‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 6 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE XIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XIX

été, grâce aux efforts de Sainte-Beuve, * adopté comme

Bun maître.'^

^* Si un mètre peut passer intact d'un poète à un autre, il n'en est pas de même du mouvement lyrique, qui tient plus intimement encore au rythme personnel de la vie. Chez André Chénier, on y distingue peutêtre plus de rythme musical ; chez Auguste Barbier la phrase s'allonge plus volontiers, les répétitions de mots y trahissent un lyrisme moins élevé, mais une plus grande puissance oratoire ^ : Barbier a moins lu les Grecs que les Latins, moins pratiqué Sophocle que Corneille.

Reste un dernier élément qui se trouve également dans Chénier (voir en particulier les deux seules pièces publiées de son vivant. Le Jeu de Pautne^ où l'octosyJlabique se glisse souvent comme un acheminement aux ïambes qui paraissent pour la première fois dans le poème Sur les Suisses), je veux dire le mélange du trivial et du grandiose. Il y en aurait long à dire sur cet élément hybride, si neuf dans la poésie française, appelé à une si haute fortune par le romantisme, qu'aux yeux des simples il en est resté comme la marque et l'essence. Qu'il suffise ici d'indiquer que si Barbier, un des premiers, a donné une place saillante à cet élément, cette place dans ses ïambes était légitime, voulue par le sujet même. 1830, c'est l'irruption du peuple entre deux dynasties royales ; comment la dépeindre sans que les images évoquant le peuple et les mots

* Cp. Ernest Dupuy, La Jeunesse des Romantiques, p. 300. Paris. Société française, 1905.

^ Cp, Campo SantOf 11, 161- 176,

XX AUGUSTE barbier:

criés par le peuple ne fassent, eux aussi, irruption dans la langue jusqu'alors royale ou seigneuriale de la poésie? De là, ces termes drus et forts, ces images violentes, ces couleurs crues, ' avec du brun sur la peau,' et la * femme saoule ' de U Emeute, le * voyou ' de La Cuve, et les visions matérielles et brutales de Terpsichore, que n'a pas dépassées le plus osé réalisme. Quand on pense que Victor Hugo n'en était encore qu'aux Feuilles d^ Automne (pour la plupart de mai et de juin 1830), on voit à quel point Barbier est original, à quel point il est précurseur. De plus, et c'est le point principal, dans le romantisme, rares ont été les poètes qui ont eu, pour introduire l'antithèse du trivial et du grandiose, l'excuse ou mieux la raison d'Auguste Barbier. Et voilà précisément pourquoi, n'étant pas soutenue par la vérité de leur matière, l'outrance de leur langage est devenue triviale. Au fond, c'est faire tort à Barbier que d'employer ce mot. Plus exactement, c'est le populaire et le grossier qu'il mêle au grandiose, parce que le bouillonnement des Trois Journées lui a révélé un peuple où se heurtaient magnifiquement ces éléments disparates.

Auguste Barbier n'est pas un grand seigneur qui parle argot. Sans être peuple lui-même, il s'est approché du peuple, et, touché au cœur de la même fièvre, il lui a pour ainsi dire, le 29 juillet, donné l'accolade. De ce contact, il a toujours gardé quelque chose. Sa pitié n'est pas vaguement humanitaire. L'expression en est concrète, car sa vision a été directe, précise. Il a résisté au courant saint-simonien, qui a suscité vingt semi-religions * sociales ' (le néologisme

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