LES ENFANTS
Ma mère, que de maux dans ces lieux nous souffrons !
L'air de nos ateliers nous ronge les poumons,
Et nous mourons, les yeux tournés vers les campagnes.
Ah ! que ne sommes-nous habitants des montagnes, 66
Ou pauvres laboureurs dans le fond d'un vallon ;
Alors, traçant en paix un fertile sillon.
Ou paissant des troupeaux aux penchants des collines.
L'air embaumé des fleurs serait notre aliment 70
Et le divin soleil notre chaud vêtement ;
Et, s'il faut travailler sur terre, nos poitrines
Ne se briseraient pas sur de froides machines.
Et, la nuit nous laissant respirer ses pavots,
Nous dormirions enfin comme les animaux. 75