CONSIDÉRATIONS GENÉRALES SUR LA FAMILLE DES LÉPIDOPOMES
Cette petite famille, dont le nom est destiné à rappeler que les poissons qui la composent ont constamment les opercules couverts d'écailles, n'avait été d'abord établie par nous, dans la Zoologie analytique, que pour y réunir les espèces, et par conséquent les genres qui different de ceux auxquels appartiennent les Brochets, les Carpes et les Saumons, dont les battants osseux qui recouvrent les branchies sont constamment revêtus d'une peau nue ou sans écailles. Cependant, comme, depuis cette époque, on a reconnu qu’un certain nombre de genres, tels que les Chanos, les Mugilomores et les Mugiloïdes, avaient été distingués des Juges d’après une ou deux espèces mal déterminées, nous avons été obligé de réduire à quelques genres principaux ceux que nous comprenons aujourd'hui dans cette famille, dans laquelle nous avons fait entrer plusieurs sous-genres indiqués, comme nous le disons dans l'exposé des caractères, d'après l’ordre suivi dans le tableau analytique ou résumé comparatif de leur classification systématique.
On voit d'abord que la nageoire du dos peut efficacement, par cela seul qu'elle est double, servir à rapprocher en un premier groupe d’abord les trois genres Muge, Tétragonure et Polynème ; puis en un second groupe les Exocets et les quatre autres qui n’ont qu'une seule nageoire sur le dos, ces poissons étant d’ailleurs très-différents entre eux au premier aspect.
1. Les Polynèmes, ainsi que leur nom peut l'indiquer, offrent constamment, au-devant des nageoires paires latérales,
des rayons isolés, libres, simples, mais articulés, dont le F
nombre varie suivant les espèces : disposition qui nous rappelle quelque analogie avec les poissons Hémisopodes que nous avons rangés dans la famille des Dactylés.
Les Polydactyles, que l’on avait proposé de séparer pour les distinguer par un nom générique, ne sont réellement que des individus de l'espèce du Polynème dit Américain.
2. Quant au genre Muge, dont le dos porte également deux nageoires, il suffit de reconnaître que ses pleuropes ne sont pas très-développés, ni précédés de rayons libres pour y rapporter les espèces. Cependant, en étudiant la situation ou la distribution de leurs petites dents, M. Valenciennes « proposé les noms génériques de Cestreus, de Nestis et de Dujaus, pour séparer ou en rapprocher une où deux espèces, comme on le verra par les détails qui suivent.
3. Le genre T'étragonure ne comprend jusqu'ici qu’une espèce unique, et les auteurs qui en ont parlé l’avaient considéré comme très-voisin de celui des Muges, ainsi qu'il s'en trouve rapproché par nous. Cependant ce poisson, il faut l’avouer, a, par son écaillure, quelque ressemblance avec les Lépidolepres ou Macroures, de la famille des Céphalotes; mais il s’en éloigne par ses catopes abdominaux et les nageoires impaires, qui nesont pas réunies en une seule, terminée en pointe.’
4. Quantaux Æxocets, ou Poissons volants, ils sont fort remarquables, d’abord parce qu'ils n’ont au dos et sur la partie postérieure qu'une seule petite nageoire, mais surtout par l’énorme développement de leurs nageoires paires latérales ou pleuropes. Comme, parmi les espèces, d’ailleurs nombreuses, que ce genre réunit, il y en a sept qui portent des barbillons attachés à la symphyse des deux branches de la mächoire inférieure, nous avons pensé qu'on pourrait les
ICHTHYOSTÉS POSTÉROPES LÉPIDOPOMES. 453 réunir sous le nom commun de Mentons-barbus, Aenti-berbis (Cuvier-Valenciennes, t. XVIIE, p. 221, pl. 533).
à. Le genre Fondule et tous ceux qui sont indiqués sous les numéros suivants se trouvent placés ici par cela seulement que leurs opercules sont recouverts de petites écailles; car, d’ailleurs, 1ls semblent appartenir naturellement à d'autres familles : celui-ci, en particulier, aux Cyprinoïdes, parmi lesquels il a été décrit, sous le n° 10.
6. Hydrargyre. Ce genre est absolument dans le meme cas que le précédent, près duquel il a été placé, mais caractérisé page 411; de sorte que nous trouvons inutile de répeter ce que nous en avons dit.
7. Orestias. Genre nouveau, remarquable par l'absence des catopes, quoique par ses formes générales et par la présence et la disposition de toutes ses autres nageoires il ressemble à un Cyprinoïde; mais, comme il n'est pas Gymnopome, nous avons dù le ranger auprès des genres dont les opercules sont évidemment recouverts d’écailles. D'un autre côté, il a dû être inscrit parmi les Pseudapodes, n° 8, p. 226.
8. Notoptère. Ce genre, qui par tout son ensemble devrait être naturellement rapporté à la famille des Clupéides, parce qu'il est comprimé, à ventre tranchant et dentelé, n'a pu y être inscrit systématiquement, parce que ses opercules sont revêtus d'écailles, et, d'un autre côté, parce qu'il manque de nageoires paires inférieures. Il se trouve donc ici en double emploi, car déjà nous l'avons inscrit dans le groupe des Apodes pantoptères anomaux ou pseudapodes.
Voici, au reste, le résumé analytique qui indique les huit genres principaux compris dans cette famille, dont le caractère est tout à fait systématique et artifieiel.
A 2e SET / 5 : D 2 pet ICHTHYOLOGIE ANALYTIQUE.
FAMILLE DES LÉPIDOPOMES (1).
Caractères essentiels. Poissons osseux abdominaux, à opereules recouverts
de grandes écailles.
| très-rapprochées ; deux crêtes saillantes sur les côtés de la queue...... 3. Térraconure. deux, | réunis par la membrane. ... 4. Mucer. séparées à distance; pleuropes à rayons * >: distincts, longs, séparés..... PorynÈme. 2pip ere ‘presque au milieu du dos; ventre caréné, tranchant, épineux...: Norortëne (4).
unique, | très-développés, ainsi que les catopes,........ . Exocer. | PE P
( très-distants ..….. D. Fonouze (2).
| des catopes; 14)
en arrière ; pleuropes
at rapprochés..... 6. Hvnrarcyre (5).
\ordinaires ; / PP RE (3)
ee de nageoires paires inférieures. 7. Onresrias.
I. MUGE, Mugil (Linné, Artédi); de la contraction des deux mots »ultum agilis ; Ovide.
Cuvier-Valenciennes, t. XI, de 1 à 155, p£. 307, 308, 309, 310, 311, 312 et 313.
Lacépède, t. V, p. 384, pl. 13, n° 1.
Bloch, 394.
Bonnaterre, n° 304.
Caractères. Corps allongé, arrondi, à dos plus épais ; deux épiptères, la première éloignée de la tête et naissant au-devant des hémisopes non prolongés ; bouche charnue, à lèvres épaisses, comme crénelées; tubercule du menton reçu dans
un creux intermaxillaire.
(1) De Xeriç, hemiôoç, écailles, et de roux, opercule, couvercle.
(2-3) Ces deux genres, quoique ayant des écailles sur les joues, sont déjà indiqués dans la famille des Cyprinoïdes, sous les n°° 10 et 11, page 411.
(4) Le genre Notoptère est Apode, et comme tel placé, sous le n° vir, parmi les
Pantoptères anomaux au Pseudapodes, page 226.
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Geure nombreux en espèces qui recherchent les eaux saumâtres. L'une d’elles a les lèvres couvertes de cirrhes rapprochés, courts comme le duvet d’une étoffe écrue; les dents petites, à peine visibles. M, Valenciennes a établi plusieurs genres avec quelques espèces; voici les
trois principaux, que nous regarderons comme des sous-genres,
1. Crsrréus, Cestreus (Cuvier); du mot grec Keoroeb:, synonyme de Mugil. Cuvier-Valenciennes t. XI, p. 156, pZ. 315.
Agassiz, Poissons du Brésil, pl. 72.
Caractères. Corps du Mugil; museau pointu ; bouche fendue en longueur ; pas de dents ni de tubercule à la mâchoire inférieure, qui est courte; de très-peites dents à la mâchoire supérieure seulement et dans l’épaisseur des lèvres; la première épiptère à quatre rayons seulement.
Deux espèces inscrites dans ce genre, des eaux douces des îles Célèbes,
nu. Nesris (Valenciennes); probablement de vñorts, qui jeûne, qui ne mange pas. Nom donné au jéjunum, portion du tube intestinal, parce qu'il est vide.
Cuvier-Valenciennes, t. XI, p. 166, pl. 317.
Caractères. Lèvres très-épaisses, à gros replis; mâchoires garnies de dents fines, en carde, formant une bande en avant du vomer ; point de dents aux os palatins; museau plus long que la mâchoire inférieure.
Deux espèces, des îles de France et de Bourbon.
it. Dasaus, Dajao (Valenciennes); nom vulgaire donné en Amérique. Cuvier-Valenciennes, t. XI, p. 164, pl. 316.
Caractères. Museau saillant; bouche fendue longitudinalement; dents pe-
tites, formant une bande de velours sur les deux mâchoires, le vomer et les palatins.
Une seule espèce décrite, venant de Porto-Rico, de Saint-Domingue.
II. POLYNÈME, Polyremus {Artédi, Linné, ; de told, beaucoup, et de vue, fil. Cuvier-Valenciennes, t. IT, p. 362, p£. 68. Parmi les Percoïdes. Bloch, 400, 404, 403.
Schneider, p£. 4.
Lacépède, t. V, p. 410, pl. 13, fig. 2, et pl. 14, n°3.
Polydactyle, Bonnaterre, n°° 309, 7-8.
Caracteres. Corps oblong, couvert d'écailles, même à la base des nageoires impaires ; des écailles sur la tête ; des rayons libres, isolés, articulés, simples, audevant des pleuropes et sous la gorge; première épiptère à rayons simples épineux.
Douze espèces inscrites.
Nota. Le Coïla (Cuvier-Valenciennes, t. XXI, p£. 610), voisin des
Auchois, a des rayons libres aux pleuropes; mais les opercules sont
aus, et l’hypoptère très longue se confond ou s’unit avec l’uroptère.
III. TÉTRAGONURE (Risso); de rérpæ, quatre; ywviæ, angles; oëpà, la queue, queue quadrangulaire.
Cuvier-Valenciennés, t, XI, p. 172, pl. 318.
Rondelet, de Piscibus, lb. xv, cap. vi; Zconographie. Caractères. Corps très allongé, un peu en fuseau ; deux nageoires du dos, la première à rayons courts, {rois fois plus longue que la seconde , dont les rayons sont en éventail; deux crêtes saillantes sur chaque côté de la queue.
Une seule espèce, de la Méditerranée,
IV. EXOCET, £xocætus (Linne), Eëwxowoc, Pline, abiens ex domo; &w, dehors de, et xotrn, la demeure.
Cuvier-Valenciennes, t. XIX, p. 66, p1. 559, 560, 561, 562, 563 et 564. Bonnaterre, Encycl., n° 306.
Lacépède, t. V, 4o1, pl 12, n°° 2 ct 3.
Bloch, 397, 398 et 399.
Caractères. Corps arrondi, très-long, à une seule épiptère au-dessus de l'hypoptère ; les pleuropes excessivement allongés et développés en ailes.
On a rapporté à ce genre trente-quatre espèces ; on pourrait en retirer sept, qui formeraient un sous-genre sous le nom de Menti-berbis (Cuvier-Val., t. XIX, p. 129, p£. 564), pour indiquer que ces poissons ont des barbillons sous le menton.
V. FONDULE. Il en est de ce genre comme du précédent, avec lequel il est inscrit dans la famille des Cyprinoïdes, sous le n° 10. Ce sont des espèces américaines qui diffèrent, en effet, des Gymnopomes par les écailles des
opercules. Nous avons donc été forcé deles ranger ici systématiquement.
Il y a huit espèces du Brésil, les autres des Etats-Unis d'Amérique.
ICHTHYOSTÉS POSTÉROPES LÉPIDOPOMES. 441
VI. HYDRARYGRE. Ce genre, déjà indiqué et caractérisé dans la famille des Cyprinoïdes, sous le n° 11, p. 411, a dù être inscrit ici de nouveau, parce que plusieurs espèces n’ont pas les opercules dépourvus d’écailles, comme c’est le caractère des Gymnopomes.
VII. ORESTIAS (Valenciennes); épeotis, qui se trouve dans les lieux élevés, montium cultor.
Cuvier-Valenciennes, t. XVIII, p. 221, pl. 532 à 537. Valenciennes, 1839, Journal de l’Institut, t. VII, p. 118.
Caractères. Poissons osseux, à grandes écailles sur les opercules ; pas de catopes; épiptère unique; abdomen arrondi sans écailles; bouche garnie de dents fines en crochets ; d’ailleurs, ils ont le port des Cyprins et des Polynèmes.
Ce genre est aussi indiqué parmi les Apodes pantoptères pseudapodes, sous le n° 1.
Neuf espèces inscrites dans ce genre; on les a observées dans les eaux douces des rivières et des lacs de la Bolivie.
VIII. NOTOPTÈRE (Lacépède) ; de vüros, le dos, et de nrepèv, nageoire. Cuvier-Valenciennes, t. XXI, p. 119, pl. 613. Lacépède, t. II, p. 190.
Bleecker, Over eenige nieuwe soorten van Notopterus van der Indischen Archipel.
Caractères. Corps comprimé, à ventre tranchant, dentelé; une seule petite nageoire située au milieu du dos; une hypoptère longue, se continuant et se confondant avec l’uroptère; pas de catopes ou de nageoires paires inférieures.
Ce genre, constitué par la réunion de cinq espèces, est des plus bizarres : il ressemble par la forme aux Clupéides; mais il en diffère d’abord par les opercules, qui sont couverts d’écailles, et surtout
parce qu’il paraît manquer de catopes; aussi l’avons-nous placé avec les Apodes anomaux, comme le précédent, sous le n° 7, page 226.
Ce sont des poissons du Bengale, décrits et figurés par M. Bleecker, en 1854, dans les Actes de Breslau.