‹ Iconautographie de JennerChapitre 2 sur 6 · JENNER · texte numérisé non relu

JENNER

Fuit bomo, missus à Deo, cui nomen erat.,,, Jotie (GTangile selon saint lean.)

L'histoire a presque tout dit, tout loué, au sujet de la découverte de Jenner ; — je lui connais huit éloges, deux, en beaux vers, couronnés par l'Académie Française : — leurs auteurs sont Reuss, Robert Watt. Louis Valentin , Dupcau , Soumet , Casimir Delavigne , Baron et Bousquet. — Il n'est pas une biographie en Europe et en Amérique, sans un article à l'honneur de ce médecin de campagne , ayant su, à force de patience ou de génie, préserver l'humanité d'une des plus féroces maladies qui l'aient jamais mutilée ou décimée...

Jenner menait à Berckelay, — son pays natal, — la vie la plus douce, la plus utile, la plus conforme à la simplicité de ses goûts ; on l'a dit : le bonheur est comme le gibier, quand on le vise de trop loin, on le manque ; celui de notre confrère était immanquable

(I) Ce fragment a clé lu , à la séance publique annuelle de la .Société impériale de médecine de Lyon (janvier 1860).

il consistait à vivre dans l'inlimité de son cher frère Jean ; — à cultiver dans un petit çnclos des piaules médicinales ; — à élucider avec une savgn le ingéniosité , quelques points d'histoire naturelle, de physiologie ou d'anatomie comparée ; — enfin, à faire sa tournée matinale quotidienne, à pied et son registre de notes soiis le bras, « guérissant les pauvres pour rien » comme le médecin de Balzac, et parcouriint les laiteries de sa paroisse, afin de dérober aux vaches le secret de sauver les hommes.

Ce secret était la vaccination, et il fut bien obligé, l'ayant trouvée, éprouvée, de venir à Londres, pour y publier le résultat de ses vingt années de recherches et le vulgariser.

Comme tous les biographes se copient, une omission ou une erreur se perpétue indéfiniment ; à l'appui, je vais rappeler une anecdote oubliée. — Un ami de Jenner, John de Carro, mort il y a quelques années seulement, fut un des premiers à vacciner cl il envoya du vaccin en Turquie, en Perse et plus loin encore. — Jenner, de son côté, en avait expédié dans l'Inde, mais son vaccin ne put être inoculé. — John de Carro refusa les 1,000 livres sterling offertes à celui qui pourrait inoculer le vaCcin dans ces contrées, et pour le remercier dignement, Jenner lui envoya une tabatière en argent avec cette inscription : « Edward Jenner à John de Carro. » — Celle tabatière renfermait une boucle de cheveux ; elle appartient aujourd'hui à un riche médecin des Etats-Unis.

La vaccine se propagea d'un bout du monde à l'autre ; — de tout côté, son inventeur reçut des lettres, des hommages, des honneurs.. . une impératrice lui envoya un diamant de grand prix et im billet d'un plus grand prix encore, écrit de sa blanche et noble main.... Toutes les Sociétés savantes de l'Europe se l'associèrent et pour comble de malheur, la parlement anglais lui vota des remercîments publics et des livres sterling , par boisseaux ! — Oh ! pour le coup, le modeste et sage Jenner n'y tint plus -. tout ça, dit-il avant Charlcl,

lie vaut pas mon doux Falaise ! — Il s'échappa donc de celle gcolc immense et malsaine, qu'on appelle Londres et pendant que les aldei'men croyaient dresser son écrou, en lui octroyant des droits de franchise et de cité , il revint dans sa jolie retraite do la vallée dc Gloccsler, où il retrouva, pour rie plus les quitter, ses' premières et fidèles amies, — l'élude et la nature, — En effet, le malin du 26 janvier 1823, Jenner reçut, avec une émotion trop vive, des reniecîments de la Société royale de Londres, pour l'envoi de son dernier et très-curiciLx ouvrage sur la migration des oiseaux, et dans l'après raidi, à la suite d'une hémorrhagie cérébrale, il rendit sa belle âme à Dieu.

Plusieurs biographes ont fait mourir Jenner dix ans plus tôt ; — on devrait bien prendre la peine de vérifier des dates, avant de les copier pour la postérité —

Mais, après cette petite erreur de chifli'e, nous arrivons à un grand enseignement : Jenner assistai son apothéose et ne fut pas heureux.,. « Tel est souvent le partage des grands hommes, a dit un de ses plus éloquents panégyristes (1), en expiation du talent qu'elle leur accorde, la nature leur donne une sensibilité qui faille tourment de leur vie. »

L'iconographie nous a conservé la grave et douce phj^sionomie de Jenner.

Une première médaille lui fut d'abord offerte, à litre d'hommage confraternel et patriotique, par des médecins d'Angleterre,

Une seconde lui fut décernée , quelque temps après , par lu Société royale de médecine de Londres.

En 1801, les médecins et les chirurgiens de la marine anglaise firent frapper en son honneur une troisième médaille qui représente

(1) Bousquet, Éloge de Jenner, p. IG.

le Dieu de la médecine rendant à l'Angleterre un matelot guéri par la vaccine, et le nom de Jenner, au milieu d'une couronne civique.

En 1826, on lui érigea une première statue de marbre blanc, — exécutée par Sivier, — dans l'église cathédrale de Glocester ; l'année suivante, un célèbre artiste s'inspira de ce monument, pour un buste,— œuvre capitale de Corbould, — dessinée et finement gravée sur pierre, par R. J. Lanc. — La tête est de trois quarts ; le torse, drape à l'antique, repose sur un socle circulaire.

Avec l'éloge de Valentin, la Revue encyclopédique fit paraître, en 1824, un portrait dessiné par Vigneron, d'après une peinture à l'huile, qui m'a parue être la caractéristique de cet homme illustre. (Ovale, format in-S").

BouUemier fils a reproduit cette copie ( Carré, format i«-4°, dijngé à droite).

Mais, comme œuvre d'art, je dois mentionner une charmante copie, gravée pai" Fontaine (Les hommes utiles. — Art. Jenner).

11 y a, dans ma collection, deux petits portraits de profil, sans nom de graveur, l'un au trait et l'autre en silhouette, représentant Jenner, orné d'un appendice caudal, ce qui indiquerait leur conlemporanéité avec la république française.— Un troisième, de profil, gravé par un Anglais, W. Read, reproduit Jenner avec la même coiffure ; ce qui n'est pas excusable de la part d'un compatriote qui pouvait s'inspirer plus fidèlement.

Un dernier portrait, d'après une peinture de L. R. Smith, a été gravé, public par Christ. Willam Boch et dédié au sélé provocateur de ce grand bienfait pour l'humanité (sic) à son ami le D"" Eickliorn.

On dirait, à l'attitude affaissée et à l'expression chagrine de Jenner déjà vieux, que l'artiste l'avait fait poser, après son entrevue avec l'empereur Alexandre (1814), — Vous avez fait tant de bien aux hommes, lui dit l'autocrate, que vous avez dû recevoir bien des éloges, bien des marques de reconnaissance. — Des compliments,

répondit le médecin anglais, on m'en a fait beaucoup ; mais j'ai trouvé plus d'ingratitude que de reconnaissance.

En 1858, une seconde statue curale de Jenner, en bronze, fii placée à Trafalgar-Square, à Londres, près de celle de Nelson ; sa dépense fut évaluée à 4,000 livres sterling (100,000 fr.)

Assis sur un fauteuil, le grand observateur est dans l'attitude de la réflexion ; — son bras droit, accoude sur le dossier demicirculaire du siège, soutient la tête légèrement inclinée ; — le bras gauche repose sur la cuisse correspondante, tenant une liasse enroulée de papiers. — La tête de Jenner est d'une ressemblance trop accentuée et son front est d'un sowcilleux,.., d'empereur romain. — La robe doctorale drape assez bien et laisse entrevoir une toilette de .ville que je me permettrais de critiquer : Jenner porte un habit d'une coupe trop moderne ; un demi-siècle séparait le contenant du contenu, — c'est un parachronisme de costume.

Il y a deux ans environ, une souscription fut ouverte, en France, pour subvenir au coût d'un monument semblable, destiné à la ville de Boulogne ; — la presse périodique lui fut favorable ; la statue a été faite par M. Eugène Paul ; — clic grelotte, en ce moment, dans la cour du Louvre...

Jenner est debout, — galbe disgracieux, — drapé avec l'indispensable manteau qui dissimule les pauvretés du vêtement moderne ; l'artiste lui a donné des bottes... à revers, car le produit d'une souscription reste insuflisant, pour payer une dette nationale à ce génie sauveur, auquel les Egyptiens et les Grecs auraient élevé des autels, à côté de ceux d'Immoulb et d'Esculape...

Quand on a lu dans l'histoire de l'inventeur de la vaccine , quels furent ses rapports de cœur et d'inlcUigcnco avec John Hunter qui fut, tour à tour, son second maître en médecine, son Mécène à Londres, — son nÉvÉLATiiun, — son meilleur ami, — on regrette de ne pas connaître la personnalité d'un des premiers ana-

tomistes de l'Europe : — Jcnner, au milieu de tous les embarras de sa célébrité, ne discontinua pas, avec lui, une correspondance presque hebdomadaire , précieusement conservée dans une cassette sur laquelle il avait écrit : « lettres de John Hunter à Edward Jenner. »

Je possède deux portraits de John Hunter ; le premier, grave par J. Kennerley {carré long, format in-S°) le repi'ésente de face, assis, dans son cabinet de travail, un livre à la main et sa pensée bien loin et bien haut...

Son costume est le même dans les deux gravures : robe de chambre en velours, doublée de soie claire ; un col de chemise qui se rabat sur une cravate blanche lâchement nouée ; les manches de l'indis- 2}ensablc vêtement sont fixées autour du poignet par des boutons ronds en métal précieux.

Le second portrait {carré long , formai in-i°) a été gravé ù la manière noire, par W. Holl, d'après la peinture du célèbre Reynolds, qu'on voit dans la grande salle d'honneur du royal collège des chirurgiens de Londres.

La pose varie : le grand naturaliste, au milieu de ses planches d'ostéologie, médite et cherche encore, accoudé sur une table.

Quelle tête magnifique ! et comme l'art a su comprendre le génie de la science, — pour l'idéaliser, — sans nuire à la rcssemWance du savant !

Mais reprenons notre connaissance commencée avec l'illustre vaccinateur...

Jcnner était ce qu'on appelle un bel homme ; taille et corpulence au-dessus de la moyenne. - Son front avait de l'ampleur et de la sérénité ; Gall y aurait trouvé des facultés intellectuelles , — proches parentes du génie ; — telles que la mémoire des choses {memoria realis), — h sagacité comparative, — l'esprit d'indue-

lion; — [et même le lalcnt poétique mais en plus faible saillie (1).

Deux plis parallèles et pcrpendiciilaires, entre ses sourcils, dénotent un caractère sûr et prudent , une forte application , une patience d'Anglais...

Les yeux — blcu-foncc, — bien ouverts, doux, d'une expression rêveuse

Son nez était remarquablement beau ; l'épine large, régulière, à courbe fine , révélait , à elle seule , d'après Lavater , toutes les qualités supérieures de Jenncr.

Les lèvres correctement dessinées ; la supérieure, en débordant un peu, était la marque distinctive de sa bonté.

Point de barbe ; — d'abondants cheveux, châtains, soigneusement relevés sur le front et les tempes et ondulant sur le cou.

Son menton rond, perpendiculaire à la lèvre, uispirait la confiance ; mais il était un peu sensuel et il faisait mollement fléchir les plis circulaires d'une ample cravate invariablement blanche.

Sa mise enfin, sans être celle d'un genlleman, était harmonieuse dans ses nuances et d'une minutieuse propreté ; — elle se complétait par un gilet en piqué jaune , une redingote bleue , longue, à boutons de métal ; des culottes en' vcloiirs noir et des souliers à larges boucles d'argent.

Jenncr portait la tête en avant, comme pour écouter,., l'avenir ; — sa démarche était mesurée, méditative ; en causant, ils s'arrêtait quelquefois , et son interlocuteur charmé s'oubliait à marcher aussi : c'est que l'esprit de Jemicr, merveilleusement doué pour saisir les analogies de toute chose, faisait admirer, avec les couleurs

(1) Le médecin de Bcrcklay a laissé plusieurs petits poèmes remarquables par un sentiment vrai et fin. (Rkvli; nniT.VNMQi'r., janvier, 18G0, p. 29. — Viij m Charles Belu, pur le D'' Pichbt).

prismatiques d'une imagination longtemps jeune, toutes les harmonieuses beautés de la création...

« Le regard qui se perd dans le bleu infini du ciel, a dit le baron de Fenchterslcbcn , ou qui s'étend sur le tableau riche et varié de la terre, ne fait pas attention aux misères qui tourmentent la vie, dans le tourbillon du monde. » — Cependant notre poète redevenait médecin , il obéissait à son idée, vous racontait ses dernières expériences sur le cow-pox et finissait toujours par se plaindre , avec une amertume naïvement épanchée, de toutes les tracasseries que lui suscitait la médiocrité jalouse, pour atténuer la valeur relative ou même l'authenticité de sa découverte.

Personne, que je sache, ne connaît le but vraiment excentrique

de tant de travaux, de sacrifices et de sollicitude Voici encore

une anecdote : l'occasion fait l'indiscret.

Il y a plus de quarante ans, — souvenir d'hier pour ma mémoire, — ^je causais déjà TOcdeciwe avec le docteur J..., de Nantua ; —il me dit un jour : «J'ai eu l'occasion de faire connaissance avec l'inventeur de la vaccine ; 'c'est un Anglais, m\ original, \in fanatique admirateur des faits et gestes de la Providence, à laquelle il ne fallait pas reprocher , lui présent, un tas de peccadilles, comme la grêle, la gelée , les insectes parasites et la petite vérole , qui continuait à faire des siennes, malgré l'inoculation.

« Le première fois qu'il entendit parler de la picote des vaches , comme d'un préservatif naturel , il prit au sérieux ce quamquam , et tout en faisant les affaires de la Providence, il a fait joliment les siennes aujourd'hui Jenner est mylord et millionnaire, et il est devenu la bête curieuse de tout le monde...

« Ce ne serait donc pas seulement le désir d'être utile à l'humanité, encore moins l'ambition ou le vil intérêt, mais une aspiration toute

mystique qui aurait scienlifiqucmcnt manifesté la prophylaxie du cow-pox?... »

Le bienfait reste, nous en profilons ; — et quoi qu'en écrive un officier d'artillerie et sa docle cabale, la vaccine est encore ce qu'elle était du vivant de Byron , « l'antidote des fusées à la congrève...

Jcnner écrivit et publia, de 1768 à 1805 , six brochures pour faire connaître et propager la vaccination ; elles curent plusieurs éditions et traductions (1).

Les Transaclio7is de Londres ont publié ceux de ses ouvrages , au nombre de cinq, qui avaient pour objet l'histoire naturelle et la médecine.

Avant de mourir , Jenner avait légué ses manuscrits et toute sa volumineuse correspondance au docteur Baron , avec condition expresse de tout publier. — L'amitié a-t-cUe bien fidèlement rempli son mandat ? — Le légataire a fait imprimer, en anglais , un choix {and seleclions) de tous ces précieux documents.

Les autographes de Jenner pèsent de l'or ; ils sont introuvables, comme ceux de notre Bichat ; — quelques lignes insignifiantes de l'immortel vaccinaleur figurent parfois sur les catalogues Lavardet, comme pour affrioler les amateurs et leur indiquer la rue Drouot.

Cette rareté s'explique : les Anglais sont très-jaloux de tous les témoignages matériels de leur génie national ; ils les gardent , comme des avares, ou les achètent comme des prodigues.

Je suis donc vraiment heureux, — heureux comme un collcclion-

( 1 ) Son premier ouvrage : licclierchcs sur les causes el les effets des variol^e vacci>/e, imprimé à Londres en 1798, a été traduit en français par le chevalier de la Rocque et imprimé à Lyon, en 1800 ; je n'ai pu le découvrir dans nos bibliothèques, /labent tua fala libelli...

jicur , — de pouvoir exhiber à mes chers confrères de la Société de médecine de Lyon, une pièce historique qui va compléter un des épisodes les plus honorables, pour Jenncr.

« Une Icllrc, dit le Dr Bousquet, un mot de sa bouche délivrait les prisonniers de guerre ; deux de ses amis , William et Wickam , étaient prisonniers en France. Qui leur rendra la liberté? Jenner osa la demander à l'Empereur, et ne présuma pas trop de la puissance de son nom.

« A la vérité, il ne fut pas toujours si heureux. Semblable aux pierres précieuses, le mérite brille plus de loin que de près. M. Husson avait un frère , aujourd'hui général et l'une des gloires de noire armée, sur les pontons de la Tamise. Tout l'intérêt de Jenner ne suffit pas pour briser ses chaînes. Et pourtant, s'il est une terre iièrc de ses grands hommes , c'est la Grande-Bretagne ; mais elle leur donne de l'or et garde ses faveurs (1). »

Voici une Ictlre de Jenner, une longue lettre, toute confidentielle, qui révèle , en même temps , rcxcellence de son cœur et sa sympathique gratitude pour l'accueil fait à la vaccine par la médecine française; elle est à l'adresse de M^o Lee, de Plymoutli.

Chère Madame,

Par une lettre que j'ai reçue de mon ami, M. Crcam de Balli, j'apprends que vous êtes sur le point de visiter le continent et

(1) Scribe a mis cette vérité en couplet dans l'un de ses vaude devilles :

En France on saii les admirer , 3Iais ou les paie en Angleterre.

comptez être bientôl à Paris ; et que de plus , vous nvrz fait l'oITrc ol)iigcanle de vous charger des lettres que je pourrais avoir à y envoyer. Je vous prie d'accepter mes rcmcrcîments les plus sincères. Si vous voyez, par hasard, quelques savants de Paris, dites leur bien, je vous prie, combien je suis sensible aux compliments qu'ils m'ont fait et que je ne désespère pas encore de voir arriver le jour où je pourrai me présenter moi-même auprès d'eux et les convaincre de ma gratitude.

J'ai fait beaucoup d'efforls, ces deux dernières années , pour obtenir l'élargissement d'un officier français, dont le frère, le docteur Ilusson, qui habite Paris, est un de mes amis intimes.

Jusqu'ici (c'est pénible à dire) , mes efforts ont été infructueux; cependant, quoique décourage, je ne cesserai pas de continuer. Si je me souviens bien , je vous ai parlé de cette circonstance dans la conversation que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous chez Charles Ross. J'aurais donc évité de vous ennuyer en vous en parlant de nouveau, si je n'avais pas pensé qu'il était possible que vous vissiez le I)"" llusson ou le baron Corvisart, premier médecin de l'Empereur, qui est un de ceux qui ont sollicité mon intervention eu faveur du malheureux captif, le capitaine Husson. L'assurance que j'en fais de tout mon cœur, leur fera peut-être plaisir.

En vous priant d'accepter mes vœux sincères pour votre bonne santé, croyez-moi,

Chère i\Iadamc, votre obligé et obéissant humble serviteur.

Ed. Jenneh.

{ncrUdcy-GloccMcr, 22 sept. 1812).

Une simple ligne pour m'informcr si cette lettre vous est , ovii ou non parvenue, me ferait plaisir.

Cette lettre autographe et signée (en anglais), contient trois pages in-40.

Le cachet est entier, en cire noire ; — l'écu de Jenner est d'azur, à la croix florelce d'or, cantonnée de quatre fleurs de lis de même , cimier un chien.

Il y a quelque chose de l'homme dans son écriture ; — j'ai cherché ce quelque chose dans la lettre de Jenner ; je crois l'avoir trouvé.

C'est une belle écriture, propre, régulière, bien liée, ayant même de la couleur : elle indique une certaine dose d'énergie , de l'ordre et du goiît. Une particularité m'a d'abord surpris , c'est sa légèreté, pour un écrivain qui, à la date susdite, avait soixante-quatre ans ; mais clic s'acquiert, cette légèreté, par l'obligation d'écrire beaucoup, et c'était précisément le cas de Jenner.

Comparaison' faite de celte lettre avec d'autres autographes, j'en ai conclu que l'écriture gagne aussi à quitter son coin de feu pour un peu de toilette, et que le jour où Jenner de Berkeley écrivit à une grande dame, dont il se reconnaissait l'obligé, il se portait bien, d'abord ; — il avait de bonnes nouvelles de sa vaccine, — et son fidèle Pliipps [1) , lui avait taillé une plume toute neuve pour cette solennité épislolaire...

Et je termine, eu disant avec le Bousquet, parce que l'on ne peut pas mieux dire : « Pardonnez-moi, Messieurs, ces petits détails ; j'ai cru qu'ils étaient justifiés par le grand nom de Jenner. »

(1) Son premier vacciné qui habitait un petit cottage à côté de sa résidence; c'était son homme de counancc.

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