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Mais pour nous, il semble bien que nous soyons condamnés à demeurer sur ce point dans une complète ignorance. Quoi qu’il en soit, sa haute situation, semble-t-il, ne fut jamais sérieusement menacée. Il conserva toujours la confiance de son maître, qui, connaissant fort bien ses doctrines philosophiques, ses idées sur la religion, et sachant combien elles étaient de nature à effaroucher une orthodoxie ombrageuse, ne l’en maintint pas moins à la tête de l'État, comme pour les consacrer et les mettre en pratique. Méntque fut d’ailleurs l'attitude du fils et successeur d'Aboû Ya qoùb Yoücçof, Aboû Yoücçof Ya‘qoûüb. Les souverains almohades, les successeurs du Mahdi, devenus eux-mêmes faläcifa pour le plus grand bien de la civilisation musulmane en Occident, tel est Le spectacle curieux et instructif que nous fait entrevoir, mieux qu'aucun autre document historique, le simple fait de la familiarité intellectuelle révélée par El-Marräkochi entre le Chef des Croyants Aboû Ya‘qoùb et son vizir, l’auteur du célèbre roman philosophiqueintitulé Histoire de Hayy ben Yagdhän
En 1182, sans doute à cause de son grand âge, il résigne ses fonctions de médecin du khalife, et c’est son protégé [bn Rochd qui lui succède dans cette charge. Mais il conserve celle de vizir (1). Environ deux ans plus tard, le 13 juillet 1184, Aboû Ya‘qoùb Yoücofmourait en Espagne, des suites de plusieurs blessures reçues au siège de Santarem (Portugal). Un de ses fils, Aboû Yoüçof Ya‘qoûb, lui succéda. Il maintint, semble-t-il, le vieux philosophe au poste qu ‘il remplissait auprès de son père (2) et l’honora, lui aussi, de sa faveur.
(1) Ibn Abi Zer‘, éd. et trad. lat. de Tornberg, texte arabe, vol. I p. ir0, 1. 9 du bas à 1. 4 du bas; trad, lat., vol, II, p. 182, 1. 2 à 1. 8; cf. trad. Beaumier, p. 292, 1. 16 à 1. 24. — Conde, sbid., p. 493, 1. 5 du bas à dern, 1. — Cf. Renan, Averr. et l'averr., p. 19, 1. 7 à 1. 9.
(2) Ibn Abî Zer‘, ibid., texte arabe, p. 1£r, 1. 14; trad, Beaumier, p. 304, 1. 9 du bas : « Les ministres, secrétaires et médecins de son père furent les siens ».