LANCE
rains (1), il avoue lui-même que, pour les personnages, il doit quelque chose à Ibn Sinä:« Je vais donc te conter, ditil à la fin de son Introduction, l'histoire de Hayy ben Yaqdhân, d’Açäl et de Salâämân, qui ont reçu leurs noms du Cheikh Abo ‘Alt » (2), c’est-à-dire d’Ibn Sinâ. Ce passage est d’ailleurs le seul qui témoigne catégoriquement d’un emprunt en ce qui concerne les éléments du récit (3). Nous
sont également des faläcifa. Le participe actif de la 2e forme quadrilitère, motafalsif (au pluriel : motafalsifa), qui pourrait se rendre exactement par philosophisant, s'applique à un faïlacoûf de second plan, par opposition aux grands maîtres : on s’en contente, par modestie, pour soi et ses contemporains.
(1) P. 14, L ro du bas à 1. 4 du bas.
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(3) Mentionnons encore plusieurs autres passages, mais seulement pour montrer que nous n’en pouvons faire état. D'abord, le début du récit : « Nos vertueux ancêtres rapportent... qu'il y a une île de l'Inde, située sous l’équateur, dans laquelle l’homme naît sans mère ni père » (pr M onalers) lines heitmicr que d’une opinion répandue de philosophie naturelle, ou, si l’on aime mieux, d’une légende populaire, dont l’auteur tire parti; tel est encore, par exemple, le trait légendaire (cf, en particulier Qoran, V, 34), imité par Ibn Thofaïl (p. 36, L. 18 et suiv.), du corbeäu qui, ayant tué son frère, creuse de ses serres un trou dans le sol et l’y enfouit, donnant ainsi à Caïn l’idée d’enterrer le cadavre d’Abel, Nous ne parlons pas ici, en effet, de doctrines scientifiques ou philosophiques, ni de récits populaires, de légendes tombées dans le domaine public, mais seulement de personnages fictifs ou d'épisodes de roman, empruntés à un auteur déterminé. 2° En racontant la naissance de Hayy, « Certains, dit Ibn Thofaïl,... décident que Hayy ben Yaqdhäân est un de ceux qui sont nés dans cette région, sans mère ni père. Mais d’autres le nient et rapportent cette histoire comme nous allons te la raconter ». Cette mention de deux versions différentes, ayant chacune ses partisans, donnerait à penser qu'Ibn Thofaïl se borne à rapporter telle quelle une histoire toute faite, ayant cours parmi les auteurs arabes où même plutôt parmi les conteurs populaires, et cette histoire échapperait par là même, tout entière, à la recherche des sources telle que nous l'avons définie, notre plan ne comportant pas des études de folk-lore, Mais l’idée de cette double version peut être aussi, et nous croyons qu’elle est, en effet, un simple artifice de l’auteur, à l'intention de certains lecteurs que pourrait choquer l'invraisemblance de la formation d’un être humain par voie de génération spontanée, 3° Il faut en dire autant de ce passage, par lequel il clôt son récit : « Voilà... ce que nous avons pu apprendre sur Hayy ben Yaqdhäân, Açàl et Salàämân » (p. 116 dern. 1, à p. 117 1.2): pour donner plus de consistance à la fable qu'il imagine, le romancier, par