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IV. — Molière et sa troupe, en visite, a la cour

Nota. — Nous empruntons au Registre de La Grange la plupart des notes que renferment les deux chapitres suivants. C'est là seulement qu'on trouve l'indication des Visites faites par la Troupe de Molière depuis 1658 jusqu'en 1073. Les {'isitcs étaient des représentations données en dehors du théâtre, soit le jour, soit le soir, et payées à prix débattu. Les noms des personnages, chez qui ces Visites ont eu lieu, fourniraient d'utiles commentaires à l'histoire, encore si peu connue, de Molière. Le Registre de La Grange, que la Comédie-Française doit publier avec une introduction de M.Edouard Thierry, est maintenant tout imprimé, mais il ne i)araîtra qu'au mois de janvier 1876, pour la plus grande joie des Moliéristes.

510. Veue et perspective du Palais d'Orléans, cy devant rHostcl de Luxembourg. En haut de l'estampe, les mots Palais d'Orléans entourent les armes d'Orléans. C)n lit dans le bas : « Dédié à Son Altesse royale par son très humble et très obéissant serviteur Israël. » A Paris, au lof/is de M. Le Mercier, etc. En l'année KU!). Gravé par J. Marot, d'après le dessin de Silvestre, avec ligures de La Belle (H. lt>9'^'". L. 2i6.)

Gaston d'Orléans avait la passion du Théâtre et surtout dos ballets. Nous ne doutons pas que Molière, âgé de 18 à 20 ans, n'ait figure dans ces représentations comme acteur et |)out-ètre comme auteur. Nous avons recueilli, dans notre collection do lifillpfs et Mascarades de Cour (Turin, J, Gay, 1868-70, 0 vol. in-12), plusieurs de ces pièces, entre autres le ballet de la Fontaine de Jouvence et celui de VOracle de In Sihi/lle de Panzoust, qui portent le cachet du génie naissant de Molière. On s'expli(|ue donc comment Gaston d'Orléans s'intéressa tout d'abortl à la création d«' V Illustre Théâtre, que lui recommandait un de ses gentilshommes. Esprit de Raymond, baron, puis comte do Modène, amant de Madeleine Bejart. On n'a pas encore trouvé de détails sur les Visites de l'Illustre Théâtre au palais d'Orléans, mais il est probable qu'on en trouvera dans l»'s comptes de la succession de Gaston, qui donnait dos pensions ou des gratifications à ses comédiens ordinaires. « L'Illustre Théâtre, dit M. Euil. Soulie [Herfierrfies sur Molière et sur sa faïuille, p. 41 1. dut figurer, lo 7 t'ovrior 1615, dans la <« grando assenibloe, en l'Hùtol de Luxembourg, où Ms-" d'Orléans donna la comédie, le bal et ensuite une superbe collation, à tous bvs priii<N\s. grands seigneurs et dames de la Cour. » Gazette do HJili. v IJL

ICONOGRAPHIK

611. Veue du Louure, et de la Porte de Nesle, du costé du Fauxbourg S^ Germain. Dessifjfu'e jtar I. Siluestre et (jrauée par N. Perelle. Aiiec priuilege du Roy. A Paris, c/tez Pierre Mariette. (H. 500™°. L. 3io.) — Veue et Perpecliue du dedans du Louvre, faict du Règne de Louis XIII. Israël excudit. firavé par Marot et La Belle, sur le dessin de Silveslre. ^H. 130^°. L. '243.)

Registre de L;i Granj:o :

■ Le 29« avril (1Gj9), joue au lx>uvr«' )•'< Vi<l<>nnnh'es (de De5raarest.s), jwur le Roy.

« Lo snniedy II niay ' onr le

Roy. M. Bejart tomba n. y avec

peine.

M I^ mesmc jour (18 mai 1659 . j'u.- .lU Louvre deux jx^liles comédies : Gros-René escotiei- elle Médecin volant , pour le Ro\.

•« Le lundy 30"»*' aoust (1600), joué, pour Monsieur, au Louvre, les Prétieiisrs et le Cocu.

«« Le samedy IG»» octobre (1660), au Louvre, le Despit amoHttHJc et le Sté'lrrin volant.

M L«' jeudy 21 """octobre {[&iiO)SEstour(lyel les h'étieu:scs,n\i Louvr»*.

" Le mardy 20 octobre (1600 , VE'itouif/y et les Prétieu^rs, ati lA)Uvre, chez son Kminence, M. le cardinal Mazarin, qui estoit malade dans sa chaize. Le Roy vit la comédie, debout, incopiito, :i|»puyc' snr le do.ssitT de la chaize de S. E. Sa Majesté gralifla la Troupe de trois mille livres.

•• Le snmedy 4 décembre (1660), joué au Louvre, pour le Roy, Jodetet prince (de S>

« Le 2.") d. ^1660), joue au Louvre D. Bertrand (de Thomas

Corneille) et la Jalousie de dros-Hené»

m Mercredy 28 décembre (1061), VEscolle des maris et \e» Faicheuj-, deuant le Roy.

«. On avoit este, le samedy H"* (octobre 1062), au Louvre, pour y jouer la ivrwr (de Kotron).

• On aToit esté, le samedi 21'"* (oct. 1662), au Louvre, pour VEscolle des maris.

«• On avoit esté, le samedy ô"*" (janvier 1663), au Louvre (pour > jouer sans tloule V Ecole tics femmes).

•« I^ samedy 2U"<' (janvier 1003), devant le Koy. Idem.

« Marily 20 janvier (1604^. Commence, au Louvre, devant le Roy, dans l'apitartement bas de la Ueyne-mère, le Mariage forcé, comedie-ball.'t. Et le jeudy 31""'. Idem. •»

Il est k remarquer qn«» La Oranpe ne mentionne nulle part, dni\» son Registre, une r- ition h laquelle la Troupe italienne ou

la Trtiupe espagnol : figure avec la Troupe rie Molièr«\ Ces

deux Troupes jouaient seules, lorsqu'elles étaient appelées, Tune ou l'autre, à la Cour. Les détails ne manquent pas sur la Troupe italienne, qui était retournée en Italie au mois de juillet 1059 et qui n'en revint qu'au mois de janvier 1G62. Quant à la Troupe espagnole, entretenue aux frais de la Reine-mère, La Grange mentionne seulement les trois représentations qu'elle donna, en juillet 1660, au Petit-Bourbon : « Il vint, en ce temps, une Troupe de Comédiens espagnols, qui joua trois fois à Bourbon, une fois à demye pist., la seconde fois à un escu, et la troisième fois, fist un four. » Depuis lors, la Troupe espagnole ne joua plus qu'à la Cour.

512. Veùe du chasteau de Vincennes, du côté du Parc. Silvestre delineavit. A. Perel scidpsit. (IL 150°'°^. L. ^JiO.)

Registre de La Grange :

«« Le mardy G™° mai (16o9), joué à Vincennes, pour le Roy, D. Jnphet (de Scarron).

« Jeudy 29™c (juillet IGGO), joué au bois de Vincennes, pour le Roy, VEstourdy et les PrétieiLses .

« Samedy 31 "c juillet (IGGO), joué au bois de Vincennes, pour le Roy. le Dcspit et le Cocm hnofjinnire.

« Le mesme jour (7 aoust IGGO), au soir, joué pour le Roy, à Vincennes, Snnche Pause (de Guérin de Bouscal) et la Pallns (cette [)ièce n'est i)as connue).

Le samedy 10 aoust (1660), joué pour le Roy, à Vincennes, V Héritier ridicule (de Scarron) et le Cocu.

u Le 23 novembre (IGGO), un mardy, on a joué à Vincennes, deuant le Roy et S. E. (le cardinal Mazarin), Doin Japhet [de Scarron) et le Cocu.

« Lundy 31 janvier (1661), joué pour le Roy, à Vincennes. la Folle yngcure (de Boisrobert) et Gorffibus dans le sac.

« Mercredy 12 septembre (IGG3), V Escollc des femmes et Critique ^ pour le Roy, à Vincennes. »

513. Veuc el Perspectiue du Palais d'Urleans et d'une partie du petit Lu.xembourg, du costé du jardin. Isnu.d ex. Gravé par Marul, d'après le dessin de Silvestre, avec figures de La Belle. (II. laO'""'. L. iîiG.)

Registre de La Grange :

c Samedy 9'°e (juillet 1661), on avoit joue V Esodle des maris, chez M™c (Je la Tremouille, pour Mademoiselle. Reccu 220 livres.

« On a joué, le jeudy 17'"'' aoust (1662 , jxtur Mons' de Beaufort (au Petit Luxembourg), le Dcspit et les Prédcuscs^ «leuant le Roy. .330 livres.

« Lundy, 5°»c mars ^1663), à Luxembourg ^ Petit-Luxembourg), pour Mon8' le duc de Beaufort, pour Madame de Savoye. ■

:;|.i. Veuc (le l'entrée de la Maison Hoyalo de Fontainc- Blean. Dessinée par I. Siluestre et grauée par Perelle. Auec prhtilege du l{<nj. Chez Pierre Mariette. (H. 135°". L. 11^.)

Registre de La Grange :

« Le mercredi 13 juillet (1661), à Fontainebleau. XEscolle tles maris et le Cocu, devant le Roy.

. Kt le mesme soir, ou a joué, chez Madame la Surintendante (M"« Fouquet). la mcsme chose.

« Le jeudv l*»" (aousl 1661), Monsgr \c marquis de RichelJ.ni arrosta la Troup.> pour jouer VEscolle des marii, devant les Filles de la Revnc, entre lesquollos estoit Mad'*^ do la Moite d'Argencourt. 11 donna à la Troupe 80 louis dor, cy 880 livres. M. l'* Surintendant 1 Fouquet) donna 1.500 livres.

R Le mardv23 laousl 166^. la Troupe est partie p<'ur Fontainebleau et n 'i<.ue les Fnsrhnix deux fois (la 1" fois le 25. jour de S. Louis .

« La Troupe est partie le lundy 21 juillet il664\ pour Fontaiblcau. (»n a joué 4 fois la Priiircs^r <rÉlule devant monsieur le Légat, et une fois la Théhnulr. Receu, par ordre du Roy, 3,000 livres. Partagé et faict 2 partz d'.autheurs. en seize et en quatorze partz, lUa livres, cy. La Troupe est revenue le mercredy 13 aoust. ■

iii:;. Veuc Cl Pcrspertiiie du Palais Cardinal, du («•slé du Jardin, et en suiltede celles du Louvre et desTuilleries, d(« divers roste/. et des autres lieux des plus eurieux des iMivinuis de Paris. Par iM'ael Silvestre. A Paris, chez Israël Ilenriet , rue de t'.\rbre-Scc.., Auec priuiiege du Roy, (H. 1-2S"". L. ^2i5.)

Registre de La Orange :

« Le samedy 26'»« (novembre 1661), on joua, cheï Monsieur, les FnsrhruxelVKscollr îles ttiari<. Receu 275 livres.

« Mercredy, 26 avril (166JK Joué, le soir, au Pallais Royal, les Fasrhrus, pour monsf <le la Feuillade. 220 livres.

« Le mardy 26"' (septembre 16G2', joue au IVilais Rovnl. pour le Roy, les Fn<rhrtLr.

m Vendredy. 20»"'' sept. H'.f.i^ le mesme jour, joue au l'alais- Royal, le hince faluuJC [ou Ihm Gnrac tie Smnirr), p(»ur le Roy.

MOLIERESQUE. 241

« Le mardy, 3"*« avril (1663), chez Madame, au Pallais-Royal, VEscolle des femmes.

« Jeudy 3 janv. 166i, une Visite chez Madame, au Palais-Royal : joué Sertorius (de P. Corneille) et le Cocu imaginaire.

« Le lundy, 4™e janvier (1664), le balet du Mariage forcé, chez Madame, au Pallais-Royal.

« Le samedi 9™e février (1664}, le mesme ballet, chez Madame.

« Lundy 7mc (Jéc. 166oj, une Visite au Palais-Royal, chez Monsieur. On a joué VEscolle des femmes. 550 livres. »

La Troupe de Monsieur étant devenue Troupe royale, en 1665, les Comédiens du Roi allaient quelquefois en Visite chez le duc d'Orléans, qui ne les payait pas sans parcimonie et sans difficulté ; on lit, dans le Registre de La Grange : « Mercredy 18™^ (juin 1670). Receu de Monsieur, duc d'Orléans, pour plusieurs visites, 1300 livres. »

Quand la Troupe de Molière était mandée au Palais-Royal, en visite, elle jouait sans doute sur un théâtre mobile, dressé dans la grande galerie. Le Registre de La Grange ne signale qu'une seule représentation publique, donnée dans le Théâtre du Palais- Royal, et à laquelle le Roi avait assisté : « Lundy OmcjuiU. (1663), le Roy nous honora de sa présence, en public, pour VEscolle des femmes et la Critique. »

La Grange nous apprend que la Troupe de Molière joua les Fâcheux, au Palais-Royal, ;>o«r M. de laFeuillade, le 26 avril 1662, c'est-à-dire huit mois avant la représentation de V École des femmes , qui brouilla Molière avec le duc de la Feuillade. Mais ils devaient être brouillés ou du moins ils l'avaient été dès l'année 1659, si l'on peut ajouter foi à cette étrange anecdote, rapportée par Philibert de La Mare, conseiller au Parlement de Dijon, dans ses Mélanges inédits ( Bibl. de l'Arsenal, ms. in-fol. ) : «Molière, fameux comédien, ayant fait et représenté une pièce de théâtre ayant pour titre : le Marquis étourdi^ dans laquelle il avoit , avec une exactitude non pareille, représenté les gestes, actions et paroles ordinaires du comte de la Feuillade, duc de Rouennais, ce comte, piqué au vif de cette injure, fit dessein de faire assassiner Molière; et étant au petit coucher du roi, oii l'on parloit de Molière, il dit aifc roi : « Sire, Votre Majesté se pourroit-elle « passer de Molière ? » Le roi, qui savoit le mal que le comte vouloit au comédien, et jugeant de son dessein, lui répondit : <» La « Feuillade, je vous entends bien; je vous demande la grâce de u Molière. » Ce mot désarma la colère du comte. »

51H. Veuë et Perspectiue du Chasteau de Versailles, du rosté de l'entrée. Israël Silnestre deUnpauit et sculpsit. Parisiis. ItiGi. Cinn priuilegio Régis. (H. 358"°. L. i9l.)

Registre de La Grange :

« Le jeudy, lln»e octobre (1663;. la Troupe est partie, par ordre

du Roy, pour Versailles. On a joué le Prince jaloux ou D. Garde, Sertorius, VEscolle des M., les Fascheux, YlwpromptUf dit à cause de la nouveauté et du lieu, de Versailies, le Despit amoureux, et encore une fois le Prince jaloux. Pour le tout, receu 3,300 livres, de M. Bontemps, !«' valet de chanihre, sur sa cassette. Partagé 231 livres. Le retour a este le manlv 23 octobre.

« La Troupe est partie, par ordre du Roy, pour Versailles, le dernier de ce mois (février 1664), et y séjourna jusques au 22"« maj. On y représenta, pendant trois jours, les Plaisirs de Chle enchantée, dont la Pnncesse d'I. ' une journée, qui fut le G™^ de mars ;

plus, les Fnscheux, k M jC fon:è, et trois actes du Tartuffe, qui estoient les premiers. Receu 4,000 livres. Partagé 268 livres 10 sols.

« La Troupe, j)ar onlre du Roy, est partie pour Ver- " ' • lundy 13 octobre (IGOij et est revenue le vendredy 25'"", el us les

jours (litTerentes comédies, tant sérieuses que comiques (10 fois, sçavoir : Y Impromptu, ï EscoUe des maris, VEscolle des femmes, le CVhtu, le Dcspit, VEstourdij, les /•'ofcAeujr^CnViyur). Receu au Trésor ro}al, 3.' <*. Part 257 livres.

c Le V. V, 12 juin (1665 , la Troupe alla jouer, à Versailles,

le Favori (comédie de M^i« Desjardins), dans le jardin, sur un théâtre tout garny d'orangers. M. de Molière fist un Prologue, en Manjuis ridicule, qui vouloit estre sur le théâtre malgré les ganies, et eut une conversation risible avec une actrice, qui tit la Marquise ridicule, placée au milieu de l'assemblée. La Troupe «st r«'venue le dimanche 14.

c Lo dimanche, six novembre (1667), la Troupe ■ ir

ordre du Roy, pour Versailles, où on a joué Attila le)

deux fois, la Veufve à la mode (de Molière et de Vise), Pastoralle {comique, de Molière^ V Accouchée ou fEmfjarras de Godard (comédie attribuée à de Vise\ et le retour a este le mercredy 9"« dud. mois de novembre. La Troupe a receu une année de pension, 6000 livres, partagez en unze paru, cy 545 livres.

• Le mercredy 25 avril (1668, la Troupe est partie, par ordre du Roy, i»our ^' " •«. On a joué A' > ei le M ' '/ré

luy, Cleopàt' » i ThoriUiere) et ye for< le»

femmes. Est revenue le dimanche 29'*'« dud. mois d'avril.

c Le mardi 10™« (juillet 1668, la Troupe est partie pour Versailles. On a joué le Mari confondu [George Dandin, K^ fois}. A esté de retour le jeudy IS"». »

517. Veiiu du Chasleau de S* Germain en Lave. Dessiné et gravé par Israël ^ilucstre. [W. IIS"»". L. 197.)

Registre de La Orange :

« Le lundy 8"« mai (1662), la Troupe est partie pour Saint-Germain en 1^1} e, par ordre du R<\v. licpréscnte, le meame jour, D. Japhet (de 2>curruu) et la Jalousit de BarbouiUe.

« Le samedy 24"e juin (1662), la Troupe est partie, par ordre du Roy, pour aller à Saint-Germain en Laye. On a joué treize fois devant Leurs Majestez. La Troupe est revenue le vendredy 11°>* aoust. Le Roy a donné à la Troupe quatorze mil livres, croyant qu'il n'y avoit que quatorze partz. Cependant la Troupe estoit de quinze partz. La Reyne-mère tist venir les Comédiens de l'Hostel de Bourgogne, MM. Floridor, Montfleury, qui la sollicitèrent de leur procurer l'avantage de servir le Roy, la Troupe de Molière leur donnant beaucoup de jalouzie.Receu cy : 14,000 livres. Lesquelles ont esté payées en trois payemens, savoir : G, 000 livres, 4,000 livres, puis 4,000 livres, comme il est escript cy après.

u Vendredy, 14"'*= aoust (1665), la Troupe est allée à Saint-Germain en Laye. Le Roy dit au S^" de Molière, qu'il vouloit que la Troupe luy appartinst et la demanda à Monsieur. Sa Majesté donna en mesme tems six mille livres de pension à la Troupe, qui prist congé de Monsieur, luy demanda la continuation de sa protection, et prist ce titre : h Troupe du Roy, au PallaU Royal.

« Le mercredy 1er décembre (1666), nous sommes partis pour Saint-Germain en Laye, par ordre du Roy. Le lendemain, on commença le hallct fies Muses, où la Troupe estoit employée dans une Pastoralle intitulée Mélicerte, puis celle de Coridon. Quelque tems après, dans le mesme hallet des Muses, on y adjousta la comédie du Sicilieîi. La Troupe est revenue de Saint-Germain, le dimanche 2 février 1667. Nous avons receu, pour ce voyage et la pension que le Roy avoit accordée à la Troupe, deux années de lad'e pension de douze mil livres, cy 12000 livres. Partagés en douze partz 998 livres 15 sols.

« Le vendredy 2 novembre (1668), la Troupe est allée à S' Germain, oii la Troupe a joué \e Mary confondu, autrement le George Dandin, trois fois, et une fois VAvare. Le retour a esté le 7e dud. mois. Receu du Roy, 3000 liv.

« Le samedy 3™° (juillet 1669', la Troupe est allée à S' Germain, par ordre du Roy. On a joué VAvai-e et le Tartuffe. Le retour a este le lundy o™«.

« Lundy 4™^ novembre (1669), la Troupe est allée à S* Germain et est revenue le vendredy 8™c dud. mois.

o Jeudy 20 janvier (I670j, la Troupe est allée à S' Germain, pour le Roy. Le retour a esté le mardy 18 février; pour lequel voyage et celuy de Chambord le Roy l'a gratiffiée de la somme de douze mil livres, qui a esté partagée en douze partz, en comptant une part pour l'authour, cy 12000 liv.

« Le samedy 1" mars (1670), la Troupe est allée à S* Germain, pour le Roy, et est revenue le dimanche 9™° dud. mois.

« Le samedy 8 novembre (1670), la Troupe est allée àSlGermain, par ordro du Roy. Le retour a este le dimanche 16 dud. mois. Receu pour les nourritures, à 6 liv. par jour, chacun 54 liv.

«• Mardy Q™* février (1672), la Troupe est partie, par ordre du Roy, pour S* Germain et est revenue lo vendredy 26»c dud, mois. Reçu

iU ICONOGRAPHIE

pour nourriture, 135 liv, et gratiffications ^84 liv. pour un habit) deux cent dix neuf livres. Escarbagnac, ballet.

<< Le 17™e février de la présente année, madi» Bejart est morte pendant que la Troupe estoil à S* Germain, pour le ballet du Roy, où on joua la C*»»» d Escarbagnac. Elle est enterrée à S» Paul, sous les charniers. »

518. Veiië du Chasleau de Chantilly à di.\ lieues de Paris. Siluestre scuip. Israël excud. cum pn'uil. /{cgis ill. 131""^. L. 2i'2.)

Registre de La Grange;

t. Le Bamedy 29 septembre (16631, la Troupe est partie, par ordre de monsgf le IVinco, pour Chantilly. On a joué V Esrolle ffrs F., la Critique, le Prince jaioiur ou I). linrrie, VEscolle Hes m., VEstourdg, et le Despit amoureux. Le retour a esté le vendredy 5 octob. Receu 1800 liv. Partagé et paye les frais du voyage, 125 liv. 8 s.

«< Le jeudy 2Q^^ sept. ilG68 , une Visite à Chautilly, et pour une à Paris (à rHùicl de Condel, qui a este jouée le 4* mars, du Tartuffe, pour monscig' le Prince. Receu 1100 liv. >>

51!». Veut' et Perspectiue de la lace du (Uiasleau de Uiney à trois lieues de Paris, basty par monsieur Bordier, secrétaire du Conseil et intendant des linances de France. Israël excudit. Gravé par Marot et par Perelle, d'après le dessin de Silvestre. (H. IJrî"". L. ^255.)

Registre de La Grange :

« Dimanche 8«»e novembre (1664), la Troupe est allée au Chasteau de l^incy, chez madame la Princesse Palatine, par ordre de Monsieur le Prince. On y a joué Tartuffe et les Médecins (l'.^wour médecin). On a receu 1100 liv.

n Le samedy 29»* novembre ^1664 ■, la Troupe est allée au Raincy, maison de plaisance de mad™" la Princesse Palatine, près Paris, par ordre monsg' b» Princodo Coude, pour> jouer Tartufe en cin(| actes. Receu 1100 liv. Part ('»» liv. »

5^20. Le Chasleau de Villers-Colerels, appartenant au duc d'Orléans. Eu haut, ù droite, dans un cartouche soutenu par dc^ chal•^ ailés : \ iher.t f^ostret. Au bas, h

MOLIKREf^QUE. ?is

gauche : F. L. D. Ciartres ejLCu. aon priid/egin Rpfjis. Gravé par Perelle. In-4, en long:ueiir.

Registre de La Grange :

« La Troupe est partie pour Villecoterets,le samedy vingt™* septembre il66i) et est revenue le 27™e dud. mois; a esté pendant huit jours au voyage. Par ordre de Monsieur. On y a joué Sertorius (de P. Corneille) et le Cocu /., VEscol/e fies mnris et V Impromptu, la Théhaide (de Racine\ les FnschcuT. Et les trois premiers acte:^ du Tartuffe. La Troupe a esté nourrie, Receu 2000 liv. Part GG liv, 7 s. »

o21. Veiie du Chasteau de Chambor (sic),du costé de rentrée, hr. Siluestre de!, et sadps. 1G70. (IL STo"'". L. 5.i8.)

Registre de La Grange :

(« Mardy 17 (aoust 1669) la Troupe est partie pour aller à Cbaml)ord. On y a joué, entre plusieurs comédies, le Pourcenugnac, pour la première fois. Le retour a esté le dimanche 20™<?,

« Vendredy l^f octobre (1670), la Troupe est partie pour Chambord, par ordre du Roy. On a joué, entre plusieurs comédies, le Bourgeois gentilhommCy pièce nouvelle de M. de Molière. Le retour a esté le 28 dud. mois. Receu de part, pour nourriture et gratifications, 600 liv. 10 s. »

Le chevalier d'Arvieux . qui avait voyagé en Orient et séjourné longtemps dans les Echelles du Levant, se vante, dans ses Mémoires (publiés après sa mort en 1735^ rl'avoir aidé Molière à composer la cérémonie turijue du Bourgeois geyitillioimnn. Voici ce qu'il raconte :

u Le Roi, ayant voulu faire un voyage àChambord pour y prcmlre le divertissement de la chasse, voulut donner à sa Cour celui d'un l)allet ; et comme l'idée des Turcs qu'on venoit de voira Paris étoit récente, il crut cju'il seroit bon de les faire paroître sur la scène. Sa Majesté m'ordonna de me joindre à Messieurs Molière et de LuUi, pour composer une pièce de théâtre, où l'on pût faire entrer (juelque chose des habillemens et des manières des Turcs. Je mo rendis, pour cet effet, au village d'Auteuil. où M. de M(ilière avoit une maison fort jolie. Ce fut là que nous travaillâmes à cette pièce de théâtre, que l'on voit dans les Œuvres de Molière sous le titre de Bourgeois gentilliomme, qui se fit Turc pour épouser la fille du (irand-Seigneur, Je fus chargé de tout ce qui regardoit les habillemens et les manières des Turcs. La pièce achevée, on la présenta au Roi (|ui l'agréa, et je demeurai huit jours chez Baraillon, maître tailleur, pour faire les habits et les turbans à la turque. Tout fut transporté à Chambord, et la pièce fut représentée, dans le mois de

f4« ICONCKiRAPHIK

septembre, avec un .succès qui satisfll le Koi et toute la Cour. Sa Majesté eut la bonté de dire qu'elle voyoit bien que le chevalier d'Arvieux s'en étoit mêlé; à quoi M. le duc d'Aumont et M. Dacquin repon<lirent : « .Sire, nous pouvons assurer Votre Majesté qu'il y a pris une très-prande joie et qu'il cherchera toutes les occasions de faire quelque chose qui lui puisse être agréable. >• Le Roi leur répli(jua qu'il en étoit persuadé et qu'il ne m'avoii jamais rien commandé que je n'eusse fait à sa satisfaction; qu'il auroit soin de moi et qu'il s'en souviendroit dans les occasions.

u Ces paroles oblipeantes sorties de la bouche d'un si grand monanjue m'attirèrent les complimens de toute la Cour. C'est une eau bénite dont les courtisans ne sont pas chiches.

«« Le ballet et la comédie furent représentés avec un si grand succès, que, quoiqu'on les répétât i)lusieurs fois de suite, tout le monde les redemandoit encore; aussi, ne pouvoit-on rien ajoutera l'habileté des acteurs. On voulut même faire entrer les scènes turques dans le ballet de Psyché, qu'on preparoil pour le carnaval suivant mais, après y avoir bien pensé, on jugea que ces deux sujets ne pouvoient pas aller ensemble. >

522. VoiiG d'une partie du Chaslcau neuf de Sainct Germain en Laye. /. Si'luestre sculp. Israël ex. cum priuil. Her/is. (H. 12!)»°. L. 258.)

Registre de La Grange :

«« Le vendredy 2.'l aoust IGGO), la Troupe est allée à S» 0 i

On y a joué 4 fois la Priuresse d'EUde^ dans la galerie du t w

neuf. Le retour a esté le dimanche !•' septembre. »

523. Veue de la maison de S' Clnud, appartenant \ Monsieur, fr5re unique du Hoy. Au bas : ♦( Dédié i\ Monsieur. frt''rc imique du Roy, par son très-humble et très-obéissant serviteur Israël Silvestre. » Dessigné et grnué par Israël Siluestre en lt)71, chez l'auteur, aux (î alertes du I.ouure. Auec priuileye du Roy. Estampe en deu.\ pièces. (H. :U9"°. L. 1001, chaque pièce.)

Registre <!<» La Grange :

u Du jeudy 11 juillet ^10721, une Visite à S* Clou, chet Montiear Joue les Femmes savantes. Receu 330 liv. »

52 i. Veue en Perspertiue du Palais des Thuilleries, du costé de l'Entrée. A J*aris, chez I. Mariette, rue S^ Jac-

queSy à la Victoire. Auec pnuilege du Roy. Fait par Perelie. Pet. in-fol. en travers.

La légende, avec renvois, au lias de l'estampe, indique : 9. Pavillon de l'amphithéâtre des Machines. 10. Salle du Bal ou des Machines.

Pendant que Vigarani préparait, au palais des Tuileries, la nouvelle Salle des Machines, que le Roi destinait à la représentation des ballets et des pièces en musique, Dassoucy, qui avait composé, vingt ans auparavant, la musique de V Andromède de Pierre Corneille, fit une démarche auprès de Molière, son ancien ami, pour être chargé de mettre en musique la pièce, qu'on devait représenter devant la Cour, à l'inauguration de la Salle des Machines, pendant le carnaval de 1670. Molière ne parut pas éloigné d'accepter les offres de Dassoucy : « C'est pourquoi, dit ce dernier dans un appendice à ses Rimes redonhlêes, comme j'avois déjà animé plusieurs fois de ses paroles, il ne se fit pas grande violence pour me prier de faire la musique de ses pièces de machines, puisque je ne fais la musique auprès des Roys que pour ma gloire et pour mes amis, sans intérêt. » Mais le pauvre Dassoucy, ayant oui dire que la musique des pièces de Molière serait faite désormais par un musicien nommé Charpentier, se laissa emporter par la fougue de son caractère, que l'âge n'avait pas rendu plus calme et plus prudent : il adressa une lettre hautaine et presque injurieuse à Molière, qui n'y répondit pas, mais qui pria Lully de faire la musique de la comédie-ballet de Ps/jchéy à laquelle lui, Molière, travaillait alors avec Pierre Corneille et Quinault. Voy. la lettre de Dassoucy, que personne n'avait citée avant nous, dans la Jeunesse de Molière (Paris, A. Delahays, 1838, in-lG, p. 173 et suiv.).

525. Veiic et Perspectiiie du Palais des Tuileries, du costé de l'entrée, aveo le Plan du premier estage au dessus du rez de chaussée. Dessûjné et gravé par Israël Siluestrey aux Galleries du Louvre. Auec prùdlege du lioy. 1669. 2 planches, destinées à ôtre réunies. (II. 367°"°. L. 198, chacune.)

La Gazette donne, sur la représentation de P.ftjché y pour l'inauguration de la Salle dos Machines aux Tuilerios, des détails qui n'ont pas été encore recueillis et qui font connaître les décorations de la pièce.

« De Pnrix le 2i Janvier 1G71. Le 17 de ce mois, Leurs Majestez, avec lesquelles estoyent Monseigneur le Dauphin. Monsieur, Mademoiselle, Mademoiselle d'Orléans, et tous les Soigneurs et Dames de la Cour, prirent, pour la première fois, dans' la sallo des Ma-

fit ICONOGRAPHIR

chines, ati Palais des Thuilleries, le divertissement d'un grand Balet , dansé dans les entractes d'une iraj:i - comédie de Psich»' , représenté par la Troupe du Roy, avec tout l'éclat et toute la pompe imaginable. L'ouverture s'en fait par un récit de Flore, qui, paroissant en des lieux champestres, mais délicieux, accompagnée du Dieu des Jardins, et de celui des Eaux, chacun assiste d'ime grosse Troupe de divinitez. convie, avec eux, Venus à venir consommer les Plaisirs que produit la Paix donnée par notre grand Monarque : et en mesme temps, cette Déesse descend du ciel, dans une vaste Machine, avec son Fils et six petits Amours; les Grâces la suivant en deux autres Machines, toutes des plus pompeuses. Le Théâtre est subitement change en une longue allée de cyprès, ornée de tombeaux des anciens Roys de la famille de Psiché, avec un bel arc de triomphe et un Eloi " ^ veOe. Et le

premier Acte s'estant passé sur un e, la Décora-

tion fait place à une solitude pleine de rochers, ou se fait la première Entrée d hommes et de femmes, affligez de la disgrâce de Psiché, qui est enlevée dans le second Acte, par un Zephir. sur un amas de nuages, l'ne Cour succède, pour second intermède, avec un grand Vestibule, à travers lequel on découvre un riche et brillant Palais , que l'Amour a destiné pour Psiché ; et des Cyclopes y font une Entrée, travaillant, avec emj»ressement , •:' ' r des Tases d'or qui leur sont apportez par des Fées, pour . er la

magniticence de ce Palais. Au 3« Acte, deux Amours font un agréable Dialogue en musique; puis, un Jardin paroist à l'instant, avec tous les ornemens imaginables, et un autre Palais, non moins superbe que le premier, ou st* ne partie du 4' Acte, pendant

lequel une vaste Campagne à ce délicieux Janlin. La

scène, pour le 4» intermède, représente une Mer de feu, au milieu de laquelle paroist le Palais de Pluton ; et des Fur: - ' ! i-

tins, y font une Dance, en lacjuelle ils essayent d. ^ descendue aux Enfers. Le 5* Acte s'exécute, avec de nouvellechines, très pompeuses, en laquelle Venus paroist «ur son v.i..r. disputant avec son Fils , qu'elle veut engager en la vengeance qu'elle désire prendre de Psiché. et Jupit«^r, dans ii- . qui

tient les mettre d'accord, et commande a l'Amour <i • cette

amante, dans le ciel, pour célébrer leurs nopces. Alors le Théâtre se change, pour le dernier intermède, en un Palais de Jupiter, qui descend et laisse voir, dans l'eloignement, ceux des autres principaux I)ieux ; et l'Amour, avec Psiché, avant este emporte sur un nuage, une Troupe d'Amours vient, dans cinq Machines, leur témoigner sa joye. En mesme temps, Jupiter et Venus se rangent auprès de ce ' iiple, et les Divinit.

gée« dans le . . s'estant réunies, y :•»

300, aussi, sur des nuages, dont la scène est remplie, et par des concerts, des danses, et plusieurs autres Entrées, r ' ' - nt les nopces de l'Amour et terminent ce pompeux diverti . qui

fut continué le 18, en présence du Nonce du Pape, de l'Ambassadeur

MOT.IÉRESQUK. 2t9

de Venise et de quelques autres ministres, qui en admirèrent la magnificence et la galanterie, avouans, avec grand nombre d'autres estrangers, qu'il n'y a que la Cour de France et son incomparable Monarque, qui puissent produire de sî charmans et si éclatans spectacles. »

La Gazette ne cite pas même les noms de Vigarani, l'inventeur des machines ; de Lully, l'auteur de la musique, et des auteurs de la tragi-comédie de Psyché, Molière, Pierre Corneille et Quinault.

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