‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 3 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE XI · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XI

d'une manière décisive, ébranler son imagination. Soudain, le général Touanez, qui l'accompagnait, fut rejoint par un jeune homme, autrefois son aide de camp, qui, les cheveux au vent, la poitrine nue, noir de poudre, beau de toute la beauté de l'enthousiasme, lui cria : ' C'est le peuple qui a tout fait : le peuple a été sublime ! ' ^

Cette vision et ce cri restèrent dans les yeux, dans les oreilles du poète. Quand, dans les semaines qui suivirent, La Fayette eut fait acclamer le duc d'Orléans roi des Français, comme ^ la meilleure des Républiques,' quand le changement de dynastie et de drapeau eut satisfait les libéraux, quand il vit les bourgeois s'enfermer dans leurs privilèges et en lever la herse contre le peuple victorieux et frustré, quand il découvrit surtout que les soutiens de l'ancien monarque flattaient le nouveau roi et, faisant chorus avec ses grands électeurs, se ruaient avec une égale avidité à la curée des places et des faveurs, alors son âme d'honnête homme en fut profondément bouleversée et il déversa une colère indignée dans le premier de ses ïambes, qui reste un de ses plus beaux titres de gloire, La Curée. Pour achever de préciser la genèse de ce poème, qui fit époque, disons d'après Julien Travers (Communication à l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, 1882) que Barbier avait fait en sept strophes inégales une * dia-

' Cp. Vigny, Journal d!un Poète, 1830, de mercredi à jeudi 29. * Depuis ce matin on se bat. Les ouvriers sont d'une bravoure de Vendéens ; les soldats d'un courage de garde impériale : Français partout. Ardeur et intelligence d'un côté, honneur de l'autre.'

xii AUGUSTE barbier:

tribe ' (le mot est de lui) intitulée Le Lendemain ^ et portant en sous-titre La Curée, quand le bel article

* A titre de curiosité nous donnons ici cette pièce très peu connue, que nous devons à la généreuse courtoisie de M. Frédéric Plessis :

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