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indique que sa famille appartenait à la tribu de Qaïs, l’une des plus illustres de l’Arabie. Il est encore appelé El- Andaloci (l'Espagnol) (1), El-Qorthobi (2), El-Ichbili (3), (l'habitant de Cordoue, de Séville). Son surnom d’'Aboû Bekr est quelquefois remplacé par un autre, Aboùû Dja far (le père de Dja‘far) (4), chose qui arrive fréquemment lorsqu'un musulman a plusieurs fils (5). Les scolastiques le nomment Abubacer, transcription latine de son surnom Aboù Bekr.
Il s'en faut que nous possédions touchant la vie, le
3 vol., vol. Il, p.171, 1. r. — Casiri, Bibliotheca Arabico-Hispana Escurialensis. Matriti 1760-1770, 2 vol., table générale, art. Abu Baker Mohamad ben Abdelmalek ben Thophil, — Licân ed-din Ibu el-Khathïb, Markaz el-ihâtha bi-’odabä’i Gharnätha, manuscrit de la Bibliothèque Nationale n° 3347 (anc. fonds 867), fol. 44 v°, art. Ibn Thofaïl, 1. 2,
(i) Casiri, ibid, t. I, p. 203, col, r et 2 : DCXCIII, 30. — H, Derenbourg, Les manuscrits arabes de l'Escurial, t, I (Paris, 1884), p. 492, no 669 (il faut lire (696) (fol. 145), dans le titre de l’ouvrage.
(2) Casiri, ibid., t. I, p. 203, col. r et 2 : DCXCIII, 3°, et table générale, art, Abu Baker ben Tophail, — Catalogus manuscriptorum orientalium qui in Museo Britannico asseverantur. Pars secunda, codices Arabicos amplectens. Londini, 1871. Supplementum, p. 448, col, 2, n° X.
(3) Hâdji Khalfa, Lexicon bibliographicum et encyclopaedicum, Latine et Arabice edidit, indicibusque instruxit G. Flügel, Leipzig, 1835-1858, 7 tomes en 8 vol., vol, 3, n° +110 et 6115, — Catal. manuscriptor... qui in Mus, Britann. assever., 1b1d., p. 448, col. 2, n° X, — On ie trouve aussi appelé parfois El-Borchani, c’est-à-dire de Purchena (dans la province d'Alméria, à 56 km. au N. de cette ville) [Casiri, ibid., table gén., art, Abu Baker Mohamad ben Abdelmalek ben Tophil, et t. I, p.98, c. 1]. Ce renseignement, manifestement erroné, est reproduit dans l’art. Ibn Thoféïl du Grand Dictionnaire de Larousse et dans l’art. Ibn Thofeïl de la Grande Encyclopédie, article qui fourmille d'erreurs bien qu’il n’ait que quelques lignes,
(4) D’après le titre du manuscrit d'Oxford édité par Pococke (Voir la note suivante).
(5) C’est ainsi que le prophète Mohammed.est appelé tantôt Aboû ’1- Qâcem et tantôt Aboùû Ibrahim; le calife Häroûn er-Rachïd, tantôt Aboû Dja‘far et tantôt Aboû Mohammed; son fils et successeur El-Amin, tantôt Aboùû ‘Abd-Allah, tantôt Aboû Moûca et tantôt Aboùû ’l-‘Abbâs; ete. Cf. Pococke, Philosophus Autodidactus, sive Epistola Abi Jaafar ebn Tophail de Haï ebn Yoqdban... ex Arabica in linguam Latinam versa ab Eduardo Pocockio, Editio secunda... Oxonii, 1700, Praefatio, vers le début.
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caractère et les œuvres d’'Ibn Thofaïl, autant de renseignements que nous en pourrions souhaiter. En groupant les brèves indications qu’on trouve éparses chez les divers auteurs musulmans, à peine est-il possible de tracer une esquisse sommaire de l’homme, du personnage politique, du savant et du philosophe.
Ibn Thofail naquit à Wädi Ach (1) (aujourd’hui Guadix) (2), très probablement dans les dix premières années du xrr° siècle de notre ère (3). La petite ville où il vint au monde, et où il passa vraisemblablement les premières années de sa vie, est située à une soixantaine de kilomètres au N.-E. de Grenade, au milieu d’une haute plaine très fertile. Elle doit son nom à la petite rivière qui la baigne, le Wäâdi Ach {le Guadix), haut affluent de la Guadiana
(1) Ibn Khallikän, ibid., vol. IV, p. 478, n. 9, 1. 2. — Annales regum * Mauritaniae (Raoudh el-Qirthäs) a condito Idrisidarum imperio ad annum fugae 726 ab Abu-l-Hasan Ali ben Abd-Allah Ibn Abi Zer‘ Fesano, vel ut alii malunt Abu Mohammed Salih ibn Abd el-Halim Granatensi, conscriptos... edidit.… latine vertit,.. Carolus Johannes Tornberg... 2 vol. Upsala, 1843-1846, vol. I (texte arabe), p. iro, 1. 8 du bas; vol, IT (trad, lat,), p- 182, L 3; cf. Roudh el-Kartas, Histoire des souverains du Maghreb et annales de la ville de Kès, traduit de l’arabe par A. Beaumier, Paris, 1860, p. 292, 1. 17. Il en existe aussi une traduction portugaise par Moura, Lisb., 1828, et une trad, all. par F, de Dombay. Agram, 1794. — Scriptorum Arabum loci de Abbadidis, editi a R. P. À. Dozy, vol. Il, p. r91, 1. 2. — Casiri, ibid., t. Il, p. 76, col. 2. — Ibn el-Khathîb, Markaz el-ihätha, fol. 44 v°, L 2.
(2) Pour la transformation de Ouäd ou Wädi (rivière) en Guad, dans le passage de l’arabe à l'espagnol, comparer : Guadalquivir = Ouâd elkebir (le Grand fleuve); Guadalaxara = Ouäd el-hadjar (la rivière aux pierres); de même Guadiana, Guadalete, Guadalaviar, etc. — On pourrait citer, dans d’autres langues, beaucoup d’exemples du même fait : la gutturale vélaire gw devient tantôt w tantôt g. C'est ainsi qu’à l'anglais Walter (ex. Walter Scott) correspond le français Gautier ou Gauthier,
(3) Il appartient à la génération qui précéda celle d’Ibn Rochd. En effet nous le verrons plus loin, en invitant Ibn Rochd à composer des commentaires sur les ouvrages d’Aristote, s’excuser sur son grand âge de ne pas les entreprendre lui-même; plus tard, en r182, tout en gardant ses fonctions de vizir, il cède à Ibn Rochd sa charge de premier médecin devenue trop lourde pour ses vieux ans; enfin, il meurt en 1185, et Ibn Rochd meurt treize ans plus tard (1198). Il comptait donc environ de 15 à 25 ans de plus qu’Ibn Rochd,
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Meñor qui se jette elle-même dans le Guadalquivir. Toute cette région appartient au versant septentrional de la Sierra-Nevada. C’est un des cantons les plus riches de ce riche pays de Grenade, célèbre au temps des Maures par son admirable fertilité.
Sur la famille d’Ibn Thofaïl, sur son enfance et sa jeunesse, les historiens nous ont laissés dans une ignorance absolue. L’élégance et la pureté de son style, le savoir encyclopédique que s'accordent à lui reconnaître ses contemporains les plus éminents (1) et dont nous pouvons juger encore aujourd'hui, témoignent de la solidité et de l'étendue de ses études. Mais nous ne savons ni sous quels maîtres (2) ni dans quelles villes il étudia les diverses sciences de son temps. Il est permis cependant de conjecturer que ce fut à Séville et à Cordoue, les deux grands centres intellectuels de l'Espagne musulmane. Quant au seul maître que parfois on lui attribue, Ibn Bâddja (3), sans doute Ibn Thofaïl a subi dans une certaine mesure, . comme nous le verrons (4), l’influence de ses écrits, et peut, en un certain sens, passer pour son disciple; mais il ne fut point son élève au sens précis du mot, puisque, dans l’Introduction même de son roman philosophique, après avoir fait d’Ibn Bâddja un éloge tempéré par certaines critiques, le prétendu élève déclare lui-même ne s'être « jamais rencontré avec lui » (5).
(x) Voir plus loin, p. 23, n. 1.
(2) On nous a conservé seulement les noms, d’ailleurs sans intérêt pour nous, de deux personnages qui lui ont enseigné les « hadits » ou traditions du Prophète (Voir Scriptorum Arab, loci de Abbadidis…, éd. Dozy, op Er yr le ANeLo)"
(3) El-Marräkochi, Aitâb el-mo‘djib fi talkhis akhbâr el-maghrib, texte arabe édité par Dozy sous le titre suivant: The history of the Almohades by Abdo-’1-Wähid al-Marrékoshf, edited by R. Dozy, 2° éd. Leyde, 1881, p. 1vr, L. 6 et 7; cf. Histoire des Almohades d’'Abd el-Wäâh'id Merrâkechi, traduite et annotée par E. Fagnan, Alger, 1893, p. 207, l. 11 et 12. — Ibn Khallikän, cbid., vol. 4, p. 474, 1. 26 à 1. 28,
(4) Voir plus loin, p. 85, av. dern, 1., à p. 89,. 1. 6.
(5) Voir notre édition, avec traduction française : Hayy ben Yaqgdhän,
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Sur la première partie de sa carrière, nous ne possédons que des renseignements rares et décousus. Il professa publiquement la médecine à Grenade {1). Il devint secrétaire du gouverneur de la province à laquelle cette ville donne son nom (2). Il fut adjoint, également comme secrétaire, en 549 (— 1184), par le fondateur de la dynastie almohade, ‘Abd-el-Mou’men, au fils de ce souverain, le Sid Aboû Said, gouverneur de Ceuta et de Tanger (3). Mais nous ignorons jusqu’à l’ordre dans lequel il remplit ces diverses fonctions.
À peine sommes-nous un peu mieux renseignés sur la seconde moitié de sa carrière, bien qu'il füt arrivé, dès le début de cette période, à une haute situation, que lui avait value son double talent de médecin et de diplomate. L’histoire des pays musulmans offre plus d'un exemple du même fait : les fonctions de vizir et celles de premier médecin du souverain sont fréquemment réunies. Quand un khalife ou un sultan consentait à livrer sa propre personne entre les mains d’un médecin qui, au lieu du salut, pouvait impunément lui verser le poison, il était porté, par une pente assez naturelle, à estimer que cet homme rare était le seul en qui il pût avoir assez de confiance pour lui abandonner la direction de ses affaires personnelles et de celles de l’État. C’est ainsi que nous retrouvons Ibn Thofaïl
roman philosophique d’Ibn Thofaïl, texte arabe, publié d’après un nouveau manuscrit, avec les variantes des anciens textes, et traduction française, par Léon Gauthier, Chargé de cours à la Chaire de philosophie de l'Ecole Supérieure des Lettres d'Alger. Alger, 1900, p. 11, 1. 7 (traduction, p. 10, 1. 10).
(Fr) Casiri, ibid.,t: Il, p.76, c. 2, L. 33 et 34. |
(2) AI-Makkari, The history of the mohammedan dynasties in Spain, translated by Pascual de Gayangos, London, 1840-1843, 2 vol., t. I, p. 335, note 35, L. 5 (d’après Ibn el-Khathib; cf. Murk, Mélanges de philosophie juive et arabe. Paris, 1859, p. 410, n. 3).
(3) Ibn Abi Zer‘, Raoudh el-Qirthäs, éd. Tornberg, vol. I (texte arabe), p- 1r1, dern. L., à p. (PV, 1..3; trad, latine, vol. IT, p. v70, 1, 24 à 1. 28. La partie de ce passage qui concerne [bn Thofaïl manque dans la traduction française de Beaumier.
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parvenu au faîte des honneurs, à la plus haute charge du royaume, vizir et premier médecin du.sultan almohade
Aboû Ya‘qoûb Yoücof (1).
(x) Ibn Abi Zer‘, Raoudk el-Qirthâs, éd. Tornberg, vol. I, p. {ro, I. 6 du bas, et vol. IT (trad, lat.), p. 182, 1. 2. — Conde, Historia de la dominaciôn de los Arabes en España, sacada de varios manuscritos y memorias arabigas, por el Doctor Don Jose Antonio Conde, Paris, 1840, p- 495, L. 5 du bas et suiv. (Ce passage manque dans la paraphrase de Marlès intitulée Histoire. de la domination des Arabes et des Maures en Espagne et en Portugal, rédigée sur l’histoire traduite de l'arabe en espagnol de M. Joseph Conde, par M. de Marlès. Paris, 1825. 3 vol.). — Cf. Makkari, trad. angl. par de Gayangos, t. I, p. 335, 1. 1x à 1. 13 (sur Ibn Thofaïl Premier médecin), — Avons-nous une parfaite certitude qu'Ibn Thofaïl ait exercé les fonctions de vizir? La question n’a jamais été posée; elle mérite de l’être, Un seul texte ancien donne le titre de vizir à notre philosophe : c’est un passage du Qirthas (voir le début de la présente note), dont l’auteur est de plusieurs générations postérieur à Ibn Thofaïl : « Les médecins d'[Aboû Ya‘qoûb Yoücof]|, dit-il, furent ;° le vizir, le médecin, Aboû Bekr ben Thofaïl,.. » Par contre, El-Marrâkochi, qui a connu le fils d’'Ibn Thofaïl et qui nous donne sur ce philosophe les renseignements les plus abondants, les plus directs, les plus précis, ne lui attribue nulle part le titre de vizir. Les historiens ne le nomment jamais dans la liste des vizirs de Yoûçof ou de Ya‘qoûb (par exemple El-Marräkochi, p. 1v1, 1. r à 1. 6; p. ia, dern. 1., à p. 194, L. r2; trad, franc., p.-211, 1. 19 à 1. 23; p. 227, 1, 5 à 1. 23; Ibn Abi Zer*, Qirthâs, trad. franc., p. 292, 1. r et 2), mais seulement dans celle des médecins de Yoûcçof (Ibn Abî Zer', Qirthäs, p. iro, 1. 20 à 1. 26). Enfin, nous verrons plus loin (p. 26, 1, 17) son disciple El-Bithraoudji lui donner le simple titre de qâdhi, En admettant, sur la foi de cet unique passage, qu'Ibn Thofaïl ait été qâdhi pendant les années de sa vie sur lesquelles tout renseignement nous fait défaut, il n’en demeure pas moins surprenant que ce disciple, écrivant après la mort de son maître, lui donne le titre d’illustre qâdhi au lieu du titre, ‘beaucoup plus relevé, d'illustre vizir, à moins qu'il n’ait jamais été vizir. — Malgré ces diverses difficultés, il reste cependant possible que, sans avoir joué un rôle politique de premier plan, Ibn Thofail ait exercé les fonctions de vizir en second, car les listes citées plus haut contiennent seulement les noms des personnages qui ont rempli successivement la charge de Premier vizir, Quant à El- Marräkochi, le silence un peu singulier qu’il garde, en parlant d’Ibn Thofaïl, sur sa qualité de vizir, n’est peut-être pas aussi complet qu'il paraitrait au premier abord : car dans le récit, tel qu’il le rapporte, de la seconde entrevue avec Ibn Rochd (voir plus loin, p. 10, 1. 14, àp. rr,1.2), Ibn Thofaïl semble distinguer nettement deux charges différentes qu’il exerçait auprès du khalife : {xl Do Lol «plat (p. 1vo, 1. 16) «les occupations que ma fonction et mes soins m’imposent »; la