TOR
quelque notion spéculative de ces secrets sublimes, et l’engager ainsi à cultiver l’extase, seul moyen d'en acquérir la connaissance parfaite, Ibn Thofaïl va lui conter l’histoire allégorique « de Hayy ben Yaqdhân, d’Acâl et de Salämân (1) ».
Dans une île déserte de l’Inde située sous l’équateur, et par suite au milieu de conditions particulièrement favorables, du sein de l'argile en fermentation, un enfant est né, sans père ni mère. Suivant une autre version, nous dit l’auteur, il a été apporté dans cette ile par un courant marin, en un coffre que la mère, princesse persécutée habitant une île voisine, a dü confier aux flots pour soustraire son enfant à la mort. Cet enfant, c’est Hayy ben Yaqdhän. Il est adopté par une gazelle, qui l’allaite et lui sert de mère. Il grandit, observe, réfléchit. Doué d’une intelligence supérieure, non seulement il sait ingénieusement pourvoir à tous ses besoins, mais par l'usage combiné de l'observation et du raisonnement il arrive bientôt à découvrir, de lui-même, les plus hautes vérités physiques et métaphysiques. Le système philosophique auquel il aboutit, naturellement celui des faläcifa, le conduit à chercher dans l’extase mystique l’union‘intime avec Dieu, quiconstitue à la fois la plénitude de la science et la félicité souveraine, continue, éternelle. Retiré dans une caverne, où il arrive à jeüner pendant quarante jours consécutifs, il s’entraîne à séparer son intellect du monde extérieur et de son propre corps, par la contemplation exclusive de Dieu, afin de s'unir à son Seigneur; et il y parvient enfin. À ce moment, il entre en rapport avec Acàl, pieux personnage venu de l'île voisine pour se livrer en paix à la vie ascétique dans éette petite île qu’il croit inhabitée. Acäl enseigne le langage à ce compagnon aussi singulier qu'inattendu, etil trouve avec étonnement dans le système
(x) P. 15, L. 3 du bas, à p. 16, 1, 8. — On trouvera plus loin, Appendice I, une analyse plus détaillée du roman d’Ibn Thofaïl,