Collection du Dr A. Doumergue
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Le moulin d’erreur.
moulin, un calviniste, près duquel est une dame; il lui montre, une grande balance sur l’un des plateaux de laquelle est un poids, sans doute un faux poids. Dans l’île, des ânes broutent des chardons.
Au-dessous de la gravure, entre deux séries de passages : 1 Tim. IV, et 2 Tim. II, on lit
ce sonnet comme explication :
Ce moulin que le vent de la dissention Faisoit aller au gré de celuy qui le meine; Quand le libertinage et la rebellion Abusoit ses chalans d'une espérance vaine.
Le démon du Midy manquant d'invention
Pour faire que Calvin ne manque pas d’haleine: Maintenant ce moulin ne tourne plus qu'à peine Sur le pivot rouillé de sa religion.
Il fournissoit jadis Nismes et La Rochelle, Il fournissoit Sedan, devant qu'il fut françois; Mais ne les ayant plus il ne bat que d’une aisle,
Et si Genève enfin cognoissoit ses faux poids, Ne trouvant plus à qui débiter sa farine, Musnier, asne, moulin, tout iroit en ruine.
Tout n’est pas absolumment clair dans cette poésie. Mais Sedan n’ayant appartenu définitivement à la France qu’en 1651, et ayant conservé son Académie calviniste jusqu’en 16817, la caricature, imprimée « chez E. Moreau, avec privilège, » doit dater de la fin du dix-septième
siècle !.
La chaïire renversée.
Cette gravure orne le frontispice d’un volume de Pierre Cudsémius ?.
Cudsémius était un apostat comme Bolsec, qui dédia son pamphlet à son patron l’archevèque de Lyon, et comme Haren, qui prononça son discours célèbre chez ses patrons les jésuites d’Anvers. Cudsémius dédia à son patron, le nonce de la Basse-Allemagne, archevêque de Reims, la preuve de son apostasie : Petit traité de la cause désespérée de Calvin. La lettre-préface débute ainsi: « S'il est possible de juger l’oiseau à ses plumes, le renard à sa queue, le lion à sa griffe, certainement, au signe infaillible de ta nature évangélique, très révérend et très illustre prélat, j'ai assez compris quelle est ta communion, ton commerce avec le Christ et les esprits célestes. »
Jusque-là, le malheureux, nourri dans le désert, errant avec les loups, n’avait rien vu, rien entendu, si ce n’est une férocité sauvage et horrible, si ce n’est un hurlement de mensonges. Mais il est sorti de là; il a été recommandé au cardinal Bellarmin ; il est allé à Rome ; il a été confié au nonce; il lui dédie son livre. Désormais il comprend que Luther, sous prétexte de liberté de conscience, a ouvert aux ecclésiastiques le paradis le plus délicieux de toutes les
voluptés charnelles et des sens. Calvin a abandonné son « canonicat » pour ce « joyeux Evan-
1. Collection du Dr A. Doumergue. — La collection Hennin (XLIII, p. 8) date la gravure de 1658. 2. Voir E. Doumergue, Une poignée de faux. La mort de Calvin et les jésuites, 1900, p. 41 et ss.
ICON. CALV. 22
gile », comme Bolsec l’a dit : du reste, il avait déjà été excommunié et proscrit par son évêque pour crime de sodomie. Bientôt après il prit femme ; J. Wesphal dit : une fille publique.
Et Cudsémius conclut : « Enfin Calvin mourut à Genève en 1564, et, selon ce que raconte J. Bolsec dans sa Wie, il fut rongé des vers, comme Antiochus, Hérode, et autres. Cependant, sur ce fait, je n'ai jamais rien su de certain, et je couvre volontiers les fautes des autres du silence
Quacung, erigitur Sedes CACODAEMONE Te la compassion. » — Le pamphlet était
CALVINI velut hac,iflarepentée ruit. de 1609.
Un pasteur, Bernard Brantius, publia,
en 1610, une réfutation, et Cudsémius
répliqua en 1612. Et c’est au frontispice de cette réponse que se trouve notre caricature :
L'Eglise (?) sous la forme d’un ange qui sur la tête porte une petite croix, pousse une chaire, dans laquelle se trouve un prédicateur. Le pied de la chaire se rompt et la chaire s'incline. De l’autre
côté, un diable avec ses griffes essaie de COLONIAE AGRIPPINAE la retenir. Un petit livre, — toujours le Sumptibus Bernardi Gualtheri. livre caractéristique, — évidemment la
k Bible, tombé de la chaire, gît à terre, La chaire renversée.
ouvert. Le prédicateur calviniste (peutètre Calvin) lève les bras, tandis qu’une espèce de petit vampire, de chauve-souris monstrueuse, veut le mordre à la bouche. Tout autour de la chaire, les huguenots reconnaissables à leur costume et les huguenotes s’enfuient épouvantés. — Au-dessus du dessin, deux distiques latins disent : « Il n’y a sur la terre qu’une seule Eolise de Christ, dont la foi romaine brille dans la ville. Toute chaire élevée contre elle par un Cacodémon, telle celle-ci de Calvin, s’écroule aussitôt. » Ce dessin nous rappelle un fait. Gérard Roussel, le disciple de Lefèvre d’Etaples, était devenu évèque d’Oloron en 1536 tout en restant évangélique. Il envoya à Mauléon en Gascogne un de ses prètres, qui prècha contre les indulgences et même contre les saints. Cela déplut à un certain gentilhomme du pays, qui se mit à exciter le peuple. Le prètre dut s’enfuir. Roussel estima de son devoir de se rendre lui-même dans la paroisse. Il rassembla un synode, proposa de réduire la liste des saints, puis monta en chaire. Tout à coup le susdit gentilhomme s’élance, et avec une hache, qu’il avait cachée sous son manteau, il frappe à grands coups les supports. La chaire s’écroule et Roussel tombe « à demi-mort, pas blessé cependant, » dit Sponde. Emporté par ses amis, il rentra en Béarn, et peu de temps après il mourut en se rendant dans une ville d’eaux, où il voulait faire une cure (vers 1553). Le gentilhomme fut cité devant le Parlement de Bordeaux, *qui examina soigneusement le cas et l’acquitta. Son fils obtint l’évêché, devenu ainsi vacant par la
mort de Gérard Roussel ?.
1. « Petri Cudsemii Hyperaspites pro tractatu de desperata Calvini causa apologeticus, hoc est, quadripertiti Calvinistici Examinis vexamen novumque examen. Coloniæ Agrippinæ, anno MDCXII. » (Exemplaire de la Bibliothèque de Bruxelles. — 0,042/0,062.) — 2. Voir E. Doumergue, Jean Calvin, I, p. 420.
Le prix de la victoire.
Sous un arbre, un pasteur calviniste, un jésuite et un pasteur luthérien viennent de tirer une flèche avec un arc détendu, qu'ils tiennent encore, pendant, à la main. En face d’eux se dresse ls.
cible: une flèche est fichée dans le point noir, une a frappé au-dessus, l’autre a frappé au-dessoua
La cible porte, en allemand : Wort Golles,
en latin : Verbum Dei (la parole de Dieu).
C’est la flèche du jésuite qui a atteint exactement le but.
En haut du feuillet, qui a environ : 0,090/ 0,145, on lit en latin : « Un seul remporte le prix » (1 Cor. IX, 24). Et deux vers allemands : « Un seul gagne, un seul touche :
Veux-tu savoir qui? Cherche dans PEcriture (Schrift). » Ce qui signifie : cherche, ou bien
dans l’Ecriture sainte, ou bien dans ce livre.
Le titre allemand, qui est au-dessous de
la vignette, porte : « Parallèle ou comparaison de la doctrine des luthériens et des calvinistes avec la doctrine des catholiques en face de la parole de Dieu, par un prêtre de la Société de Jésus, avec la permission des supérieurs et en commission (7 Commission), Johann Adam Stokhmann, peintre à Augsbourg !. » ?
La vignette, qui semble du dix-huitième siècle, a environ 0,08/0,06. Il n’y a pas de cadre. Les
personnages ont environ 0,035 de hauteur.
Calvin terrassé.
Trois personnages principaux remplissent presque la gravure.
L’un est un moine : autour de sa tête une lumière rayonne. Il tient un livre. — Le second porte une tiare à deux rangs de perles. Il élève de la main droite le saint ciboire, au-dessus duquel une hostie rayonne. — Le troisième n’a qu’une rangée de perles à sa mitre. De la main droite il tient une grande crosse, avec la pointe de laquelle il perce le flanc de Calvin. De la main gauche il présente un crucifix à sa victime.
Calvin, tombé par terre, sur des livres qui gisent épars, montre un passage avec un doigt de
1. Parallel oder Vergleichung der Lehre deren Lutheraner und Calvinisten, mit der Lehre deren Catholiken gegen dem Wort Gottes, durch Bilder vorgestellt, von einem Priester der Gesellschaft Jesu mit Erlaubniss der Oberen und in Commission Johann Adam Stokhmann, Malher in Augsburg. — Original à Munich, Graphisches Museum.
la main droite. Derrière lui
est encore un personnage
accroupi, dont le moine
semble vouloir saisir la main.
La gravure est signée: I.
D. LOF. IN. A. MELAER SCUES
Calvin accroupi.
Le Père Maimbourg, né à Nancy en 1610, entra à seize ans dans la Société des jésuites, et devint vite célèbre comme prédicateur. Il attaqua en chaire le jansénisme par des satires burlesques.
« Le P. Maimbourg, disent
près de deux heures en chaire, le 30 octobre 1667, ayant été souvent interrompu par d’aussi grands éclats de rire que si l’on eût été à la comédie, comme l’on y était en effet, quoique à lEglise.… » Louis XIV ne pou-
vait recourir, dans ses opéra-
tions préliminaires contre les RS NE huguenots, à un écrivain plus habile pour les dénigrer dans opinion publique, en présentant leurs actes sous un jour perfide et en dépeignant sous des couleurs mensongères leurs croyances et leurs mœurs ?. »
Pour se faire une idée du genre, il suffit de lire quelques lignes de l’Epitre au roy, Louis XIV. Après avoir parlé de la « force invincible de ses armes.» et de sa « modération sans exemple, » il continue :
: « Vostre Majesté, qui, après avoir surpassé les rois ses prédécesseurs, se surpasse maintenant elle-mesme, me donne lieu de faire valoir dans cette Histoire quelque chose de plus grand encore et de plus digne de limmortalité que ce que tous les sçavans, qui ont dédié leurs ouvrages à vostre Majesté, ont dit de plus avantageux à vostre gloire.