‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 2 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE IX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE IX

tère qu'aux mouvements mal ordonnés de la sensibilité.

On entrevoit dans cette esquisse les traits qui passèrent à son fils : le sérieux de l'âme, l'attachement au devoir d'homme et de citoyen, l'art mis au service du juste et du vrai, l'absence aussi de joie spontanée et de simple allégresse.

Auguste-Henri, après le collège, poussa ses études e droit jusqu'à la licence. La littérature déjà l'at-

rait. Il collaborait avec Alphonse Royer à un long oman. Les Mauvais Garçons, qui, malgré son titre innocent de comédie bourgeoise, prétendait présenter une peinture de la société française au moyen âge. La gloire de Walter Scott hantait les rêves de ces jeunes étudiants. L'idée d'un drame à tirer de la conspiration Malet le poursuivait aussi.^ Il la confia à Madame Récamier. Sa mère l'avait connue quand elle ne s'appelait encore que Julie Bernard. Bien accueilli à rAbbaye-au-Bois,^ retraite qu'avait choisie Madame Récamier à son retour d'exil. Barbier y goûta le bonheur, intense quand on a vingt ans et l'ambition d'écrire, de rencontrer les grands hommes du jour. Il y vit notamment Ballanche et Ampère le jeune.

La révolution de 1830, qui éclata comme le tonnerre

^ Il s'agit du général Malet qui en 181 2 complota de renverser Napoléon. Il avait voulu commander lui-même la manœuvre du peloton qui devait le passer par les armes. La jugeant mauvaise, il la fit recommencer, du premier mouvement au commandement suprême * Feu ! ' — * A pity this Malet is not one of our line/ once said to me the brother of the late Sir Edward Malet.

* Rue de Sèvres, à Paris.

X AUGUSTE barbier:

dans un matin calme, vint l'arracher à ces projets littéraires et, du moyen âge, le jeter en plein cœur de la réalité présente. Ni ses relations encore restreintes, ni sans doute ses goûts personnels, ne l'avaient introduit dans le groupe de professeurs et de publicistes du National qui, avec Thiers pour chef, par leur éloquente protestation contre les Ordonnances royales déchaînèrent la révolution. La formule énergique d'Armand Carrel, * Il s'agit d'enfermer le gouvernement dans la Charte ou de le faire sauter par la fenêtre,' se répandit dans Paris comme une traînée de poudre. Charles X comprit le danger et confia le commandement de toutes les troupes de Paris au général Marmont. Il était trop tard. Dès le soir du 27 juillet les barricades hérissaient le centre de Paris. Le 28, sous l'impassible sérénité d'un ciel d'azur, la bataille faisait rage aux portes Saint-Martin et Saint- Denis, au pont d'Arcole, au faubourg Saint-Antoine. L'Hôtel de Ville tombe aux mains des insurgés. Le lendemain 29, c'est la prise du Palais-Royal et, après la mêlée furieuse de la rue de Rohan, la chute des Tuileries et la retraite des troupes royales consacrent la complète victoire du peuple.

Auguste Barbier n'était même pas à Paris ; mais à une douzaine de lieues, dans la Brie. A la première nouvelle du mouvement, il prit la poste, et arriva le lendemain. Les rues étaient encore barrées de barricades. La place de la Bastille présentait l'aspect deux fois lamentable d'un champ de bataille en pleine ville. Un incident, qu'il a rapporté dans ses Souvenirs personnels, vint donner un autre cours à ses idées et,

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