LA NATURE
Toi qui, laissant hurler le troupeau des humains.
Viens souvent m'erabrasscr, me presser de tes mains.
Et, roulant par les airs des plaintes enfantines,
Sur mon sein verser t'or de tes larmes divines:
Oh ! je comprends tes cris, tes mortelles frayeurs
Et dans tes yeux gonflés la source de tes pleurs !
Je conçois ce que vaut pour l'âme droite et pure.
Pour le cœur déchiré par l'ongte de l'injure,
Pour un amant du bon et du beau, dégoûté
Des fanges de la ville et de sa Mcheté,
Le sauvage parfum de ma rustique haleine ;
'e conçois ce que vaut la douceur souveraine *
Des vents sur la montagne à travers les grands pins,
La beauté de la mer aux murmures sans fins,
Le silence des monts balayés par la houle,
L'espace des déserts où l'âme se déroule.
Et l'aspect affligeant même des lieux d'horreur.
Où le cœur se soulage et qui parlent au cceur.
Aussi, pour rassurer ton âme, 6 mon poètel
Et pour te consoler, je ne suis point muette:
Bien que le livre obscur du Idntain avenir
Ne puisse sur mon sort «Jevstt mî s'entr'ouvtir ; ■
Que, dans le mouveraeni d'une vie incessante. Un bandeau sur les yeux je conçoive et j'enfante, ■ Je puis crier pourtant, et les nombreuses voix Q^i s'élèvent des monts, des ondes et des bois, L'hymne mélodieux, le suava cantique Qjii monte incessamment du globe magnifique.
Dans ton oreille chaste à longs flots pénétrant. Viendra toujours calmer ton cceur désespérant. Qu'importe que le jeu de mes forces sublimes, . Sur la verte planète et dans ses noirs abîmes. Soit en quelques endroits empêché par des nains? Qii'importe que le bras des oi^ueilleux humains, S'attaquam à la terre, i ses fonnes divines, Écorche son beau sein du fer de leurs machines? Qu'importe que, doués des puissances du ciel. Ils changent à leur gré l'habitacle mortel?
Quels que soient les effons de l'homme et de sa rao Que du globe soumis inondant la surface.
Il soit pour la matière une cause de fin.
Ou de perfection un instrument divin; O mon enfant chéri! — jusqu'au jour où la terre, Comme le grain de blé qui s'échappe de l'aire
DyGoogle
Et qu'emportent les vents aux champs de l'infini,
Aura développé son radieux éjri;
Jusqu'au jour où, semblable à la fleur qui se passe.
Par la main du Sdgneur effeuillée en l'espace,
Elle ira rcfonner un globe en d'autres lieui
Et fleurir au soleil de quelques nouveaux cieux,
Toujours, à mon enfant! toujours les vents sauvages
De leurs pieds vagabonds balayeront les plages;
La mer réfléchira toujours dans un flot pur
£i l'océan du ciel et ses Ues d'azur;
Comme un ardent Uon aux plaines africaines,
Le solâl marchera toujours en ses domaines,
DévSrant toute vie et brûlant toutes chairs;
On entendra toujours fiissonner dans les airs
De grands bois renaissants, des verdures sans nombre.
Pour faire courir l'onde et faire flotter l'ombre;
Toujours on verra luire un sommet argenté
Pour les oiseaux divins, l'aigle et la liberté.
DyGoogle