ne lui avait pas pardonné U Idole, se refusa de recevoir à l'Elysée le nouvel académicien qui, de son côté, ne demandait qu'à être dispensé de la visite traditionnelle.^

^ Revue politique et littéraire, 3 juin 1905.

^ Victor Hugo lui écrivit : * Vous voilà à rAcadémie. L'Académie n'est rien quand on a la gloire. Je félicite l'Académie.'

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Cet honneur tardif n'éclaircit que pour un moment sa vieillesse mélancolique. La guerre qui éclata presqu'au lendemain de sa réception à l'Académie (17 mai 1870) assombrit sa tristesse de penseur et de patriote. Ses souvenirs personnels et ses études littéraires rédigés dans ces dernières années révèlent qu'il en vint à la misanthropie. On est peiné de voir que les jugements qu'il formule ou que, le plus souvent, il rapporte sur les écrivains ses confrères manquent de largeur critique et trop souvent de cordialité. Le * père Barbier,' comme l'appelait alors la jeunesse des écoles, était un petit vieux, propret, ayant l'aspect du notaire retiré, du parfait rentier, écrivant un hymne à VHéritage^ et souriant placidement à la médiocrité quand elle n'est même que superficiellement dorée. Il occupait rue Jacob un petit appartement au cinquième, sur la cour, — ' un petit bourgeois dans de l'acajou.' ^ Le portrait que m'en trace M. Frédéric Plessis, d'après ses souvenirs, confirme celui de M. Edmond Pilon : * Le menton en casse-noisette, des lunettes d'écaillé, un chapeau gris avec un crêpe, un éternel parapluie sous le bras et des guêtres blanches, comme pour célébrer le printemps.' A cette esquisse, il convient d'ajouter, pour rétablir la vérité des demiteintes, une délicate urbanité dans les manières et le parler, qui semble s'être évanouie avec cette génération de grande bourgeoisie encore frottée d'ancien régime.

Il faudrait enfin, pour faire revivre aux yeux le ton

' Edmond Pilon, Rendue politique et littéraire y 8 avril 1905.

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général de la complexion, où affleure le tempérament, se rappeler que ce pessimisme était nourri en lui par des racines lointaines, et des raisons qui n'étaient pas sans noblesse. Cette réponse à un jeune poète qui lui demandait en vers la raison de son silence en fait foi ^ : *... De bonne heure j'ai pénétré le fond des choses ; j'ai vu que le mal corrompait vite le bien et que la plupart du temps les mauvaises passions et les bas intérêts arrêtaient l'élan des cœurs et détournaient de leur but les plus nobles idées, et j'ai écrit les ïambes. Depuis, bien d'autres commotions sont survenues et elles ne m'ont pas montré grand changement dans l'esprit des hommes. Je ne ferais que me répéter...' Barbier a eu le courage de ne pas se recommencer ; mais il s'est mal consolé de ce que les hommes lui aient fourni toujours la même matière à satires.

Les lettres françaises, grâce à l'Académie, s'étaient acquittées de leur dette envers le poète. La République, enfin consommée après des crises douloureuses, resta des années sans se souvenir du passionné défenseur de la liberté.

*La Liberté sainte est la seule déesse Que l'on n'adore que debout.'

Sans doute sa fièvre d'humanité était tombée, sans doute une sagesse conservatrice avait toujours, et, de plus en plus avec l'âge, tempéré l'ardeur de sa foi républicaine ; mais son idéal civique était resté

* Lettre à M.Alexandre de Haye, Paris, 9 décembre 1875, insérée dans la Revue politique et littéraire.

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le même; seul de la pléiade romantique il n'avait jamais pactisé avec le pouvoir personnel, ni avec Louis-Philippe comme Victor Hugo, pair de France, ni avec Napoléon III comme Sainte-Beuve, sénateur de l'Empire. La réparation tardive que lui devait la République lui vint d'un ministre qui avait la mémoire de ses premiers enthousiasmes : M. Bardoux le fit chevalier de la Légion d'honneur, le 7 février 1878. Avisé par son confrère de l'Académie, M. Alfred Mézières, le poète se récria : n'ayant jamais rien demandé, il ne pouvait, lui, vétéran, accepter une récompense de conscrit. Le décret était signé. Que faire ? M. Mézières, de qui je tiens les faits, se rendit sur l'heure auprès du ministre, lui dire que lui seul pouvait faire revenir Auguste Barbier sur sa détermination. Sans retard, M. Bardoux monta les cinq étages du poète et trouva, pour le convaincre d'accepter, tant de bonnes raisons et surtout de chaleureuse persuasion que le vieux poète, timide au fond, touché aussi, ne repoussa pas la croix apportée avec cette parfaite bonne grâce.

Malgré trois livres en prose publiés de son vivant, Trois Passions^ * essai de peinture des grandes agitations de l'âme telles que le jeu, l'amour et la politique,' — Contes du Soir, dont nous avons dit un mot, — et Histoires de Voyage, souvenirs et tableaux de France et d'Italie ; malgré quatre ouvrages posthumes, tablettes littéraires et artistiques publiées par les soins de Lacaussade et Grenier, Auguste Barbier ne peut être compté comme un prosateur ayant laissé sa mar-

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que. Son style est grave et froid, sans élan oratoire et sans trouvailles poétiques même dans le simple pittoresque. L'examen de ses idées sur Part sortirait du cadre de cette étude. En dehors de l'intérêt documentaire des souvenirs sur les journées de 1848, par exemple, et des propos de grands hommes rapportés, la valeur de ces fragments gît plutôt dans les esquisses de drame ou de nouvelle, où la * scène à faire ' est parfois fortement indiquée. C'est le cas pour les amours de Constance Mayer et du peintre Prud'hon. Un critique a récemment remarqué que dans son Massini M. Jules Lemaître a * très habilement, très délicatement récrit cette histoire à la moderne, à la contemporaine.' C'est un hommage à Barbier prosateur.

Ses dernières années, Auguste Barbier les passa paisiblement dans son appartement de la rue Jacob, entouré de l'affection de la famille Hons-Olivier, qui était comme sa famille adoptive, et, dès qu'arrivaient les beaux jours, dans sa maison des champs, des bois plutôt, à Fontainebleau^. Dans le Gros- Fouteau, une des plus belles futaies de la forêt, le chêne imposant qu'il préférait à tous n'est plus maintenant désigné que comme V Auguste Barbier, baptême bien fait pour flatter l'âme d'un poète.^

Il s'éteignit à Nice, en sa soixante-dix-septième année, le 14 février 1882.

^ Rue Saint-Louis, 17.

2 Curieuse rencontre, ce même chêne avait d'abord eu pour parrain le Prince impérial.

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Il nous faut à présent nous séparer de l'homme auquel nous nous étions peu à peu attaché malgré ou peut-être à cause du deuil qu'a toujours porté son âme. Revenons à l'écrivain, et regardons un instant ce qui fait de lui non pas ' un poète de hasard,' comme dit Sainte-Beuve, mais un * cas ' littéraire des plus curieux à étudier.

Comme il lui est arrivé plus d'une fois, Sainte- Beuve s'est trouvé mettre sa versatile intelligence et sa fine pénétration au service de l'opinion toute faite du grand public. Le peuple a pour porter des jugements sommaires, pour mettre tout Gilbert dans les Adieux à la vie, tout Sully-Prudhomme dans les quelques strophes du Vase brisé, tout Barbier dans La Curée, des excuses qu'on peut difficilement accorder au puissant critique.

Pour partager, contre ses anciens confrères en poésie^ les préjugés et les arrêts écourtés du public, il faut que Sainte-Beuve ait eu dans le cœur une certaine sécheresse de sympathie poétique. Son jugement final ^ donne à la rumeur populaire une voix de réquisitoire. Voici la sentence : ' La Curée a été un pur accident dans la vie d'Auguste Barbier.' Pourquoi déjà, comme le public, prendre La Curée comme œuvre-type, alors que, (^r l'ampleur des lignes, par l'étreinte de la pensée, par le puissant raccourci et la parfaite expression de l'allégorie, et par son rythme de tambour battant la charge, enfin par la hauteur morale d'où tombe l'invective, V Idole est, sans doute possible,

* Sainte-Beuve, édition Garnier, xi, p. 447. Rnri4 d

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le poème excellent entre tous ? Mais lisons plus loin. * Il n'a fait dans cette pièce et dans toutes celles d'à côté qu'imiter et transporter de 1793 à 1830 l'ïambe d'André Chénier, avec ses crudités, avec ses ardeurs, empruntant du même coup la forme et le style, y mettant plus de verve que de finesse, grossissant les traits, élargissant et épaississant les teintes ; et tout cela a paru aux ignorants une originalité de son cru et une invention.'

Les moins au fait de ces délicates questions seraient mis en défiance par le persiflage légèrement méprisant du ton. Toute légèreté, car il ne saurait être question de délicatesse, est mise de côté dans les lignes suivantes d'un humour savoureux mais injuste : ' Il s'est trouvé poussé à cette débauche de La Curée, trop rude pour lui, comme un fils de famille qu'on habille en fort'^ un mardi de carnaval et qu'on pousse à la sublime ribote.'

Ce dernier mot a donné la note du dénigrement contre Barbier depuis une génération. On ne parlerait pas autrement d'un pastiche crayonné après boire. Les quarante éditions des ïambes et Poèmes protestent contre cette exécution. Toute la vie de Barbier s'élève contre cette interprétation abaissante et pour lui et pour celui qui l'a lancée, car nous y trouvons à toute heure cette foi généreuse dans le bien et cet amour du beau qui, fondus à l'enthousiasme jailli d'un grand émoi de l'imagination et du cœur, suffisent à expliquer la poussée vigoureuse des ïambes. Un

^ En fort de la halle de Paris, en manœuvre.

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