Livre à qui veut ses flancs ouverts
C'est la mer ! c'est la mer ! — d'abord calme et sereine, 105
La mer, aux premiers feux du jour.
Chantant et souriant comme une jeune reine,
La mer blonde et pleine d'amour ; La mer baisant le sable, et parfumant la rive
Du baume enivrant de ses flots, iio
Et berçant sur sa gorge ondoyante et lascive
Son peuple brun de matelots ; Puis la mer furieuse et tombée en démence,
Et de son lit silencieux Se redressant géante, et de sa tête immense 1 1 s
Allant frapper les sombres cieux ; Puis courant çà et là, hurlante, échevelée, .
Et sous la foudre et ses carreaux Bondissant, mugissant dans sa plaine salée.
Comme un combat de cent taureaux ; 1 20 Puis, le corps tout blanchi d'écume et de colère,
La bouche torse, l'œil errant, Se roulant sur le sable et déchirant la terre
Avec le râle d'un mourant ;