‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 61 sur 112 · BEDLAM · texte numérisé non relu

BEDLAM

Du délire chantant sa conquête sublime Par le rude gosier de sa triste victime, 70

C'est la mort toujours là, la mort toujours auprès, Frappant l'être à demi sans l'achever jamais. Et telles sont pourtant les colonnes d'Hercule, Les piliers devant qui tout s'arrête ou recule. Les blocs inébranlés où les générations 7 S

L'une après l'autre vont fendre et briser leurs fronts ; Le dilemme fatal aux plus sages des hommes. Le rendez-vous commun de tous tant que nous sommes : Où l'un vient pour avoir vécu trop hors de soi. Et n'être en son logis resté tranquille et coi, 80

L'autre, parce qu'il a regardé sans mesure Dans l'abîme sans fond de sa propre nature ; Celui-ci par le mal, celui-là par vertu ; Tous, hélas ! quel que soit le mobile inconnu, Par l'éternel défaut de notre pauvre espèce, 85

La misère commune et l'humaine faiblesse ; Et, de ce vaste cercle où tout semble aboutir, Où les deux pieds entrés, l'on ne peut plus sortir. Où, gueux, roi, noble et prêtre, enfin la tourbe humaine Tourne au souffle du sort comme une paille vaine : La porte la plus grande et le plus vaste seuil 91 Par où passe le plus de monde, c'est l'Orgueil ; Oui, l'orgueil est la voie entraînante, insensée. Qui de nos jours conduit presque toute pensée Au morne idiotisme, à l'aveugle fureur... 95

O Bedlam ! monument de crainte et de douleur ! D'autres pénétreront plus avant dans ta masse ; Quant à moi, je ne puis que détourner la face. Et dire que ton temple, aux cintres étouffants. Est digne pour ses dieux d'avoir de tels enfants, 100 Et que le ciel brumeux de la sombre Angleterre Peut servir largement de dôme au sanctuaire.

yO LAZARE

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