‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 9 sur 112 · SA VIE ET SON ŒUVRE XXV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XXV

C'est encore l'admirable passage du Campo SantOy que M. France nous récita un matin de cet hiver :

* Heureux, oh ! bien heureux qui, dans un jour d'ivresse ' ^

où Barbier retrouve l'âme fervente d'un solitaire pour faire parler Orcagna, où surtout il exprime en un vers tout le patriotisme urbain du quattrocento :

* J'ai fermé gravement mon œil mélancolique Et me suis endormi, vieux prêtre catholique, En pensant à ma ville.^

En dehors de ces sommets ensoleillés, il y a dans tous ces poèmes des hauteurs moins superbes mais précieuses pour nous orienter dans la vie sans cesse plus large de Barbier. Il se laissa pénétrer par la beauté qui de partout rayonne. En y passant, il traduit Un soir à Pise de Shelley. A Rome, il va méditer sur la tombe de Keats ; et c'est peut-être à l'ombre de la pyramide de Cestus qu'il composa le sonnet à Raphaël dont le début est d'un sentiment tout keatsien :

* Ce qui donne du prix à l'humaine existence. Ah ! c'est de la beauté le spectacle éternel ! '

Nous y trouvons aussi le témoignage, toujours dans cet opulent Campo Santo, d'une crise de la foi catholique de Barbier. Le spiritualisme qu'il a si violemment affirmé dans Desperatio n'en est pas atteint. Mais son jugement sur le catholicisme du pape encore roi temporel (1832) est sévère et rude.

^ Cp. V. 141.

XXVI AUGUSTE BARBIER

Qu'on se rappelle la puissante esquisse en quatre vers :

* Pourquoi le dais splendide avec son front qui penche, Et le grand roi vieillard, dans sa tunique blanche, Superbe et les deux pieds sur le dos des Romains, De son trône flottant bénissant les humains ?

Mort est ce vain éclat...

Tous ces chants n'ont plus rien de la force divine, C'est le son mat et creux d'une vieille ruine, C'est le cri d'un cadavre encore droit et debout.'

Le catholicisme n'était pas seul remis en question dans cette heure de crise. Son doute plus cultivé atteignait jusqu'à Dieu, comme il s'en ouvrit à Lamennais quand, à Rome même où il venait soumettre un de ses ouvrages au pape, l'ardent écrivain essaya d'attirer à lui le jeune poète.

Malgré ces luttes intérieures, dont son spiritualisme chrétien finit par triompher. Barbier, parti en Italie avec la conscience d'une sombre mission, la même que dans les ïambes^ celle d'un ' livide infirmier,'

* Pour nettoyer les corps infectés de souillures. Je vais mettre mon doigt sur toutes les blessures,'

revint, triste toujours, mais adouci par le souvenir de la beauté contemplée, au point de s'écrier qu'il a, en Italie :

* De ses jours effeuillé le rameau le plus frais.'

{U Adieu, 12.)

En Angleterre, où il passa la fin de 1835 ^^ une partie de 1836, Auguste Barbier ne rencontra pas le

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