IX
La vie des casernes, en temps de paix; — la mortalité civile ne s'élevantjpas à plus de 10 pour 1,000, de 20 à 30 ans, est de 18 à 20 pour nos soldats, en garnison.
L'k.nsi i. — ce dissoivanl des sociétés épuisées {Itrirrrr. de
mont.) — L'hypocondrie, c'est-à-dire la manifestation exagérée de l'instinct du moi qui veut tout asservir à sa conservation ou à son plaisir {Morel). — La lypémaisie, maladie mentale le plus souvent observée de nos jours {Renaudin).
XF.
L'asphyxie sans charbon, — ^, l'empoisonnement de l'homme par l'homme , dans les grandes réunions et dans les chambres à coucher de plus en plus rétrécies (1). — Un homme, en une heure, transforme en acide carbonique, l'oxygène contenu dans 90 litres d'air, et expire , dans le même temps 333 litres d'air vicié , contenant 0, 04 d'acide carbonique {Dumas).
L'abus des nerfs et leur usure consécutive, chez la moitié de la plus belle moitié du genre humain (vapeurs, — névropathic, — névrosisme,' — suppHchtm newicum de mon ami, le docteur Dumont).
L'usage do plus en plus populaire du café au lait. — Corvisart l'f disait déjà : Ce déjeûner est pour nos confrères, — les médecins de Paris, — un majorât d'un million de revenu por an.
(1) « Une maison à construire , dans un ville, est un problème que la spéculation donne à résoudre à un maçon , pour entasser le plus grand nombre de locataires sur un terrain donné. Or , celte maison dépassera d'aiitant plus l'élévalion fixée par l'ordonnance de 1783 ; sa cour, ses corridors, ses chambres surtout seront d'autant plus étriqués, que le terrain est cher. » Du médecin des villes et du médecin de campagne, etc., par le D"" Munaret, p. 66.
L'éducation anti -physique et anli-morale de nos enfants, — si justement caricaturée par Gavarni et qui force un père prodigue à dire à son fils qui ne l'est pas assez : Aime ton enfant comme je t'aime, mais élève le mieux que je ne t'ai élevé...
J'avais bien envie de répéter, après le professeur Andral, que si la jeunesse paye un tribut plus considérable à la mort, c'est qu'elle est moins morale qu'autrefois ; mais M. Bayard lui ayant répondu que : « Ce reproche est aussi vieux qu'Horace, » je m'arrête à quatorze.
— C'est assez, mon cher confrère, pour rassurer ma conscience de vaccinateur et me convaincre que si la vaccine est coupable de typhoïdisme, elle a de nombreux complices...
— Laissez-moi vous dire encore, — car je tiens à vous compléter ma théorie, — que toutes ces causes d'éliolement physique et moral sont incessantes, — abritées par la mode, — passées au comptecourant de nos mœurs ; — qu'elles nous prédisposent et nous livrent , tôt ou tard , à la chlouo-asthéhie ; — les unes, par action et réaction, comme l'usage et l'abus ; les autres, par elTet direct, comme les coutumes malsaines, les passions...
Nous voilà, malades 7na?(jfré lui; mais il suffira d'une imprudence vulgaire, — d'une glace, ayant chand, — d'une mauvaise nouvelle,
— du moindre dérangement sexuel, — d'une indigestion, — pour déterminer la fièvre, étincelle de feu sur notre ajudou....
— niais comment expliquer la fréquence de plus en plus alarmante de la fièvre typhp'ide, coïncidant avec l'introduction de la vaccinale?
— Elle est plus apparente que réelle, cher confrère ; — l'ancieiuie nosologie était riche en fièvres; Pincl les réduisit à six ordres;
Broussais n'en fit qu'une, la gastro-entérite, à laquelle succéda la dol/iinenthérie,h fièvre enléro-mêsenlérique ; celle-ci ne faisant pas ses affaires, changea son nom contre celui de fièvre typhoïle; ça lui réussit, ma foi, car elle n'opéra plus qu'cpidcmiqucmeiit — en gros — et dans les six années de 1841 à 1846, [sur 246 rapports reçus par l'Académie, elle en avait 153; c'est-à-dire qu'il n'y a plus qu'un nom pour toutes les fièvres de SloU , Sydcnliam , Pringlc , Bœerrhaave, Tissot, etc.
— La fièvre lyphoïde est-elle nix fois plus meurtrière pour les vaccinés que pour ceux qui ne le sont pas (Carnet) ?
— Encore une blague, comme disait Proudhon. — Les fièvres continues graves, comme la péritonite puerpérale, les grandes plaies, etc., s'aggravent en effet dans un hôpital, avec une proportion de 46 pour 100. — Le professeur Andral dit même avoir reconnu que, par les purgatifs, par exemple, on perd 9 malades sur 10... — Les mêmes maladies, à la campagne, sont loin d'être aussi meurtrières; d'après un petit travail statistique qu'il m'a été permis d'essayer, depuis que l'Administration départementale du Rhône a rendu la vérification des décès obligatoire pour les communes rurales comme pour la ville, j'ai pu conslaler: 1° que ce danger est approximativement égal pour les vaccinés comme pour ceux qui ne le sont pas ; 2" que ma méthode m'a donné 8 morts sur 100 malades de fièvre typhoïde. — Et ma méthode est la plus simple, la plus naturelle : de l'eau salée en boisson et en lavement, mais elle se complète par l'air pur des champs que je fais courir dans la chambre de mes malades, par une grande propreté et enfin, — précaution non moins rationnelle, — je ne laisse pas mourir de faim ceux que la fièvre veut épargner...
D'après d'autres renseignements recueillis en province, la proportion de mortalité serait un peu plus forte, 11 pour 100 environ ; mais encore, — avec les chiffres donnés par MM. Louis cl Chomel , qui
prouvent que le tiers des malades atteinls de la même fièvre, ou plutôt des mêmes fièvres, suceombent à l'IIôtel-Dicu de Paris. — Quelle différciiee !
— Mais, allez-vous me demander, M. Carnot, pour établir sa proporlion de mortalité, a dû baser ses calculs sur la statistique mortuaire des hôpitaux de Paris et sur celle de la pratique civile ou nosocomialc de la province, des campagnes qui représentent les'deux tiers de la popvdation de France ?
— Non, cher et candide confrère, et voilà précisément ce que lui a reproche le docteur Bertillon; — reproche mathématiquement fondé et qui infirme tous ces chiffres... empruntés à quelques professeurs de clinique parisienne. — Fides Carnotica !
D'oîi je conclus : 1° que les lièvres collectivement désignées sous le nom de typhoïde ne sont point des varioles répercutées par la vaccine ; — elles existaient avant comme après l'invention de l'empirique anglais. — Et si elles sont plus fréquentes et même plus meurtrières, il faut lecourir à un autre ordre de recherches indiquées par l'économie politique et l'hygiène, pour les mieux connaître et les prévenir.
J'ai énumcré un certain nombre d'influences palhogéniques qu'on pourrait facilement doubler et tripler; — une seule, au choix des adversaires de la vaccine , ayant passé à l'état d'habitude , peut occasionner l'usure imperceptible mais incessante de l'homme, unité vivante et sociale; — une seule ! — Avec le temps, nous nous acheminerons inévitablement à l'asthénie, à la décomposition chimique du sang, à l'anestliésie, au typhoïdismc, enfin !
Les vaccinomèlres ont encore imputé à la virusalion (mot du docteur Nittinger) l'accroissement du nombre des hommes impropres au service militaire. — .raeccplc leurs chiffres et jc déplore autant qu'eux celte nouvelle preuve de notre dégénérescence. L'illustre auteur de Cosmos, dans sa lettre déjà citée, émet une opinion con-
traire; je cite textuellement : « Le régime alimentaire, dit-il, la masse des irritations nerveuses dans la vie domestique et politique, s'est tellement agrandie dans ce que nous vantons sous le nom de progrès, comme un progrès social, que je ne m'étonne pas pour le moment de la circonspecte hésitation de ceux qui ne voudraient pomt encore changer la législation dans les armées. »
Et c'est le docteur Nitlinger, — dans son livre moins noii- que son titre, en y regardant de près, — qui me prête cette imposante réfutation de ses eorréligionnaires ! 0 l'imprudent ami ! Après celte longue explication, je fus oblige de reprendre haleine ; — mon bénévole interlocuteur en profita pour me soumettre non plus ses cas de conscience, mais de science.
Je citerai seulement le plus captieux, pour qui n'est pas au courant de l'histoire de la variole :
— Si la petite vérole est dans le sattg (c'est l'expression vulgaire), si elle est produite par des causes communes, n'est-il pas inutile et même dangereux de vouloir les contrarier?
Dans cette hypothèse, cher confrère, elle serait aussi ancienne que le monde et personne n'y échapperait. — Tout au contraire (les vaccinophobes se gardent bien d'en parler); elle apparut,pour la première fois, en Egypte, vers le VI" siècle de l'ère chrétienne ; — Hyppocratc et Galiea n'en disent pas un mot ; — son invasion , en Europe , se fit deux siècles après ; l'Amérique ne la connaissait pas avant les Espagnols; — non plus Québec, avant 170^; — non plus Terre-Neuve, avant 1733; — et vous connaissez, comme moi. Lien des clients morts dans un âge avancé , qui , sans avoir été vaccinés , ont été oubliés par la petite vérole.
Mon confrère voulut avoir la réplique et me fit encore cette question insidieuse : — En supposant qu'on ne vaccine plus, la génération présente s'en trouverait-elle plus mal ? N'exagérons rien: J'ai lu, dans l'un des ouvrages de M. Carnot, que la variole n'était
pas ce qu'un vain peuple pense, qu'elle purifie, qu'elle ne compromet pas trop la beauté, etc., etc.
— M. Carnot chiffre et ne raisonne pas,^e l'excuse; — mais serait -il permis à un médecin de faire bon marché des épidémies, quand elles enlèvent la moitié des enfants à Montpellier, et même les trois quarts à Berlin en 1759; quand enfin, d'après les tableaux de Garin, elles tuent la quatorzième partie du genre humain ?
Est-il phis permis d'en accepter les suites, alors que , sur les hommes dénaturés par l'affreuse petite véi'ole , nous avons eu l'occasion de constater tant de cicatrices ignobles , de coutures , d'yeux rouges, larmoyants, éraillés, de taies incurables, et que, — sur cent aveugles, — il y en a encore un tiers du fait de la même maladie ?
Vous écouterez, sans prévention, un des plus savants et des plus consciencieux hyppiatrcs ; Hurtel d'Arboval dit, en parlant de la variole : « Maladie redoulabic et souvent meurlrière, qui fait périr un grand nombre d'individus , qui défigure les deux tiers ou les trois quarts de l'espèce humaine, etc. »
— Mais, d'après M. Carnot, cet horrible fléau ne sévit que sur les enfants malingres ?
— M. Carnot ! toujours M. Carnot ! il vous fait donc oïdalier l'observation écrite ? — La variole menace de cinq mois à cinq ans, INDISTINCTEMENT. — Jusqu'à 20 aus, relâche. — Mais à cet âge, le plus intéressant de la période humaine, elle se ranime et sévit, jusqu'à 30 et 35 ans, avec autant de fureur que dant la première enfance. Pendant l'épidémie de Toulouse, en 1770 (époque à noter) la variole attaqua préférablement les adultes et les immola presque