‹ Iambes et poèmesChapitre 11 sur 72 · LA CUV · texte numérisé non relu

LA CUV

Molestant le TCpos des tremblants citoyens.

Et hurlant, et, le front barbouillé de poussière. Fret i jeter il Dieu le blasphème et la pierre.

O race de Paris, race au «sur dépravé.

Race ardente à mouvoir du fer ou du pavé I

Mer, dont la grande voix fait trembler sur les trAnes,

Ainsi que des fiévreux, tous les porte -couronnes I

Flot hardi qui trois jours s'en va battre les cieux,

Et qui retombe après, plat et silencieux I

Race unique en ce monde 1 effrayant assemblage

Des élans du jeune homme et des crimes de l'ige ;

Race qui joue avec le mal et le trépas.

Le monde entier t'admire et ne te comprend pas I

Il est, il est sur terre une infernale cuve:

On la nomme Paris; c'est une large étuve.

Une fosse de pierre aux immenses contours

Qji'une eau jaune et terreuse enferme i triples tours ;

Cest im volcan fumeux et toujours en haleine

Q)ii remue â longs flots de la matière humaine ;

68 LA CUVB

Un précipice ouvert k la comiplion.

Où la fange descend ,de toute nation.

Et qui.de temps en temps, plein d'une vase immonde,

Soulevant ses bouillons, déborde sm le monde.

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DESPERATIO

Comme tout jeune coeur encor vierge de £el,

J'ai demandé d'abord ma poésie au del:

Hélasl il n'en tomba qu'une réponse amère...

Pauvre fou ! cria-t-il, que la pensée altère,

Toi qui, haussant vers moi tes deux lèvres en feu,

Cherches, comme un peu d'eau, le pur souffle de Dîci

Oh I de moi n'attends plus de célestes haidnes ;

Car le vent de la terre a desséché mes plaiees.

Il a brûlé mes fleurs, et dans son vol fougueux

Fait mon sein plus peléque la nuqui? d'un gueux.

70 DESFEEATIO

L'encens humain parfois » beau fumer encore,

Ce n'esi qu'un souvenir qui bientôt s'évapore;

Il retombe à la terre, et ne va pas plus haut

Qpe la voûte du temple et son froid échafaud,

L'homme enfin ne peut plus parler avec les anges;

J'ai perdu tous mes saints, mes vierges, mes archanges.

Tout ce peuple du ciel qu'aux regards des humains

Un homme aimé de Dieu, poète aux belles mains,

Raphaël, fit souvent descendre sur ses toiles;

Tout est mort maintenant : par delà mes étoiles,

Par delà mon soleil nul écho ne répond,

Bt l'on ne trouve plus qu'un abime profond.

Un vaste et sombre anneau sans chaton et sans pierre,

Un gouf&e sans limite, une nuit sans lumière.

Une fosse béante, un immense cercueil,

£t l'orbite sans fond dont l'homme a crevé l'œil.

Plus de Dieu, Tien au ciel I ah ! malheur et misère I Sans les cieux maintenant qu'est-ce donc que la teno? —

DESPERATIO

La terre t ce n'est plus qu'un triste et mauvais lieu, Un tripot dégoûtaot où l'or a tué Keu, Où, mourant d'une ^m qui n'est point assouvie, L'homme a jauni sa lux et décharné sa vie, Où, vidant U son cœur, liberté, dal, amour.

L'infime a tout joué, tout perdu sans retour ; Un ignoble clapier de débauche et de crime, Qpe la mon, i mon gré, trop lentement dédme [ Un cloaque bourbeux, un sol gras et glissant. Où, lorsque le pied coule, on tombe dans le sang ; Les débris d'un banquet où, la face rougie.

Route la brute humaine ; — une effroyable orgie 1 U, sans (rein, sans remords et prête à tout métier, La femelle s'étale à qui veut la payer ; Qtiant au mile, il en rit, il blasphème, il parjure, Il jette à tout visage et la boue et l'injure i Il tue, il démolit, il monte sur l'autel ; Sur l'or saint du calice il pose un bras charnel. Puis il maudit tout haut la santé de son père. Et même, encore plein du teton de sa mète, Sa. première parole, en sortant du maillot,

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73 DESPERATIO

Est pour lui souhaiter qu'on l'enterre bientât :

Tant U cupidité le travaille et le mange,

Tant l'or, ce dieu de boue, empUt son coeur de fange,

Tant le souffle du itial sur son front abattu

Avant lepiemier poil fait tomber la vertu!

Aiaà donc jette bas toute sainte pensée; Comme un épais manteau dont l'épaule est blesste, Comme un mauvais bâton dont tu n'as plus besoin, Au premier carrefour jette-la dans un coin ; Puis abaisse la tête et rentre dans la foule. Là, sans but, au hasard comme une eau qui s'écoule. Loin, bien loin des sentiers battus par ton aïeul. Dans ce monde galeux passe et marche tout seul; Ne presse aucune main, aucun front sur ta route, Le cœur vide et l'œil sec, si tu peux, fais-la toute. Et quand viendra le jour où, comme un homme las. Tout d'un coup malgré toi s'arrêteront tes pas, Qtisnd le froid de la mort, dénouant la cervelle,

DES7ERATIO

Dans le creux de tes os fera geler la moeHe, Alors, pour en finir, si par hasard tes yeux Se relèvent encor sur la voûte des cîeui, Souviens-toi, moribond, que là-haut tout est vide ; Va dans le champ vrâsin, prends une pienc aride. Pose-la sous ta tète, et, sans penser à rien. Tourne-toi sur le flanc et crève comme un chien.

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