LE PÊCHEUR
Toujours, â mon Rosal toujours les vents contraires
Ne déchireront pas la voile de nos frères ;
Des célestes balcons, les dieux penchés sur nous
Souffleront moins de bise et des zéphyrs plus doux.
S'ils sont justes là-haut, s'ils régissent la terre,
Qs prendront en pitié notre longue misère ;
Ils ne laisseront pas, les bras tendus en Vfùn,
Toujours les braves gens en guerre avec le pain ;
Us ne laisseront pas du fond de sa mantille
L'avarice hautaine insulter la guenille.
Nous n'iions pas toujours, comme des chiens honteux,
Le long du vieux marché, sous ses antres bourbeux,
Giercfaer à nos petits un peu de nourriture ;
Nous qui suons le jour et couchons sur h dure,
i;8 CHiAiA
Qjii n'avons id-bas que la peine et le mal,
Nous n'irons pas toujours mourir à l'hApital;
Nos crocs ne seront plus chargés d'étoupes molles :
Viendront les pensers forts et les mâles paroles.
Après avoir eu l'os, nous aurons bien la chair.
Les douceurs du printemps après le vent d'hiver.
Aussi je prends courage; au branle de la rame
Je pounuis plus ga!meat le poisson sous la lame.
D'un bras ferme et hardi je lance mes harpons,
Je nage à tous les bords, je plonge â tous les fonds,
Car je sais qu'un beau jour, et sans que rien l'empêche.
En mon golfe divin je ferai bomie pêche :
Aux rives de Chiaîa, sur le sable argenté,
Dans mes larges filets viendra la Uberté.
La liberté, pêcheur, la Uberté divine Poserait ses pieds blancs sur ta poupe manne I Cette sœur de Vénus, cette tille des flots.
Dans Naples descendrait des mains des matelots j
CBIAIA tS9
Ohl j'ai bien peur, aim, que ta voix tadtume
Ne chante faussement comme l'oiseau nocturne ;
La Liberté céleste aime les bons rameurs,
Mais elle goûte peu nos oisives humeurs;
Sa robe est relevée, et, belle voyageuse.
Pour notre peuple elle est trop rude et trop marcheuse.
Sybarite au poil noir, et gras voluptueux.
Adorateur sacré du pannesan glueus,
n a le coeur au ventre, et le ventre à k t£te :
Gunter, boire, manger, dormir, voiU sa f!te.
Et, le dos prosterné sur ses larges pavés.
Il n'a les bras tendus et les regards levés
Que vers le de! lardé de ses pâtisseries;
n n'adore qu'un dieu, le dieu des porcheries ;
n admire son corps, il le trouve très beau.
Et cndnt le mal que tait un {^ve dans la peau.
LB PâCHEUR
O fitrel il a raison. Mais la mélancolie A vcné dans ta veine une bourbeuse lie;
DyGoogle
ifiO CHIAIA
Le génie a toujours monté l'homme k Poi^eU,
Et tu vois ton pays avec un mauvais œil.
Du peuple il faut toujours, poète 1 qu'on espère.
Car le peuple, après tout, c'est de la bonne teire,
La terre de haut prix, la terre de labour;
C'est le sillon doré qui fume au point du jour.
Et qui, rempli de sève et fort de toute chose, .
Enflnte incessamment el jamais ne repose.
C'est lui qui pousse aux deux les chênes les plus hauts,
C'est lui qui fait jàllir lesJiommes les plus beaux.
Sous ia bècbe et le soc, il rend outre mesure
Des moissons de bienfaits pour le mal qu'il endure :
On a beau le couvrir de fange et de fumier.
Il change en ipi d'or tout élément grossier;
11 prèle à qui l'embrasse une force immortelle;-
De tout haut monument c'est la base étemelle;
C'est le genou de I^eu, c'est le divin appui :
Aussi, malheur! malheur à qui pèse sur luil
î.GoogIc