‹ Ibn Thofaïl: Sa vie, ses œuvresChapitre 3 sur 40 · DU NI ER · texte numérisé non relu

DU NI ER

C'était un puissant potentat que le sullan almohade au temps d’Ibn Thofail, c’est-à-dire à l’époque où cette grande dynastie brillait du plus vif éclat. « Souverain des deux continents », c’est-à-dire de l'Espagne musulmane et de l'Afrique du Nord, maître par conséquent de tout l'Occident de l’Islâm, il partageait avec son collègue d'Orient, le khalife abbasside de Baghdäd, le titre glorieux d’Emir el- Mou’menitn où Chef des Croyants. Mais le khalife de Baghdäd, depuis longtemps dépouillé de tout pouvoir temporel par les sultans seldjouqides, était réduit à la dignité purement honorifique de Vicaire du Prophète, Caché dans son harem, dont il ne sortait qu’une fois l'an, sa vie était sans cesse à la merci d’un caprice du sultan. Chef spirituel et invisible, sorte d’entité à peine réelle, il ne représentait plus que l’ombre de l’ancien khalifat d'Orient. Le khalife d'Occident, au contraire, successeur du mahdi Ibn Toumert, était à ce titre le chef spirituel et temporel à la fois d’une secte religieuse réformatrice qui venait de soumettre par les armes tout l'Occident musulman. [l régnait en maître incontesté sur un vaste empire riche, prospère, rayonnant d’une brillante civilisation, et aussi uni, aussi pacifié que puisse espérer l'être un Etat musulman. Sans doute, à la frontière de l’Andalousie (1), continuait presque sans trêve, entre le Chrétien et le Musulman, la lutte séculaire qui devait nécessairement aboutir à l’éviction de l’un ou de l’autre. Mais le dyhäd, ou

seconde expression, « mes soins », désignant sa charge de médecin, la première, « ma fonction », serait une allusion à ses fonctions de vizir. Enfin, la qualification de qâdhi appliquée à Ibn Thofaïl par El-Bithraoudji, dans le passage cité par Munk, est un peu sujette à caution : elle ne nous est parvenue qu'à travers une double traduction, d’arabe en hébreu, puis d'hébreu en français, et pourrait provenir d’une erreur de lecture. — En somme, un doute subsiste. Cette double question : «Ibn Thofail a-t-il été qàdhi? Est-on bien certain qu'il ait été vizir?» ne pourrait être tranchée d'une manière décisive que par la découverte de nouveaux documents.

(x) Le nom d’Andalousie (Andalos, prononcer Andaloss) s'étend, chez les Arabes, à toute l'Espagne musulmane,

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