LA NATURE
LES DËFRICHSUKS
Invisibles pouvoirs, souffles impérieux, Monarques qui tenez l'immeiisitâ des cieux, Vents qui portez le frais aux ondes des fontaines. Les ondes aux grands bois, les semences aux plaine; Et jetez à longs tlois les flammes de l'amour A tout ce qui reS[ùre et ce qui voit le jour, Défendez vos forêts, vos lacs et vos montagnes I Et loi, sombre empereur des humides campagnes, Qjii tiens étroitement, comme un triton nerveux, La terre toute blonde en tes bras amoureux, Redouble tes clameurs et tes plaintes sauvages. Dévore, plus ardent, le sable de tes plages, Hérisse sur ton front tes cheveus souverains. Et de l'abîme noir levant de larges reins, Pour garder les trésors de ta plaine écu mante, Fais voler jusqu'au ciel la mon et l'épouvante;
iSo LA KATURB
O vieil Océanus, ô grand dieu mugîssaiii, Tes fureurs aujourd'hui ne sont que jeux d'enlaiitl Q}te nous font les cent voix de; fougueuses tempStes? Les mondes dans ies deux se brisant sur nos têtes. Les tremblements du sol, les volcans en éclats. N'ébranlent pas notre âme et ne l'abattent pas. Nul peuple comme nous, dans son humeur altièrc N'a su plus fortement remuer la matière, La mettre sous le joug, et s'en couroimer roi Au nom de la pensée et de l'antique loi.
En dépit de la mort et de son noir squelette, Nous avons en tout point foulé notre planète) Elle nous appartient de l'un i l'autre bout; Comme l'ombre et le jour nous pénétrons partout. Allons, noires forêts, vieilles filles du monde. Tombez et périssez sous la hache féconde 1 Races des premiers jours, antiques animaux. Vieux humains, faites place àdes peuples nouveaux; Dérobons i la mer ses terres toutes neuves.
Domptons les fiers torrents et muselons les fleuves, Descendons sans effroi jusqu'au centre divin.
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Fouillons et refouillous sans repos et sans fin;
El, comme matelots sur la liquide plaine
A p.iands coups de harpons dépeçant leur baleine,
Fariout maîtres du sol, partout victorieux,
Dans le haut, dans le bas, sur le plein, dans le creu:
Du j;lobe taciturne, immense ei lourde masse,
Si;ivant chaque besoin bouleversons la face.
LE POKTE
Ah I ce vouloir immense en un si petit corpt. Cette force cachée en de faibles ressorts.
Saisissent mon esprit de terreurs sans pareilles, Et je sens que le monde, en toutes ses merveilles) Ne nous présente pas de prodige plus beau Et de levier plus fort quç l'iiomme et son cerveau. Et pourtant, au iT'Ufu i^ ce diast de vlctoirei Dans mon âite dcsceiJ une tristesse noire ; Le regret, comme une ombre, obscurcit mon front n Et je ne songe plus qu'à pleurer le vaincu ; Et je m'icrîe alors: — Ah! sur l'œuvre divine Vena-t-on sans respect se vautrer la macliine.
232 LA NATUKE
Et coiniiie hippopotame, inseasibk animal,
Fouler louie la terre avec un pied brutal?
Où les cieux verront-ils luire leurs voûtes rondes.
Si mille pieds impurs viennent ternir les ondes?
Que diront les grands moms si leurs neigeux s(
Descendent dans la plaine et s'abaissent jamais?
Et l'aigle, si, quittant le pays des nuages.
Au dieu brûlant du jour il ne rend plus d'hommages.
Et la belle verdure aux tapis doux et frais,
Et les hauts monuments des antiques forêts.
Les chênes, les sapins et les cèdres immenses.
Le plein déroulement de toutes les semences,
Si le germe divin et ne vit et ne croit
Que par l'ordre de l'homme, au signal de son doigt?
Ahl les êtres diront, chacun dans son entrave:
L'enfant de la namre a fait sa mère esclave 1
O nature! nature, amante des grands cœurs,
Mère des animaux, des pierres et des fleurs,
Inépuisable flanc et matrice féconde
D'où s'édiappent sans lin les choses de ce monde)
Est-il possible, i toi dont le genou puissant
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Sur le globe nouveau berça l'homme nabsant,
Ope tu laisses meuttrir la sublime mamelle
Par les lourds instruments de la race monelle?
Qije tu laisses bannir ta suprême beauté
Des murs envahissants de l'humaine cité,
El que tu ne sois plus, comme dans ta jeunesse,
Notre plus cher amour, cette bonne déesse
Qjji, mWant son sourira à nos simples travaui.
Des habitants du ciel nous rendait les égaux.
Éternisait notre âge et faisait de la vie
Un vrai champ de blé d'or toujours digne d'envie
Hélas I si les destins veulent qu'i larges pas
Fuyant et reculant devant nos attentats,
Tu remontes aux cieux et tu livres la terre
A des enfants ingrats et plus forts que leur mère,
O nourrice plaintive I 6 naturel prends-moi.
Et laisse-moi vers Dieu tc
O mon enfant chéri I toi qui m'aimes encoi Et devines en moi ce que la foule ignore i
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