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rées du roi son père, qui l’exhorte à ne point offusquer la lumière de son intelligence en s’asservissant à une femme, et à se détourner de cette « libertine d’Absâl ». Pourtant, il finit par consentir à faire de son temps deux parts, dont l’une serait consacrée à l'étude de la sagesse, et l’autre à sa passion pour Absäl. Mais il tient mal sa promesse.
Le roi délibère alors de faire périr Absäl. Son vizir Harnoûs Le détourne de ce projet. Mais leur conversation, surprise par un tiers, arrive aux oreilles des deux amants : ils décident de fuir ensemble par delà la mer d'Occident.
Au moyen d’une sorte de flûte enchantée (1), percée de sept trous, qui lui permet de tout voir dans les sept climats, et de faire savoir aux gens, du même coup, qu’il est au courant de leurs faits et gestes, Harmânoûs découvre la retraite des deux fugitifs. Touché d'abord de leur état misérable, il subvient à leurs besoins, comptant sur le repentir du jeune homme. Mais bientôt, irrité de son obstination, il leur ôte, par des charmes magiques, les moyens de satisfaire leur passion sans cependant les séparer, et les plonge ainsi dans les plus cruels tourments. Salâmän se décide à revenir implorer son père. « Letrône, lui dit celui-ci, veut qu'on ne s’occupe que de lui. Absâl aussi veut la même chose, et les deux sont incompatibles. Tu ne peux... porter la main sur le trône... et y monter, alors qu’Absâl est attachée à ton pied. De même, tu ne peux monter au trône des cieux, alors que l'amour d’Absâl est suspendu aux pieds de ta pensée. » Et il ordonne « de les lier tous deux ensemble comme il avait dit dans la première comparaison », la main de Salâmäân fixée au trône, et Absâl attachée à son pied. La nuit venue, il les fait délier. Mais alors, se prenant par la main, ils vont se jeter dans la mer. Le roi ordonne à l'esprit des eaux de préserver Salâmän, quant à Absäl, il la laisse se noyer.
(x) Le texte dit, au duel : « deux tubes d’or, portant sept trous de sifflet », et plus bas, au singulier « ce sifflet » ou « cette flûte ». Il s’agit, sans aucun doute, de la flûte double des anciens Grecs.
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Peu s’en faut que Salämân ne meure de désespoir. A la demande du père, le sage vient à son secours. Il lui promet de lui rendre Absäl, s’il consent à venir avec lui dans sa caverne et à l’imiter en tout, sauf qu'il pourra rompre le jeûne tous les sept jours, tandis que lui-même jeünera pendant quarante jours consécutifs.
Dès lors, Salâmän voit tous les jours l’image d’Absäl qui vient le visiter dans la caverne. Le quarantième jour, à la prière du sage, c'est la forme de Vénus qui apparaît à la place d’Absâl. Salâmân s’en éprend violemment, Il ne veut plus entendre parler d’Absâl qui allait lui être définitivement rendue : elle lui est devenue odieuse. Mais sa nouvelle passion assouvie, Vénus, à son tour, lui devient bientôt indifférente. Alors, « son intelligence retrouve la. santé : elle est purifiée du trouble de l'amour, qui le ravalait du rang de la sagesse et de la royauté au rang du plaisir et du divertissement ». Il succède à son père, cultive la sagesse, et devient, en même temps qu'un grand roi, Le chef d’une grande secte. Il ordonne d'écrire cette histoire sur sept tables d’or, et de les déposer dans les pyramides, au chevet du tombeau de son père.
Lorsqu’après les deux déluges, de feu et d’eau, le monde eut été repeuplé, le divin Platon apparut. Sachant ce que contenaient les deux pyramides en fait de connaissances sublimes et de trésors précieux, il voulut les ouvrir ; mais les rois de l’époque lui en refusèrent l’autorisation. Aristote fut plus heureux. Alexandre-le-Grand, son élève, qu’il avait suivi dans ses conquêtes, lui permit d’en ouvrir la porte selon le procédé que lui avait indiqué Platon; mais ce fut à condition qu'il en tirerait seulement les tables d'or sur lesquelles étaient écrites, dans la langue de l’ancienne Égypte, l’histoire de Salämän et d’Absäl.
Telle est l’allégorie. L'interprétation nous en est donnée par le commentaire qui lui fait suite dans le recueil des Neuf ricäla.
Cette glose anonyme commence par rappeler la phrase
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d'Ibn Sinà que nous avons citée : « sache que Salämän te représente toi-même et qu’Absäl représente ton degré d’initiation…., etc. », et elle ajoute que l’histoire de Salàmân et d’Absäl à laquelle Ibn Sinä fait ici allusion est celle qui vient d’être racontée. Puis elle reproduit « textuellement » le commentaire de Nacir ed-din eth-Thoûci. Or ce commentaire conclut très nettement que l'histoire en question ne peut étre celle qu'a visée Ibn Sinä. Si accoutumé qu’on soit au défaut de critique de certains commentateurs musulmans, il est difficile d’attribuer à la fois à un seul cette affirmation inconsidérée et la transcription textuelle du commentaire d’Eth-Thoüci qui, d’une facon péremptoire, en démontre l’inanité. Plus vraisemblable est la sup- . position que nous avons affaire à deux morceaux différents de valeur très inégale : d’abord une courte notice d’un premierglossateur, puis le commentaire d’Eth-Thoûci, recueillis séparément par un compilateur et mis bout à bout, sans aucune prétention critique.
Remarquons en outre que le commentaire d'Eth-Thoüci rapporté ici se divise lui-même en deux parties successives, dont la seconde, Eth-Thoüci lui-même a soin de nous en avertir, n’a été composée par lui que longtemps après la première (1). Dans la plus ancienne de ces deux parties, quelque peu vague et confuse, faite, à ce qu'il semble, de pièces rapportées et disparates, le commentateur, encore très incomplètement informé, n’aboutit qu’à des conclusions flottantes. Il nous dit d’abord « qu’il ne s'agit pas ici d’une histoire connue : que Salämân et Absàl sont deux noms par lesquels le Maître a désigné certaines choses », c’est-à-dire deux noms symboliques. Ce qu’on a pu dire de mieux, ajoute-t-il, c'est que Salâmân représente Adam ou l’Ame raisonnable, Absàl le Paradis, ou les degrés de la béatitude, et l'histoire dans son ensemble Adam chassé du Paradis, ou la chute par laquelle
(1) Tis‘o racä’il, p. 1r+, 3€ ligne du bas, et p. ir, L 17,