‹ Iconogaraphie moliéresqueChapitre 133 sur 159 · PuBUUS Terentius Afer, auteur de comédies latines · texte numérisé non relu

PuBUUS Terentius Afer, auteur de comédies latines

— Portrait de Térence dans un médaillon, tôte de face, avec cette inscription : P. Terentius Carthagin.Afer. Ce médaillon, soutenu par deux tritons mâle et femelle, est placé sous un cadre octangulaire , contenant la scène de la mort d'Amphion, qui se précipite dans la mer, avec cette inscription : Trahitur dulcedine cayitus. Au-dessus, un écusson aux armes du Dauphin, soutenu

310 AI'PENLICE.

par deux génies ailés. F. Chauveau inv. /. Langlois scuijj. Iii-i.

Cette estampe sert de frontispice à l'édition de Térence in tisum Dclphini (Parisiis, Fréd. Léonard, 1675, in-4). Il y a aussi un frontispice gravé dans la traduction de Térence, par l'abbé de Marolles {Pnris, Pierre Lamy, 1659, in-8), laquelle était certainement dans la bibliothèque de Molière, à qui l'auteur l'avait offerte en présent. Mais ce frontispice gravé ne se rencontre que ilans bien peu d'exemplaires.

Nous ne saurions trop regretter la perte des papiers de Molière, cil se trouvaient sans doute, non-seulement des essais de traduction de plusieurs comédies de Térence, mais encore des études sur ce poète ([u'il avait en si grande admiration. Il n'a pas cependant mis au théâtre une seule pièce du Comique latin, mais il l'a sans cesse imité en détail, et les commentateurs ont indiqué à peine une partie de ces imitations. Les éditeurs de 1682 disent, dans leur Préface : « L'inclination qu'il avoit pour la poésie le fit s'appliquer à lire les poètes avec xm soin tout particulier: il les possédoit parfaitement et surtout Térence : il l'avoit choisi comme le plus excellent modèle qu'il eût à se proposer, et jamais personne ne l'imita si bien, qu'il a fait. »»

« Il n'a mantjuo à Térence, dit la Bruyère dans ses Cofact^es (chap. de la Comédie), que d'être moins froid. Quelle pureté, quelle exactitude, quelle i)olite8se, quelle élégance, quels caractères I II n'a manqué à Molière, que d'éviter le jargon et le barbarisme, et d'écrire purement. Quel feu, (jnelle naïveté, quelle source de la bonne plaisanterie, (juclle imitation de mœurs, quelles images et quel tleau du ridicule ! Mais quel homme on auroit pu faire de ces deux comiques ! »

lioileau partageait l'admiration de Molière pour Térence, et le liol.riinn nous donne cette comparaison entre les deux maîtres de la comédie ancienne et moderne :

a Une des lectures qui faisoit le plus de plaisir à M. Despréaux, c'étoit celle de Térence. C'est un auteur, disoit-il, dont toutes les expressions vont au conir ; il ne cherche point à faire rire, ce qu'affectent surtout l«'s autres comiijues ; il no s'étudie «lu'à dire des choses raisonnables, et tous ses termes sont dans la nature,

qu'il peint admirablement Le peuple romain, si estimable par

tant d'autres endroits, prcnoit souvent le change sur le vrai mérite du theAtre. Il vouloit rire, à <iuel(|ue prix <iuo ce fût. Et voilà ce «jui rendoit Térence plus merveilleux, d'avoir accommode le peuple à lui, sans s'accotnmoder au peuple ; et par là, «lisoit M. Dcspreaux, Térence a l'avantîige sur Molière, qui certainement est un peintr»? d'après nature , mais non pas si parfait que Térence, puijs(|ue Molière derogeoit souvent à son génie noble par des plaisanteries grossières qu'il hasardoit en faveur de la multitude, au lieu qu'il ne

faut avoir en vue que les honnêtes gens. Il louoit encore Térence (le demeurer toujours où il en faut demeurer, ce qui a manqué à Molière. »

3. Marcus Ancus Plautus, auteur de comédies latines. — Portrait de Plaute, d'après un buste antique. De trois quarts, tourné à gauche. Au-dessous : M. Ancvs Plautus. Ce portrait, gravé au burin, se trouve sur le frontispice de l'édition des Comédies de Plaute [Franco fur fi, 1610, pet. in-8).

Dans la traduction de Plaute, par l'abbé de MaroUes (Paris, Pierre Lamy^ 1658, 4 vol. in-8), chaque volume est orné d'un frontispice, dessiné par François Chauveau. L'estampe du premier volume (F. Chauveau fecit) représente la scène de Sosie et de Mercure dans Amphitryon, avec le plan d'un théâtre romain.

Molière n'a mis au théâtre que deux comédies de Plaute, YAvore et Amphitryon, qui avait été déjà imité par Rotrou dans une comédie restée au théâtre et jouée encore à l'Hôtel de Bourgogne. Mais on peut croire que Molière avait commencé, dans sa jeunesse, d'autres imitations d'après les pièces de Plaute, et que ces essais se trouvaient parmi les nombreux manuscrits qu'il laissa en mourant, manuscrits qui passèrent dans les mains de La Grange et furent perdus, à la mort de ce dernier. Dans la Préface de l'édition de 1682, les éditeurs disent seulement : u Ceux qui connaissent toutes les beautés de son Avare et de son Amphitryoïi soutiennent qu'il a surpassé Plaute dans l'une et dans l'autre. »

Ce n'était pas tout à fait l'avis de Boileau, qui n'appréciait réellement que VArnre. Le Bolœana rapporte que, peu de temps après la brouille de Molière et de Racine, << Molière donna son Avare, où M. Despréaux fut des |)lus assidus : o Je vous vis dernièrement, lui dit Racine, à la pièce de Molière, et vous riiez tout seul, sur le théâtre. — Je vous estime trop, lui répondit son ami, pour croire que vous n'y ayez pas ri, du moins intérieurement. » Le BoLrana nous donne un jugement de Boileau, tout différent, sur VAmphilryon :

« A l'égard de l'Amphitryon de Molière, qui s'est si fort acquis la faveur du peuple et mémo celle de beaucoup d'honnêtes gens, M. Dospréaux ne le goûtoit que médiocrement. Il prétendoit que lo Prologue do Plaute vaut mieux que celui du Comiciue francois. Il ne pouvoit soulTrir les tendresses de Juj)iler envers Alcmène, et surtout cette scène où ce dieu ne cesse de jouer «ur le terme iVépotix et celui (Vamant. Plaute lui paraissoit jdus ingénieux que Molière dans la scène et dans le j»^u du Moi. Il citoit même un vers do Rotrou, dans sa pièce des Sosies, (|u'il prélendoit plus naturel que ces deux de Molière :

Et j'étois venu, je vous jure, Avant que jo fusse arrive.

Or voici le vers de Rotrou :

J'étois chez nous, longtemps avant d'être arrivé. •

Voyez le jugement de Bayle, mieux motivé et plus favorable, sur V Amphitryon de Molière. Bibliogr. vwliér., n» 1615.

. QuiNTUs HoRATius Fl\ccus, aiitcuT des odes, des satires et des épUres latines.

— Horace couronné par Apollon et recevant sa lyre des mains de la Musc. On lit, entre la Muse et le poCte : les Œuvres d'Horace, latin, français^ première partie. Au bas, à gauche : F. C. in. et fe. Celte estampe de François Chauveau se trouve en tôte des deux éditions (iH57 et 1660) do la traduction dos Œuvres d'Horace, par l'abbé de Marolles {Paris, Guill. de Liiyne, "2 vol. in-8).

Molière, qui avait fait ses humanités au Collège deClormont, était «« un fort bon humaniste », comme on le dit dans la Préface de l'édition publiée en 1682 par La Grange et Vinot, amis de l'illustre écrivain. « Le succès de ses études, ajoute Marcel, l'autour de cette Préface, fut tel qu'on pouvoit l'attendre d'un génie aussi heureux que le sien. Molière, on n'en sauroit douter, s'étoit passionné pour la poésie latine, avant de s'essayer dans la poésie françoise. » Horace, le poète favori des philosophes, fut certainement un des auteurs latins qu'il lisait le plus volontiers et qui convenait le mieux à la nature do son esprit. Sa bibliothèque d'Auteuil, suivant le témoignage formel de son Inventaire après décès, contenait un exemplaire in-4 des Œuvres d'Horace. C'était, sans doute, une des éditions avec commentaires, que les presses de Hollande ne cessaient de reproduire dans le format in-4, avant ([ue ce format eût été absolument remplacé par les in-S et les petits in-i2 elzevirieus. On doit bien penser que Molière avait aussi, dans sa bibliothèque de Paris, im ou plusieurs autres exemplaires d'Horace, en format portatif, mais rinvontairo ne le dit pas.

Depuis longtemps on a reconnu, dan>5 le 3' intermède i\e& Amants magnifiques, une exijuise traduction en vers d'une ode d'Horace, et Molière avait intitulé cette pièce : Dépit amoureux. « Il n'est pas étonnant, dit Augor dans une note «le son édition, de trouver Molière parmi les tradiicteurs de la charmante Ode d'Horace : Donec gratus eram tibi. Elle l'avait frappé et inspiré do bonne heure. Il y avait découvert le germe de celte délicieuse scène de brouillerie et

de raccommodement, d'où la comédie du Dépit amoureux tire son nom et son principal mérite, et qu'il a répétée, avec une admirable variété, dans Tartuffe et dans le Bourgeois gentilhomme. Il est à noter que l'imitation (de cette ode) porte le même titre que la pièce, où l'original parut développé pour la première fois par Molière. En voyant l'une et l'autre intitulées : Dépit amoureux, qui pourrait douter de la source où Molière a puisé pour sa comédie ? » Mais, ce que ne dit pas Auger, c'est que les intermèdes des Amants magnifiques et ceux de George Dondin, ainsi que Mélicerte et la Pastorale comique, sont remplis d'imitations et de réminiscences horatiennes qui n'ont point encore été signalées. On peut affirmer que Molière a fait entrer dans la composition de ces intermèdes et de ces pastorales tous les petits vers galants qu'il avait rimes dans sa jeunesse et qui remplissaient son portefeuille.

Page 1