‹ Ibn Thofaïl: Sa vie, ses œuvresChapitre 9 sur 40 · RATE · texte numérisé non relu

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khalife les reçut, chacun suivant son rang, et leur distribua des faveurs (1). Ibn Rochd n’était-il pas un de ces nombreux délégués? Son voyage à Marrâkech et sa présentation au khalife, précisément à cette époque, trouverait là une explication toute naturelle. En ce cas, l’année 564 ayant commencé le 4 octobre 1168, l'intervalle entre les deux limites se réduirait déjà, de ce fait, à neuf mois : il n’irait plus que d’octobre 1168 au milieu de 1169. Mais entre le moment où le sultan prit, à Marrâkech, le titre de khalife, et l’arrivée dans cette ville des délégués venus d’Espagne pour l’en féliciter, un délai de trois mois environ s'impose, si l’on tient compte du temps nécessaire pour le voyage du courrier apportant la nouvelle, pour le choix des délégués, leurs préparatifs, leur voyage, l'attente de leur tour d'audience, donné « à chacun suivant son rang ». La présentation d’'Ibn Rochd ne peut donc guère être antérieure au début de l’année 1169.

Ainsi, la double entrevue d’Ibn Rochd avec son souverain et avec Ibn Thofaïl eut lieu certainement dans la seconde moitié de 1168 ou dans la première moitié de 1169; plus vraisemblablement dans la première moitié de 1169, si l’on admet comme probable qu’il vint en qualité de délégué saluer à Marrâkech le nouveau khalife. Ibn Rochd, âgé de 42 ans, était alors, comme toutes les vraisemblances l’exigent, dans la pleine maturité de son esprit; et Ibn Thofaïil pouvait se plaindre à bon droit de son grand âge, s’il était né, comme cela paraît probable, vers l’an 1105, à quatre ou cinq unités près, et s’il avait, par conséquent, à cette époque, environ 63, peut-être même jusqu’à 68 ans.

Cette omission d’El-Marrâkochi une fois réparée, la date une fois rétablie, tirons parti des renseignements que ce précieux document nous fournit.

D'abord, nous ignorerions, sans lui, le rôle important qu’'Ibn Thofaïl et son souverain ont joué, dans l’histoire de

(1) Ibn Abî Zer', ibid., sous l'année 564.

la philosophie, en déterminant Ibn Rochd à composer ses commentaires. En ce qui concerne plus spécialement Ibn Thofaïl, ces deux récits nous montrent dans quelle intimité intellectuelle il vivait avec son maître, et cette constatation, nous le verrons, est grosse de conséquences historiques. Dans la première moitié de ce texte, je veux dire dans la partie qui précède ce double récit (1), l'historien a cru devoir insister déjà sur cette intimité : « Le Chef des Croyants Aboù Ya‘qoüb, dit-il, avait pour lui beaucoup d'affection et d'amitié. J'ai entendu dire qu’il restait au palais, auprès de lui, pendant des jours et des nuits, sans paraître » (2). |

Ce n’est d’ailleurs pas uniquement à titre de simple par ticulier, de commensal et d’ami, de causeur à la conversation attachante et profonde, qu'Ibn Thofaïl passait en tête à tête avec son souverain les jours et les nuits. Il était déjà vizir d’Aboù Ya‘qoûb, puisqu'il parle à Ibn Rochd des occupations que lui imposent sa fonction et ses soins (3). Il ajoute aussitôt un membre. de phrase qui jette un jour particulier sur son état d’âme à cette époque : « Sans compter, dit-il comme en «a parte, des préoccupations plus graves ». N’était cette plainte discrète, nous pourrions nous figurer peut-être qu’au milieu du faste oriental, dans l’enivrement du pouvoir et des honneurs, Ibn Thofaïl a toujours mené l'existence la plus unie et la plus heureuse qu'ait jamais pu rêver l'imagination d’un Musulman. Ce soupir furtif, recueilli par l’histoire, suffirait pour nous détromper. De quelle nature pouvaient être ces préoccupations plus graves que le souci des intérêts d’un grand empire ? Est-ce à des machinations de courtisans jaloux qu'Ibn Thofaïl faisait allusion, ou à des chagrins d'ordre intime ? Peut-être Ibn Rochd comprenait-il à demi-mot,

(x) Voir plus haut, p. g,n, r.

(2) El-Marräkochi, ibid., p. 1vr, 1. 6 du bas à 1. 4 du bas; trad. franc., Di208 leva let

(3) Voir plus haut, p. 6, n. r.

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