LE SPLEEN
Et, passant par la France, allez voir à l'ouvrage Sur son rouge établi le sombre menuiàer Travaillant un coupable et le rognant d'un pied; Semei l'or et l'argent comme de la poussière; Pour vos ventres blasés fouillez l'onde et la terre ; Inventez des plaisirs de toutes les façons ; Que l'homme et l'animal soient les sanglants jetons Et les dés palpitants des jeux épouvantables Où viendront s'étourdir vos âmes lamentables; Qji'â vos ardents regards, sous des poings vigoureux. Les hommes assommés tombent comme des bœufs, Et que, sur le gazon des vallons et des plaines, Chevaux et cavaliers eïpirent sans haldne; Malgré vos durs boxeurs, vos courses, vos renards, Sous le del bleu d'Espagne ou sous les gris brouillards. Et le jour et la nuit, sur l'onde, sur la terre. Je planerai sur vous, et vous aurez beau faire, Nouer de longs détours, revenir sur vos pas.
Demeurer, vous enfuir : vous n'échapperez pas. J'épuiserai vos nerfe à cette rode course, Et nous irons ensemble, en dernitre ressource.
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ïieurter, toui haletants, le seuil Etisanglanié De ton temple de broiize, à froide cruauté I i
Ennui, fatal Ennui! monstre au pMe visage, A la taille voûtée et courbée avant t'âge.
Mais aussi fort pourtant qu'un empereur romain, Comment se dérotier à ta puissante main?
Nos envahissements sur le temps et l'espace Ne servent qu'à te faire une plus lai^ place. Nos vaisseaux à vapeur et nos chemins de fer A t'amener vers nous plus vite de l'enfer !
Lutter est désormais chose inutile et vaine,
Et nous nous inclinons sous ton vent destructeur, Comme un agneau muet sous la main du tondeur. Verse, verse à ton gré les vapeurs homicidesj Fais de la terre un champ de bruyères arides. De la voûte céleste un pays sans beauté.
Et du soleil lui-mfime un oibe sans clarté; Hébèie tous nos sens, et ferme leurs cinq portes Aux désirs les plus vifs, aux ardeurs les plus fortesj
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27& LE SPLEliN
Dans l'arbre des amours jette un ver malfaisant, Et sur la vigne en fleurs un rayon flétrissant; Mieux que le vil poison, que l'opium en poudre. Que l'acide qui tue ausâ prompt que la foudre, Qjie le blanc arsenic et tous les minéraux.
Ouvrages ténébreux des esprits infernaux.
Fais circuler le mal sur le globe où nous sommes, Jusqu'au dernier tissu ronge le cœur des hommes; El lorsque bien repu, vampire sensuel, A tes lèvres sans feu le plus chétif mortel Aura livré sa veine aride et languissante, Qlie la terre vaincue et toujours gémissante Aux bras du Suicide abandonne son corps, Et, sombre coroiur, que l'ange noir des morts Rende enfin ce verdict sur le globe sans vie : Q-g!t tm monde mort pour cause de folie 1
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