LA POPULARITÉ II
Où partout la vertu montre bientôt la corde,
Où le héros ne Pest qu'un jour ; 60
Un temps où les serments et la foi politique
Ne soulèvent plus que des ris ; Où le sublime autel de la pudeur publique
Jonche le sol de ses débris ; Un vrai siècle de boue, où, plongés que nous sommes,
Chacun se vautre et se salit ; 66
Où, comme en un linceul, dans le mépris des hommes
Le monde entier s'ensevelit.
Pourtant, si quelque jour de ces sombres abîmes
Où nous roulons aveuglément, 70
De ce chaos immense où les âmes sublimes
Apparaissent si rarement.
Soudain et par hasard il en surgissait une
Au large front, au bras charnu, Une âme toute en fer, sans peur à la tribune, 75
Sans peur devant un glaive nu ; Si cette âme splendide, étonnant le vulgaire
Et le frappant de son éclat.
Montait, avec l'appui de la main populaire.
S'asseoir au timon de l'État ; 80
Alors je lui crîrais de ma voix de poète
Et de mon cœur de citoyen :
Homme placé si haut, ne baisse pas la tête,
Marche, marche et n'écoute rien !
Laisse le peuple en bas applaudir à ton rôle 85
Et se repaître de ton nom :
Laisse-le te promettre un jour même l'épaule
Pour te porter au Panthéon !
Marche ! et ne pense pas à son temple de pierre ;
Souviens-toi que, changeant de goût, 90
Sa main du Panthéon peut chasser ta poussière
Et la balayer dans l'égout !
Il ÏAMBES
Marche pour la patrie et, sans qu'il nous en coûte,
Marche en ta force et le front haut ; Et dût ton pied heurter à la fin de ta route 95
Le seuil sanglant d'un échafaud, Dût ta sublime tête, ô royale victime !
Tomber au bruit d'un vil tambour ; Du peuple quel qu'il soit ne cherche que l'estime,
Ne redoute que son amour ! . . . loo
La popularité ! — c'est la grande impudique
Qui tient dans ses bras l'univers.
Qui le ventre au soleil, comme la nymphe antique,