BRAVE
ser qu'Ibn Thofaïl ait eu des vues originales en médecine.
N'en va-t-il pas autrement de ses conceptions astronomiques? Bien qu’il n'ait rien écrit sur l'astronomie, sauf quelques courts passages du Hayy ben Yagdhän (1), et peut-être un traité sur les zones de la terre, sur les lieux habitables et inhabitables (2), nous apprenons, par deux témoignages de premier ordre, qu’Ibn Thofail, mécontent du système astronomique de Ptolémée, avait été conduit à en imaginer un nouveau. Dans son commentaire moyen sur la Métaphysique d’Aristote (livre XII), Ibn Rochd, critiquant, lui aussi, les hypothèses de Ptolémée sur la structure des sphères célestes et les mouvements des astres, dit qu’'Ibn Thofail possédait sur cette matière d'excellentes théories dont on pourrait tirer grand profit (3). De même, dans l'introduction de son fameux traité d'astronomie (4), El-Bithraoudji, ce disciple dont nous avons déjà parlé, s'exprime ainsi : «Tu sais, mon frère, que l’illustre qâdhi (5) Aboû Bekr Ibn Thofaïil nous disait qu'il avait trouvé un système astronomique et des principes pour ces différents mouvements, autres que les principes qu’a posés Ptolémée, et sans admettre ni excentrique ni épicycle; et avec ce
(x) Hayy ben Yagdhän, au début du roman : texte arabe, pp. 1v à r+ (trad. fr., pp. 16 à ro).
(2) Ibn Rochd dit, en effet, dans son Commentaire moyen des Météores d'Aristote [Aristotelis.… opera, cum Averrois.. commentariis, vol. V, Meteorologicorum liber secundus, fol. 441 F], que son ami Ibn Thofaïl avait fait sur ce sujet un bon traité (« bonum tractatum »). Mais tractatum rend vraisemblablement le mot arabe AJl&+, qui peut désigner aussi bien un chapitre, un développement épisodique au cours d’un ouvrage. Il n’est donc pas impossible que ce passage d’Ibn Rochd vise tout simplement le début du Hayy ben Yaqdhân, où Ibn Thofaïl s'efforce de prouver [à l'exemple d’Avicenne et contre l’opinion d’Aristote adoptée par Averroès (Voir le dit commentaire des Météores, II, fol. 438 à h4x)] que le climat le mieux tempéré est celui des régions situées sous l’équateur. Il faut cependant noter qu’Ibn Rochd, dans ses écrits, ne fait aucune autre allusion au Haÿy ben Yaqgdhän.
(3) Munk, cbid., p. 412, 1. 8 à 1. 19, et n. r.
(4) Munk, cbid., p. 419, 1. 13 à av.-dern. 1.
(5) Voir plus haut, p. 6, n, x,