‹ Iconogaraphie moliéresqueChapitre 11 sur 159 · XIV ETUDE · texte numérisé non relu

XIV ETUDE

naire, c4 en s'aidant aussi de la connaissance des portraits peints conservés alors dans plusieurs cabinets publics et particuliers, que Soleirol a cherché, non sans beaucoup de tact et de sagacité, à retrouver le véritable type de la figure de Molière. On peut dire qu'il avait vécu, pendant trente ans, avec les portraits de ce grand homme, comme disait La Fontaine dans sa lettre à Maucroix sur la Fête de Vaux : Molière, c'est mon homme, ou, suivant une variante contemporaine, c'est notre homme.

Je commencerai, par une observation qui n'a pas été faite : c'est qu'il y a eu deux hommes dans Molière, le poète, l'observateur, le contemplateur (c'est le surnom que ses amis lui avait attribué), et le comédien, l'artiste scénique, souvent même le bouffon. Ajoutons, aussi, que Molière, depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort, avait changé plusieurs fois de physionomie, par suite de ses fatigues, de ses maladies et de ses chagrins.

Il n'existe qu'un seul témoignage contemporain écrit, qui puisse nous servir à établir la ressemblance des portraits de Molière; c'est celui de madame Poisson (Marie-Angélique Du Croisy), fille de Philbert Gassot, sieur du Croisy, camarade et ami du chef de la Troupe des Comédiens du roi. Cette ancienne actrice, qui se souvenait d'avoir vu Molière au théâtre du Palais-Royal, lorsqu'elle avait quatorze ans à peine, consigna ce souvenir, à l'âge de plus de quatre-vingts ans, en 1740, dans une lettre fort intéressante, insérée au Mercure de France, sur les comédiens qu'elle avait connus durant le cours de sa carrière théâtrale : <( Il n'était ni trop gras, ni trop maigre; il avait la taille plus grande que petite, le port noble, la jambe belle; il marchait gravement, avait l'air très-sérieux, le nez gros, la bouche grande, les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils noirs et forts, et les divers mouvements qu'il leur dondait lui rendaient la physionomie extrêmement comique. »

Voilà donc le portrait de Molière, portrait d'après nature,

rÉoole polytecliniqiif^. et vpiulue npros sa mort en ISGl.par les soins de M. Vignères, marcliand d'estampes. M. Mahérault est pour nous un juge compétent autorisé en matière d'art et d'histoire littéraire; tout on nous inclinant devant son jugement, nous nous permettons de faire quelques réserves au sujet de la collection Soleirol, où se trouvaient beaucoup de pièces fausses ou douteuses, mais qui en contenait un grand nombre d'un mérite et d'une valeur incontestables.

SUR LES PORTRAITS DE MOLIÈRE. xv

pris sur le ^âf , peu de temps avant sa mort. C'est surtout le poëte, le rêveur, le directeur de théâtre , tel que la petite du Croisy, âgée alors de treize à quatorze ans , avait pu le voir souvent dans les coulisses, ou dans le foyer des acteurs. Il y a cependant un trait qui ne doit appartenir qu'au comédien : u Ses sourcils noirs et forts , et les divers mouvements qu'il leur donnait, lui rendaient la physionomie extrêmement comique. )> On peut affirmer, au contraire, d'après le portrait peint par Mignard et gravé par Nolin, que Molière avait la physionomie non-seulement sérieuse, mais encore triste, mélancolique, pensive, même grave et sévère. Bandeau de Somaise disait de lui, en 1660, dans la Pompe funèbre de Scarron : « C'est un bouffon trop sérieux. )>

Deux témoignages contemporains ne s'appliquent qu'au portrait du comédien. Dans VImpromptu de VEàtel de Condé, par Antoine-Jacob Montfleury, un des personnages de la pièce, le Marquis, « regardant le premier feuillet de VÉcole des femmes, où Molière est dépeint », dit :

N'est-ce pas là Molière?

Ali s.

Oui.

Le Ma-rquis,

Oui , c'est son portrait...

Plus je le vois et plus je le trouve parfait. Ma foi, je ris encor, quand je vois ce portrait.

Ce passage prouve que la gravure , qui est en tête de la première édition de VÉcole des femmes, gravure signée des initiales de François Chauveau, ami de MoUère [Paris, Louis Billaine, 1663, in- 12), offre un bon portrait de Molière dans le rôle d'Arnolphe : « Il est assis, dit M. H. Lavoix en décrivant cette estampe, il est assis, coiffé du large chapeau à forme haute; il a les cheveux courts, la moustache noire; l'impériale est légèrement indiquée ; il tient un hvre de la main gauche et montre de la main droite son front à Agnès, à laquelle il fait la leçon. »

Dans la même comédie de VImpromptu de l'Hôtel de Condé, Alcidon, un des personnages de la comédie, dépeint ainsi Mo-

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