RAS
digne encore de prendre place dans l’histoire de la philosophie musulmane. Nous savons, à la vérité, que Maïmonide lut les ouvrages d'Averroës en Égypte, bien loin du Maghreb, dès 1190 (1 ). Nous savons aussi qu’en 1195 le khalife almohade combla Ibn Rochd des plus grands honneurs (2). Mais ces deux dates sont postérieures de cinq et de dix années à la mort d’Ibn Thofaïl (1185). Tout au plus la première permet-elle de supposer que le Commentateur était déjà célèbre comme philosophe, dans sa propre patrie, plusieurs années avant 1190, et déjà peut-être avant la mort de son protecteur. Nous trouverions là une raison, ou tout au moins une présomption, qui nous inclinerait à ne pas placer la composition de l’ouvrage d’Ibn Thofail dans les toutes dernières années de sa vie; mais ce serait un leurre de prétendre, sur ce point, à une plus grande précision. Ce qui nous a paru moins incertain, c’est que le Hayy ben Yagdhän doit être postérieur à Va née 1169.
Il nous reste à parler des manuscrits, des éditions, des traductions, des commentaires, des imitations de cet unique ouvrage philosophique d’Ibn Thofail, et des études plus ou moins étendues qui lui ont été consacrées.
Pour établir que le Hayy ben Yagdhän est le seul livre d'Ibn Thofail qui subsiste, nous avons dû déjà passer en revue tous les manuscrits de cet auteur actuellement connus. On à vu qu’ils se réduisent à six copies de son célèbre roman philosophique :
1° Le manuscrit de la Bibliothèque Bodleyenne d'Oxford, édité par Pococke, et daté de 703 (= 1303) (3);
(1) Munk, Notice sur Joseph ben ITehouda... disciple de Maïmonide, dans le Journ. Asiat., série 3, t. XIV (1842), p. 31, l. ro à dern. 1.; cf. aibid., p. 22, 1. 5 à 1. 7. — Renan. Averr, et l'averr., p. 39, 1. 9 et ro.
(2) Renan, Averr. et l'averr., texte arabe d’Ibn Abi ‘Ocaïbiya cité en appendice, p. 450, 1. 4 du bas, à p. 45r, l. ro. — Cf. Renan, ibid., p. r9, 1. 17 à av.-dern. 1.; Munk, Mél. de philos. juive et ar., p. 425, 1. 3 à 1.6.
(3) Voir la fin du mss. dans Pococke, Philosophus autodidactus (voir plus loin, p. 44, r"°, le titre complet), Praefatio (non paginée), vers la fin,