‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 69 sur 112 · LES MINEURS DE NEWCASTLE · texte numérisé non relu

LES MINEURS DE NEWCASTLE

Et cependant c'est nous, pauvres ombres muettes, Qui faisons circuler au-dessus de nos têtes 50

Le mouvement humain avec tant de fracas ; C'est avec le trésor qu'au risque de la vie Nous tirons de la terre, ô puissante industrie ! Que nous mettons en jeu tes gigantesques bras.

C'est la houille qui fait bouillonner les chaudières, 5 5

Rugir les hauts-fourneaux tout chargés de matières,

Et rouler sur le fer l'impétueux wagon ;

C'est la houille qui fait par tous les coins du monde,

Sur le sein écumant de la vague profonde.

Bondir en souverains les vaisseaux d'Albion. 60

C'est l'œuvre de nos bras qui donne au diadème Cet éclat merveilleux, cette beauté suprême Qu'on ne voit nulle part ; enfin c'est notre main Qui produit à foison les richesses énormes De ces quatre cents lords aux insolentes formes, 65 Qui souvent sans pitié nous voient mourir de faim.

O Dieu ! Dieu tout-puissant ! pour les plus justes

causes Nous ne demandons pas le tumulte des choses, Et le renversement de l'ordre d'ici-bas ; Nous ne te prions pas de nous mettre à la place 70 Des hommes de savoir et des hommes de race. Et de remplir nos mains de l'or des potentats :

Ce dont nous te prions, enfants de la misère. C'est d'amollir le cœur des puissants de la terre, Et d'en faire pour nous un plus solide appui; 75 C'est de leur rappeler sans cesse, par exemple. Qu'en laissant dépérir les fondements du temple, Le monument s'écroule et tout tombe avec lui.

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