‹ Iconautographie de JennerChapitre 3 sur 6 · LA VACCINE · texte numérisé non relu

LA VACCINE

II ne s'agit rien mcnns que de savoir ai Von doit continuer ou cesser de vacciner,

UORDBET,

L'histoire de l'inventeur de la vaccine devrait se compléter par celle de son invention ; mais il faut attendre que le procès en appel que viennent de lui intenter ses adversaires modernes, — les vaceinomètrcs, — soit instruit, plaidé, jugé en dernier ressort, en suite de l'enquête expérimentale commencée depuis plus d'un demi siècle par la science et pour l'humanilc.

Aujourd'hui , je me contenterai de raconter et (d'apprécier toutes les péripéties dcl'iDÉE .Tcnneriennc. — Chemin faisant, l'iconautographic nous fournira peut-être des renseignements utiles et même curieux.

La découverte du célèbre médecin anglais fut apprise avec doute, interprétée avec malveillance et cependant elle obtint assez vile l'attention, l'assentiment scicnlilique, la reconnaissance universelle ; — la mauvaise foi et la jalousie changèrent alors de tactique : l'inoculation du cow-pox sur l'homme, pour le préserver de la va-

riole, lui fut conlcstéc ; elle venait dcrindc, de la Perso, de Rabaud- Pommicr, d'un savant de Gœllingue, etc.

Jenncr était trop modeste pour s'attribuer le mérite d'une invention quelconque ; dans tous ses travaux relatifs à la vaccination, il n'a eu vraiment qu'un projet, celui de « vérifier un fait » qui était regardé, suivant le D"" Dupau, comme un préjugé par les hommes instruits et surtout par les médecins du pays ; — mais quand il serait vrai , ajoute ailleurs ce même historien , que ce ne fût pas une chose nouvelle, la vérité appartient à celui qui sait s'entourer de toutes les preuves et l'embrasser dans ses applications.

Pour arrêter la propagation de la vaccine, que n'a-t-on pas imaginé, dit et imprimé ? D'abord, ce n'était pas un préservatif assuré ; — tous les accidents du premier âge lui furent imputés ; — on alla même jusqu'à prétendre que cette humeur bestiale , mélangée à celle de l'homme, était susceptible de le minauloriser !...

Jenncr toujours calme, confiant et fort de sa conviction acquise, se contenta d'opposer ses expériences de plus en plus nombreuses et des faits authentiques aux préjugés de la foule , aux sophismes de la science égarée. — Après les épreuves de Woodvillc et du comité central de Paris, la vaccine brava l'épidémie de l'an X, et son e£Fet anti-varioleux fut considéré comme absolu , indéfini , par tous les premiers vaccinateurs de l'Europe, par le même comité central...

Mais l'épidémie de Montpellier, en 1816, vint démentir une opinion aussi hâtive ; la préservation ne devait être que temporaire et beaucoup de vaccinés furent atteints ; celte épidémie — remarque très-importanlc à retenir — celle de Milhau, en 1817 ; de la Martinique, en 1818, ciioismiext les vaccinés depuis un lai)s de temps plus ou moins considi'nihle, cl les nouveaux vaccines furent Tors préservés.

A dater de celle époque (1818), l'on apprit à distinguer lava7-iolG des vaccinés (variolide, varicelle) de la petite vérole vn.viE ; — l'on commença à revacciner et ces revaccinations préservèrent, dans le cours des épidémies, jusqu'en 1841, sur plusieurs points de la France, en Angleterre, en Danemark, dans le Wurtemberg, l'Italie, Malte, Genève, etc.

Il fallait trouver la cause de la variole des vaccinés, ou dans l'ancienneté de la vaccine, ou dans l'affaiblissement du vaccin et mieux encore dans les deux à la fois, et l'on conclut « que s'il était bon de renouveler le vaccin, il était encore plus nécessaire et heureusement plus facile de renouveler la modification qu'il opère dans l'économie (I). »

Un aulre reproche plus grave l'ut imputé à la vaccine ; — dès 1819 , l'accroissement du rapport entre la mortalité juvénile et la mortalité totale de Paris, ayant plus que doublé, comparativement à celui du dix-huitième siècle, — l'opinion publique s'en émut — et à la sollicitation de Portai, un roi de France créa l'Académie de médecine, pour sauvegarder plus spécialement les intérêts menacés de la santé de tous.

L'Académie, entre autres mesures d'hygiène publique et de circonstance, institua une Commission conservatrice du vaccin ; elle ranima le zèle des vaccinateurs , mais le chiffre plus élevé des vaccinations ne parut pas réagir favorablement sur cebii de la mortalité juvénile, car elle était de 10 pour "/o, en 1853.

Le Dr Watt, après avoir dépouillé les rcgi.strcs de Glascow, fut le premier à dire que la vaccine préservait bien de la petite vérole ; mais que, par une funeste compensation, clic mettait à sa place d'autres maladies encore plus graves.

(1) nullcUn de l'Académie de médecine, I. X, p. 139.

En 1848, un officier d'artillerie, plus fort en arithmétique qu'en pathologie humaine, M. Carnot se prit à paperasser les mortuaires, tableaux do recrutement , annuaires et statistiques , pour arriver à cette conclusion : « La mort prélève aujourd'hui sur la jeunesse le tribut que la petite vérole imposait autrefois à l'enfance, tel a été, pour la France, le résultat réel de la découverte de Jcnner. »

Son premier mémoire (1) fut présenté à l'Académie des sciences, le 11 novembre 1848 ; — On attend encore le rapport de MM. Arago et Matthieu .

Ce retard autorisa toute espèce de conjectures ; un des adeptes de M. Carnot, par exemple, a dit que l'Institut avait peur...

M. Carnot a le suprême tort de vouloir démontrer par A plus B moins C divisez par Z ; ce qui rend sa prose inaccessible à la grande majorité des lecteurs qui n'ont pas eu le bonheur de sortir, comme lui, n" 1, dans sa promotion.

J'ai lu son livre avec la plus profonde attention , et quand j'arrivais à l'un de ses refreins d'école : Ce qu'il fallait démontrer. . ; j'ai dû rougir comme un écolier qui n'a pas compris ce qu'il fallait lui faire comprendre.

Est-ce clair? — Est-ce clair?? — autre finale favorite du professeur ; — interpellation radieuse de modestie cl même éblouissante, à laquelle le docteur Félix Roubîud a osé repoudre, en se frottant les yeux : « Un instant, confiant dans l'immutabilité des chiffres, nous avons pu croire que la lumière se ferait ( la lumière do M. Carnot); mais il parait que la statistique est comme le clavecin qui se prête à toutes les gammes, à toutes les intonations, x

En l851,M.Carnotrepréscnte à l'Académie des sciences, un second

(1) Essai de mortalité comparée avant et depuis la découverte de la vaccine.

mémoire {Analyse de l'influence exercée par la variole) ; — son auteur n'a pas été aussi heureux que Noé : la colombe ne lui a pas rapporté des nouvelles du corbeau, et, dans sa mauvaise humeur, il a eu presque raison d'écrire que « l'Académie était devenue aveugle sur ses vieux jours. »

Comme compensation à tous ces mécomptes, il s'est rencontré cinq médecins, je crois, sur dix-huit mille, en France, qui se sont constitués les avocats de cet infortuné M. Carnot, en se rangeant sous la bannière de l'émancipation vérolique ; ce sont MM. Verdé de Lisie (1), Bayard (2), Duché (3), Villette de Tcrzé (4) et Ancclon (5).

Chacun de ces honorables confrères a publié ses erreurs de jeunesse médicale , ses combats de conscience , sa conversion au naturisme, ses arguments sans réplique, ses chiffres sur table, comme dit leur chef de fde; — y a-t-il, dans leurs plaidoyers, autant de raison que de talent ?

Je me borne à répondre (parce qu'une appréciation détaillée dépasserait les limites de cet écrit), que les calculs de M. Carnot, caput (jcneris, ne doivent être acceptés comme justes, qu'après vérification ; — que cependant tous ses élèves les ont copiés, sur la parole du maître, les publient et les prennent pour texte de leur polémique plus ou moins passionnée, oublieux du respect dû à des confrères qui, comme eux,ont l'honneur de tenir une plume.

(1) Révision de lu vaccine, et plus tard : De la dégénérescence physifjue et morale de l'espèce humaine déterminée par la vacci7ie. Paris, Charpentier, 1855.

(2) Influence de la vaccine sur la population.

(3) Un mot sur les modifications épidémiques depuis l'iniroduclion de la vaccine.

(4) La vaccine, ses conséquences funestes, etc.

(5) Philosophie mathématique et médicale de la vaccine.

Le Df Villctte de Terzc,par exemple, tout chamaré de titres scieiitiiiqucs et de décorations, s'annonce, dans sa préface, comme un ami sincère do la vérité, impartial par' caractère, dévoué à l'intérêt de l'humanité, ayant étudié à tête reposée, et à la première page du premier chapitie, il apostrophe le docteur Berlin, et dans une vingtaine de pages, il le moleste vilainement, et trente fois (j'ai bien compté) il l'interpelle de jeune confrère, jeu/ie vaccinophobc, jeune candidat, jeune docteur, elc. — En vérité, il faut être bien vieux, pour être aussi jaloux de son printemps passé...

Je termine avec le docteur Villette de Terzé, — toujours au point de vue des bienséances de style, — en disant qu'il a commencé par les coups de poing de la fin qui ont immortalisé le Chourineur.

Un petit journal, au sujet des affaires de Rome, faisait dernièrement celle réflexion toute française : Est-ce que, même en parlant de Dieu, on ne pourrait pas en parler poliment ? — Même en parlant science, Messieurs, ne poui'ricz-vous pas aussi en parler plus convenablement?

La vaccine pourrait dire aussi à sa mère-patrie : lu quoque!... — Plusieurs médecins anglais l'Incriminent dans leurs écrits , dans leurs journaux ; je citerai, entre autres, John cl George Gibbs, Jame Cowin, Livingstonc, W. Stowel, Bennet, Bikcrstilh, Davis, Fleming, Maccall, Marnocli, Pritchard, G. Shaw, etc. ; — une enquête a été provoquée, à ce grave sujel, au sein du parlement britannique.

Tue genehal Board of Health a adressé à tous les corps savants du continent un questionnaire en quatre articles, auxquels notre Académie de médecine a répondu en 1857 , dans un sens complèlcment favorable à la pratique vaccinale (1).

(1) La véracité de l'Académie « lorsqu'on touche à cette question brûlante, n a été mise en état de suspicion, par le docteur Ancclon,

En Allemagne, même agitation médico-vaccinale, — pour le même soupçon, — ainsi que me l'apprend une lettre d'Alexandre Humbold, à l'adresse du docteur John Gibbs et à la date toute récente du 18 octobre 1858.

Dans celte lettre, l'illustre savant parle « de la dégénération, dont l'humanité pa7'aU menacée dans une grande partie de l'Europe, de la marche progressive de l'opinion sur l'influence dangereuse de la vaccine en France, en Angleterre et en Allemagne, n — A la fin de sa lettre cependant, il ne manque pas de faire ses réserves « sur ce grave sujet » et « il ne me reste, dans cette matière, certes ti'ès-cosmique, ajoute-t-il, que de dire avec prudence, sen/o, manonragiono.D

Le docteur Nittinger, de Stuttgard, vient de publier un second pamphlet (1), le plus curieux et le plus fulminant contre la vaccine ; il est intitulé : Bac sehwarze Buch vom Impfen (le livre noir de la vaccine).

Ce titre contraste avec le livt'e bleu où se trouve l'opinion motivée (le 537 médecins anglais en faveur de la vaccine, — autrement dite virusalion, poison de Jenner, empoisonnement des peuples , sorlilége de Jenner, etc. — D'après le même, la statue de Ïrafalgar-Square est une colonne de honte de l'âme de V humanité outragée !

Ce livre est un fagot]de diatribes, ramassées sans ordre ni convenance, dans tous les carrefours de la presse européenne; — on en jugera par l'intitulé d'un seul chapitre : Les Jenncrisles accusés de sorcellerîj , malpropreté et tromperie. En tctc de celte querelle

et dans son opuscule (p. 31 à 36), il la compare à la Belle au bois dormant; — c'est le premier cas d'hypnotisme chronique, puisqu'il date de 1817 !

(1) Son premier avait pour titre : i/empoisonnement, avec celle épigraphe : Scienliam profanasti, populum occidisli, terrant perdidisti (1832). — Le dessus du panier fait deviner ce qui est dedans...

d'Allemand, l'auteur a mis son portrait ; il faut lui en savoir gré : j'aime mieux le voir que le lire...

Les médecins de France imitent plus sagement ce philosophe ancien qui prouva le mouvement en marchant ; — ils répondent aux attaques dirigées contre la vaccine, — en vaccinant.

Réponse boiteuse, dira-t-on ; il est plus aisé de vacciner que de discuter ; Vous devez démentir cette formidable insinuation de M. Carnot, que la vaccine est un fléau plus grand que la petitevérole, à tel point qu'elle fait craindre la dépopulation de l'univers, à une époque peu éloignée ; — vous devez rassurer les populations inquiètes qui commencent à refuser ce funeste présest, et chez lesquelles tous les vieux préjugés commencent ù se réveiller ; on compte sur ces recrues de la bêtise humaine encore plus que sur l'algèbre... Prenez-y garde !

Une première réponse a été faite, en 1825, par M. Brunet et sous les auspices du gouvernement, après l'épidémie de Paris (1).

Une seconde réponse, le 7 août 1828, au sujet de l'épidémie de Marseille, sous les auspices du gouvernement et émanant de l'Académie de médecine, poxiv faire distinguer la variole de l'éruption qui en prenait les apparences, la varioloïde {"î).

Une troisième réponse, en 1838, pour établir définitivement que la vertu préservatrice du vaccin n'était que temporaire, qu'il y avait lieu aux revaccinalions, au renouvellement ducow-pox (3).

Une quatrième réponse, en 1846, sur quatre questions proposées par l'Académie des sciences (4).

(1) De la vaccine et de ses heureux l'êsullal s . Paris.

(2) Traité de la vaccine, etc., par J.-R. Bousquet, l^^ édition.

(3) Nouveau traité de la vaccine et des éruptions varioleuses, par le même auteur. — Ouvrage couronné par l'Académie des sciences.

(4) Traité sur la vaccine, ou recherches historiques et critiques sur

Une cinquième réponse, en 1854, par le docteur Mordrct, considérant la vaccine dans ses rapports avec les maladies et la longévité, couronné par l'Académie royale de chirurgie de Madrid (1).

Une sixième réponse, à toutes les injures personnelles machinées contre Jcnner et répétées, sans preuve, par ses détracteurs; — à toutes les attaques dirigées contre la vaccine, par le docteur Bertin , dans sa thèse inaugurale, ayant pour titre : Essai historique et critique sur les attaques dirigées contre la vaccine, 1856.

Une septième réponse, en 1857, a été faite à tous les arguments statistiques de M. Carnet, par le docteur Berlillon (2), qui apporte, en outre, de nombreux documents nouveaux , — inconnus aux adversaires de la vaccine. — Celte réponse, selon l'école de M. Carnot, d'un statisticien dont « l'inlelligence mathématique ne s'élève pas même à la hauteur de la règle de trois, » a été couronnée par l'Académie des sciences !

Enfin une dernière et collective réponse a été faite, ait point de vue médical; par des rapporteurs aussi compétents que consciencieux, tels que MM. Roche, Velpeau, Rayer, Brctonncau, Barthe, Bousquet, Serres, Charles Dupin ; — dans les journaux, par MM. Aran, Cayol, Beaugrand, Brachcl, Dechambrc, le professeur Hœzer, A. Lalour, Noirot, Perrin, Tcissicr (de Lyon), L. Villcrmé; — et à l'Institut, par l'immortel Cuvier : Ces quelques lignes de son rapport sont fatidiques, comme un oracle...

les résultats obtenus par les vaccinations et revaccinations, par Ch. Steinbrenner. Paris, 1846. Ouvrage également couronné.

(t) Êlal actuel de la vaccine considérée au point de vue pratique et théorique, etc. Paris, 1855.

(2) Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccine, précédées d'un essai sur la méthode statistique appliquée à l'étude de l'homme. Paris, 1857.

(( Quand la découverte de la vaccine serait la seule que la raédc- « cine eût obtenue dans la période actuelle, elle suffirait pour illus- « Ircr à jamais notre époque dans l'histoire des sciences comme « pour immortaliser le nom de Jcnner, en lui assignant une place « éminentc parmi les principaux bienfaiteurs de l'humanité. »

Voilà, j'espère, des réponses qu'on peut consulter, apprécier, puisque j'en ai indiqué l'origine ; — et après]a^'oir cité textuellement celle du premier savant des temps modernes , oserai-je faire remarquer, qu'en dépit des railleries de Pascal , il est des cas où les inoines, — c'est-à-dire les noms, — sont des raisons?

J'en étais là de ma péroraison, quand un jeune médecin de mon voisinage, vir simples medeiidi periius, puisqu'il m'avait confié l'intention de se désister de ses fonctions de vaccinatcur, par scrupule de conscience, — vint me surprendre le nez en l'air et la plume à la main... ,. ,

— Soyez deux fois le bien-venu, lui dis-je ; votre visite m'est toujours agréable, elle me sera encore utile aujourd'hui. — Vous me prenez en flagrant délit de griffonnage ; j'écris mon credo en matière de vaccine... Voulez-vous être M. Public et me permettre de vous le réciter?

— Bien volontiers, me répondit-il , mais je vous préviens que je ne dirai pas amen. — Le livre de M. Carnot m'empêche de dormir... tous ces diables de chiffres sont autant de gnômes crochus, livides, puants, aux lèvres fuligineuses, qui exécutent une sarabande convulsive sur mon lit... et dans le nombre, j'ai cru reconnaître quelques-uns de mes vaccinés, victimes expiatoires de la typhoïde...

— Je ne dirai point œgri somnia, mais rève de médecin, ce qui est plus grave ; — quoi qu'il eu soit, je commence ma lecture, cl nous causerons après.

Je lus, et après un point d'orgue, mon voisin me dit : Votre

résume à vol d'oiseau inc rappelle en effet que l'Instilut et l'Acadcmic de médecine onl innocenté la vaccine de tous les méfaits dont on l'accuse, moins d'un seul, — mais du plus sérieux — j'entends la mortalité doublée pour les âges de 20 à 30 ans... Inévitable conséquence de la plithisic pulmonaire (d'après M. Vcrdet de Lille) et de? fièvi'es typhoïdes (rois fois plus meurli-ières et de plus en plus fréquentes, d'après MM. Carnot, Bayard et Aneelon.

— 11 ne s'agit pas, répondis-je, de défendre la vaccine : au commencement, elle ne préservait pas de la variole ; aujourd'hui elle en préserve trop... Notre bon vieux Rhasès l'a dit; les vieilles femmes le répèlent et les vaeeinomèlres prétendent le démontrer avec des chiffres : la variole est une maladie humorale sui generis, si vous l'cmpcchez de s'échapper par la surface cutanée, elle fermeule, se concrète, se corrompt et dégénère en tuberculose, squirrhe ou pulrilagc; — maladie rare chez les enfants, parce que l'humeur varioliquo est trop récente pour fermenter; — plus rare encore chez les vieillards, parce qu'elle est desséchée par l'âge; — mais la jeunesse ! oh! l'innocente et malheureuse jeunesse ! moissonnée comme l'épi des champs... par la lancette des vaccinateurs !

J'en conviens, mon cher confrère, il y a déplacement dans la mortalité, mais parce qu'il coïncide avec l'introduction de la vaccine en France, est-ce une conclusion bien médicalc^le répéter le trop fameux Post hoc, er go pr opter hocl — Auparavant d'examiner, en médecins, quelle peut être la relation vraie entre l'effet et la cause préstmée, allons au plus pressé, commençons par donner aux vaceinophobes le démenti le plus carre, au sujet de l'augmentation de la mortalité par la pratique jenncrienne.

M. Charles Dupin , — dont M. Carnot ne peut pas décliner la compétence mathématique, comme il l'a fait pour l'Académie de médecine, — lui a démontré, avec des chiffres , que depuis l'introduction de la vaccine en Fronce, la longueur moyenne de la vie

y avait augmenté de 2 "/o au moins ; que celte progression croissante continue... que même, pour tous les âges influences par

la vaccine, la mortalité annuelle, loin d'augmenter, a diminue

et M. Charles Dupin , pour autoriser des conclusions diamétralement opposées , s'est servi des tables dressées pour toute la France; celles de Duviliard avant la vaccine, et celles de Monfcrrand, après. Depuis la Révolution, a dit ensuite M. Mathieu (dans VAnnuaire du bureau des longitudes) il y a une augmentation d'environ sept ans dans la durée de la vie moyenne, augmentation qui doit provenir de I'ixtuodl'ction de la vaccise , de l'amélioration du régime hygiénique , etc.

La thèse d'une augmentation dans la mortalité moyenne n'est donc pas soutenablc ; mais elle existe pour certains âges et pour certains pays (1) ; — la mort épargne l'enfance et la vieillesse, pour augmenter le chiffre de ses victimes parmi nos jeunes gens de 20 à 30 ans ; et ce déplacement , au point de vue social , est une calamité ; il appelle de la part de l'état et de la science des enquêtes nombreuses, trop vainement réclamées depuis dix ans par les congrès scientifiques, par nos académies , par nos comités d'hygiènes publique, etc.

Ce n'est encore là qu'un coin du tableau ; — une lente mais épouvantable dégénérescence, concomitante à l'augmentation relative de la mortalité chez l'homme, semble se propager à tous les êtres organisés de la création...

Les végétaux souffrent, s'étiolent, s'abâtardissent; — la maladie des

(1) C'est ainsi que la Suède , étudiée sur des documents officiels très-soignés, ne présente aucune aggravation (Beutillox) ; que, selon le même auteur , le sexe féminin t'n France (et non à Paris) échappe presque complètement à l'aggravation qui pèse lourdement sur les hommes.

pommes de terre, de la vigne, des arbres fruitiers, des plus humbles légumes en est la preuve ;

Les gallinacccs ont aussi subi l'influence cholérique; pourquoi?

Aujourd'hui même, l'espèce chevaline est honorée de la fièvre typhoïde, pourquoi encore (1)?

Cherchez, Messieurs les vaccinophobes, inventez pour les besoins de votre doclrinc autre chose que la variole externe ou interne, cutanée ou inleslinale ; je ne sache pas qu'on ait encore réussi à inoculer un cow-pox quelconque sur un canard ou sur un navet, pour expliquer leur fin prématurée!.

M. Ancclon l'a dit très-sensément à l'un de ses contradicteurs, dans le Jocax.vL des cossaissances médicales (1857), « pour l'amour de Dieu, ne melons pas la i/téorie, œuvre de l'homme, avec le fait, œuvre de la nature. »

Le fait est patent, remarqué par tout le monde, admis par tous les médecins ; nous convenons que les animaux, raisonneuj's ou non, sont frappés d'un mal ,

que le ciel en sa fureur Inventa pour punir la terre ;

mais, « puisqu'il faut l'appeler par son nom » nous sommes obligés de le demander à la tUéorie, et chacun de préconiser la sienne.

Les uns accusent le coiv-pox et le traitent plus injustement que l'âne de la fable,

La peccadille fut jugée un cas pendable !

(1) Tnflucnza equoimm. — Spinola en;eignc que cette maladie n'est connue que depuis le siècle dernier; — qu'elle s'est d'aliord dévelopi)ce chez les chevaux de luxe, et qu'elle n'a pénétré on France qu'en 1 825.

Le docteur Funckc trouve de Tannlogic cuire celle affection et Irt maladie des chiens, beaucoup plus grave aujourd'hui qu'autrefois.

Les autres, — et je suis de ceux-là, - diagnostiquent une asthénie végclo-animale... et peuvent l'élablir expérimentalement.

— Une expérience, s'il vous plaît/

— J'avais des pommes de terre en mauvais état de santé : Ne les plantez pas, disaient mes voisins, ce serait peine perdue. — Faciamus expeiHetiHain ! et 'je lardai quelques tubercules avec des clous, avant de les confier à la mère commune. — 0 triomphe de l'art! ma récolte fut saine et abondante. — Je vous cite ce faitparce qu'il m'est personnel; — la chlorose des plantes est bien connue par tous les jardiniers ; — elle a ses symptômes et son traitement ; on les arrose avec de l'eau ferrée.

Les traités de médecine vétérinaire ne parlent pas de la chlorose, chez les quadrupèdes et les biseaux, par la simple raison que les poils et les plumes n'ont pas encore permis d'étudier la décoloration de leurs peaux ; mais ils admettent l'anémie générale, l'asthénie d'Hippocrale et les deux variétés de Brown.

Ai-je besoin de vous entretenir de cette maladie totius substantiœ, dans SCS rapports avec notre espèce? — Permettez-moi seulement de vous rappeler qu'elle devient de plus en plus commune; que parmi les jeunes filles pubères, sept sur dix en sont atteintes et que les hommes, même à la campagne, n'en sont plus indemnes, comme autrefois.

Les vaccinomèlres ne reconnaissent qu'une cause occasionnelle aux fièvres typhoïdes, — la vaccine (1), — tandis que nous consi-

(1) Dans son récent et remarquable ouvrage sur la statistique mortuaire comparée de Genève, le docteur Marc d'Espine a constaté : 1° que le canton de Genève vaccine presque les trois quarts des enfants, et présente peu de décès par variole ; 2" que la haute société du canton fait vacciner tous ses enfants et qu'elle n'a pas de décès .par variole ; 3° que la Belgique ne vaccine guère

dorons ces mêmes fièvres, voire même le choléra, comme des manifestations diverses d'une seule et même entité pathologique, déjà nommée.

Les vaccinomètres, pour se mettre à l'aise, ex calhedrâ, ne veulent pas voir phis haut qu'une pustule variolique; « de 1800 à 1850, dit M. Carnot, la France et sa capitale n'ont pas vu changer d'une manière très-sensible leur situation hygiénique réciproque. «

MM. Bayard et Ancclon, plus absolus que leur professeur de mathématiques, débaptisent la fièvre typhoïde et la nomment extéiute VARIOLEUSE ; — il cst avec les mots des accommodements ; mais avec la logique, il n'en est pas... ces mots (entérite varioleuse) constituent une pélition de principe , et avec cette dénomination risquée.

plus de la moitié de ses enfants, et qu'elle a deux fois plus de décès par variole que le pays genevois.

Si la fièvre typhoïde, dit le Bertillon dans son compte-rendu de cet ouvrage, est en raison du nombre des vaccinés, il est clair que la haute société de Genève va être frappée au premier chef, car l'imprudente livre tous ses enfants au poison de la vaccine, voilà la théorie ; voyons les faits.

M. Mare d'Espine nous apprend, p. 257, que, sur 1,000 décès, la fièvre typhoïde en compte 31 dans la classe riche et 35 dans la classe pauvre.

Et les documents belges établissent que sur 1,000 décès généraux, il y en a 33 par fièvre typhoïde, 'exactement le contraire de la théorie vaccinophobe. Ce qui veut dire, d'une part, que la vaccine est sans vertu pour donner ou aggraver la fièvre typhoïde, cl d'autre part, que les populations, les classes de la société qui sont les plus soumises aux prescriptions de l'hygiène, se garantissent, au moins comme résultat fatal, des affections mêmes contre lesquelles la médecine est sans puissance.

(2) De la dépopulalion des cumpagnes, par le docteur Berthier, p. 16.

la médecine n'aulorise pas ces messieurs à écrire : donc la petite

vérole (comprimée par le vaccin?) est la cause du mal. (Ance-

lon, p. 109).

Et de quel mal, s'il vous plait ? — De la fièvre typhoïde ? Mais ce mal n'est qui; le symptôme d'un autre qui a sa source plus haut; et comme l'a dit le docteur Bcrlhier, il faut tarir celte source pour détruire le symptôme qui nous menace d'unllcau : la fièvre typhoïde, le typhus, les maladies gaslro-întcstinalcs ne sont, d'après ma Ihcoric (vous rac la permettez n'est-ce pas, puisque vous avez la vôtre?) que des effets de la dégcnérescenre humaine, de la chloro- A>ÉMiE des deux règnes; — et au lieu de nous disputer sans pouvoir nous entendre, statisticiens, médecins, économistes, nous devrions bravement nous consacrer à l'élude de toutes les causes de cette malaria sociale qui nous mine et nous menace...

Allons, philanthropes des deux continents, une enquête étiologiquc est ouverte ; je vais commencer la liste des causes de la maladie de tout le monde ; — vous la continuerez, j'?spcrc ;— nous nous consulterons, le traitement sera prescrit, — traitement phj^sique et moral, — et si tout le monde veut le suivre, il guérira, quand même il serait vacciné...

L'ak ilisme, — l'usage de l'absynthe surtout.

à fumer.

sporadiquc des pensionnats des deux

Les extrêmes de la table moderne ; — le prolétaire boit trop et ne mange pas assez, le riche mange trop et boit idem.

La vulgarisation du pain blanc, — privé de son, — prédisposant à la constipation, à l'encombrement stercoral des intestins, à l'infection per se.

L'angle de réflexion des chemins de fer.

L'émigration de la jeunesse des campagnes pour les villes qui ne fait que croître sans embellir

La vie si usante, imposée par toutes les grandes industries, qui

ont pris leur développement, en France, de 1817 à 1820 (ceci à la décharge de la vaccine qui commençait à faiblir, à la même époque).

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