‹ Ibn Thofaïl: Sa vie, ses œuvresChapitre 7 sur 40 · SAS ER · texte numérisé non relu

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un philosophe. Mais Ibn Thofail pouvait l'en avoir averti au moment où le chambellan allait introduire le visiteur, ou peu de temps auparavant, au moment par exemple, où notre vizir sollicitait pour lui cette audience. C’est une sorte d'examen que ce royal érudit fait passer à plus savant que lui, pour juger de sa science; c'est aussi pour lui-même une occasion d’étaler la sienne. Mais tout l’entretien roule sur une seule question : l’éternité du monde. De commentaires des ouvrages d’Aristote, il n’en est pas dit un mot. Or, si l’autre entrevue avait eu lieu antérieurement, si Ibn Thofaïl avait obtenu déjà le consentement, même conditionnel, d’'Ibn Rochd, le vizir se fût certainement empressé d'annoncer au khalife que son souhait était sur le point de s’accomplir, qu'il avait trouvé son homme: et il ne serait question que de cela dans cette audience, qui du commencement à la fin aurait une tout autre allure. La première entrevue rapportée par El-Marräkochi est donc bien la première en date.

Nous croyons pouvoir affirmer, de is que la seconde a dû la suivre d’assez près. Dans l’intime familiarité où Ibn Thofail vivait avec son maître, au cours des fréquentes discussions philosophiques auxquelles ils devaient se complaire, ce n’était pas assurément la première fois que le roi-philosophe avait dû se plaindre à lui de l’obscurité - des traductions arabes d’Aristote. Ibn Rochd une fois présenté au khalife, et « désormais connu, apprécié » (1) comme philosophe, Ibn Thofaïl ne devait-il pas immédiatement songer à lui, et l’entretenir du souhait formulé par son auguste protecteur? [Il est donc vraisemblable que la présentation et la conversation avec Ibn Thofail eurent lieu pendant un seul et même séjour d’'Ibn Rochd à la cour d’Aboû Ya‘qoüb.

Mais quelle en est la date? L’excellente petite histoire de la philosophie musulmane de M. de Boer en donne

(x) Voir plus haut, p. 9, 1: 5.

une : elle fixe à l’année 1153 la date de la présentation d'Ibn Rochd par Ibn Thofaïl au Prince Aboû Ya‘qoûb Yoûcof (1). Ce chiffre nous paraît inadmissible. En effet, dans le récit de la seconde entrevue, Ibn Thofaïl se plaint de son grand âge, qui l'empêche d’entreprendre lui-même les Commentaires en question des écrits d’Aristote. Or, s’il est né, comme il semble, entre 1100 et 1110 {2), il aurait eu, en 1153, de 43 à 53 ans, chiffre bien faible assurément : ce n’est pas vers quarante-cinq ou cinquante ans qu’un philosophe se juge trop vieux pour entreprendre un grand ouvrage. Il faut donc attribuer à Ibn Thofail, au moment de ces deux conversations, une soixantaine d’années au moins, ce qui en reporterait déjà la date après l’année 1160. Mais il y a plus : En 1153, Ibn Rochd était, il est vrai, à Marrâkech, probablement en mission auprès de son souverain, et occupé, ce semble, à seconder les vues du monarque dans l'érection des collèges qu’il fondait en ce moment (3); c’est sans doute la raison pour laquelle on a cru devoir placer pendant ce séjour à Marräkech l’entrevue en question. Seulement, le souverain n’était pas alors Aboû Ya‘qoùb, mais son père, l’illustre ‘Abd el-Moû’men; ce n’est que dix ans plus tard, en 1163, qu'Aboû Ya‘qoùb devait lui succéder (4). Or, dans les deux

(x) Geschichte der Philosophie im Islam, von T. J. de Boer. Stuttgart, 1901, p. 165, dern. 1, (Il en existe une traduction anglaise : History of Plilosophy in Islam, translated into English by E. R. Jones, London, 1903). Voir dans le Journal Asiatique, 9° série, t, XVIII (sept.-oct, r9or), pp. 393 à 399, notre compte-rendu de cet ouvrage, — M. Macdonald indique la même date, probablement d’après M, de Boer : Duncan B. Macdonald, Development of Muslim theology, jurisprudence and constitutional theory. London, 1903, p. 255, 1, 16 : « In 548 he was presented to Abu Ya‘qoub by Ibn Tufayl and encouraged by him in the study of philosophy ». L’année 548 de l’hégire correspond à r153 de notre ère,

(2) Voir plus haut, p. 3, 1. 8 et 9 et n. 3.

(3) Conde, ibid., IL Parte, cap. xeurr, p. 479, L. 292, à p. 480, 1. 21, — Aristotelis Opera... cum Averrois.. commentariis, vol. V. De coelo, fol, 313 A. — Munk, Mél. de philos. juive et ar., p. 420, 1. 3 du bas et note 2, à p. 421, 1. 3. — Renan, Averr, et l'äverr., p. 15, 1. 13 à L 18.

(1) M. de Boer le sait, puisque dans le passage que nous venons de

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