SAUT
récits d'Ibn Rochd, Abou Ya‘qoûb Yoûçof est expressément appelé à plusieurs reprises, « le Chef des Croyants » ; ce qui nous oblige à descendre non seulement au-delà de 1163, date de son avènement au sultanat, mais au-delà du mois de djoumäda second de l'an 563, c’està-dire, en gros, du milieu de mars 1168, époque à laquelle, ayant rallié les derniers opposants, il prit le titre de « Chef des Croyants » ou Khalife (1).
D'autre part, les deux entrevues ont eu lieu nécessairement avant la fin de 1169, car à cette époque Ibn Rochd avait commenté déjà des écrits d’Aristote. En effet, à la fin de son commentaire sur les traités des animaux, il dit l'avoir achevé au mois de çafar 565 (— novembre 1169), à Séville, après s’y être transporté de Cordoue (2), Nous pouvons donc fixer avec certitude entre mars 1168 et novembre 1169 la date des deux entrevues.
Mais il est possible d’aller plus loin et de circonscrire, avec un haut degré de probabilité, la date que nous cherchons, entre des limites plus étroites. Pour ce double déplacement, de Marräkech à Cordoue, puis de Cordoue à Séville, et pour la composition de ce premier commen-
citer il a soin de dire : au Prince Aboû Ya‘qoûüb : « Im Jahre 1153 soll er von Ibn Tofail dem Fürsten Abu Jaaqub Jusuf vorgestellt sein », et plus loin (ibid., p. 166, 1. r9) il dira : « Abu Jaaqub, jetzt Chalife, beruft ihn (bn Rochd) im Jahre 1182 als sein Leibartzt »; au reste M. de Boer a donné lui-même, 1bid., p. 160, |. 5 du bas, la date de l’avènement d’Aboû Ya‘qoüb Yoücof : 1163. Mais il n’a sans doute pas pris garde au titre d'Émir el-Mou’menîn dont nous allons tirer argument; — ou bien il l'a simplement attribué à une inadvertance, mais nous avons répondu par avance à cette fin de non-recevoir, en faisant ressortir la grande valeur documentaire de ce texte; — ou bien enfin il n'y aura vu, peutêtre, qu'une tournure elliptique, dont le sens complet serait : il fut présenté par Ibn Thofaïl à [celui qui est devenu depuis] le Chef des Croyants. Mais pour accepter cette dernière interprétation, vraiment forcée, surtout dans le second récit, où Ibn Thofaïl dit en propres termes : « J'ai entendu aujourd’hui le Chef des Croyants... » il faudrait que nous eussions par ailleurs de bien sérieuses raisons.
(1) Ibn Abi Zer', tbid., sous l’année 563.
(2) Munk, Mél. de philos. juive et ar., p. 422, 1 6 à I, 5.
Aloe
taire, nous devons bien admettre un laps de plusieurs mois. Surtout si nous considérons qu'Ibn Rochd était certainement venu à Séville pour y remplir d’absorbantes fonctions. On sait, en effet, qu'il fut successivement qâdhi à Séville puis à Cordoue (1). Or, en 565 (— 1169-70), à Séville, dans son commentaire sur le traité des Parties des animaux, il s'excuse des erreurs qui ont pu lui échapper, alléguant qu'occupé des affaires publiques et éloigné de sa maison (de Cordoue), il n’a pu vérifier les textes (2). D'où l’on est en droit de conclure, avec Munk, qu'il était dès lors, depuis peu de temps d'ailleurs, qâdhi de Séville (3). De telles fonctions ne devaient pas lui laisser de grands loisirs. On peut donc, sans crainte d’erreur, compter plusieurs mois entre sa présentation et l’achèvement de son premier commentaire ; ce qui reporte vers le milieu de 1169 la limite postérieure de la date cherchée.
D'autre part, nous serions tenté de rapprocher également la limite antérieure. En effet, dans les Annales d’Ibn Abi Zer', aussitôt après le passage où se trouve mentionnée, sous l’année 563 de l'hégire, la date à laquelle Aboù Ya‘qoùb Yoùcçof prit le titre de Chef des Croyants, nous lisons qu'en l'an 564 il vint à Marräkech, de toutes les parties de l’empire, d'Espagne en particulier, pour saluer le souverain (sans doute à l’occasion de sa nouvelle dignité), des députations formées de personnages divers, magistrats, prédicateurs, jurisconsultes, poètes, etc. Le
(x) Voir Munk, ibid., p. 422, 1, 5 à dern. 1., et p.423 dern.1., à p. 424, 1. r; Renan, ibid., p. 18, 1. 7 à dern. 1,, et p. 19, 1. 9 à 1. r1 (l’un et l’autre avec références).
(2) Munk, ibid., p. 422, 1. 9 à 1. 14; Renan, ibid., p.18, 1. 8 à 1. 12.
(3) /bid., p. 422,1. 5 et suivantes, — Cette importante judicature avait dû être pour Ibn Roch, aussitôt après sa présentation, la première marque de la faveur du souverain. Car on connaît les agissements expéditifs des potentats orientaux dans tout ce qui touche à la politique et à l’administration. Dès qu’un homme leur agrée, c’est à l’instant même qu'il recoit la faveur ou est investi de la fonction dont le monarque vient de le juger digne,