Collection du Dr A. Doumergue
2. Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, article Maimbourg, par E. Strœhlin,
Messieurs de Port-Royal, fut
» En effet, sire, l’on y voit le calvinisme, c’està-dire le plus furieux et le plus terribie de tous les ennemis que la France ait jamais eûüs, celuy qui Pa ARE mn Z , : 1 20 A DA! désolée par le fer et par le feu, donnée en proye è à l’avarice et à la cruauté des étrangers, et réduite enfin aux dernières extrémitez par la fureur des guerres civiles, par les révoltes tant de fois réitérées : et par les horribles excès de la rage et de Pimpiété DU des premiers protestants de ce Royaume. Mais en | quel estat l’y voit-on cet Ennemi si redoutable, après tant de funestes attentats? Il y paroïist non seulement désarmé, abbatu, humble, soumis et à vos pieds, mais aussi presque anéanti, tout languissant, et tendant manifestement à sa fin, heureusement vaincu et domté par d’autres armes que celles que vos Prédécesseurs avaient inutilement employées pour le détruire. Car ce n’est point comme eux ni par les supplices ni par la guerre que vostre Majesté a entrepris de le réduire en cet estat, mais c’est par une conduite également juste, douce et charitable, par des ordon-
nances toutes pleines de sagesse et d’équité, qui luy
ostent ce qu’il avoit usurpé, contre les Edits, et par
la grandeur de vostre zèle, qui donne tous les jours
Calvin accroupi.
mille marques de cet ardent désir que vous avez du salut de ceux qui sont encore infectez du venin de ses erreurs. » C’est par cette voye douce de la charité, bien plus efficace que celle de la force et de la
‘oarées, se rendre, avec
rigueur, que nous voyons aujourd’huy cette grande multitude de brebis l’applaudissement du ciel et de la terre, dans la bergerie du bon Pasteur. »
Ainsi parle notre jésuite au monarque des Dragonnades et de la Révocation de l’édit de Nantes ! Il ajoute à adresse du même monarque, fameux par ses adultères non moins que par ses persécutions : « Que ne doit pas l'Eglise gallicane à cette incomparable piété de vostre Majesté ?. C’est par ces effets et ces marques éclatantes d’une solide piété que vostre Majesté fait régner Dieu, dont elle agrandit le Royaume en rétablissant la Religion par la ruine de Phérésie !. »
Ces lignes constituent à elles seules une étrange caricature, caricature du calvinisme, mais caricature aussi de toute vérité et de toute pudeur. C’est le portrait du plus faux et du plus vil courtisan.
Un dessin précède la page du titre, dessin expliqué par le passage de lépitre que nous avons souligné. Calvin, terrassé, est accroupi contre un sarcophage, terminé en arrrière par une stèle : deux grandes statues se dressent de chaque côté, et la stèle est surmontée d’un saint ciboire
lumineux.
1. Histoire du calvinisme, par Monsieur Maimbourg, à Paris, chez Sébastien Mabre-Cramoisy, imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques, aux Cicognes, M.DC.LXXXII, avec approbation et privilège,
Calvin est accroupi sur ses livres fermés ou ouverts, et porte, appuyé sur sa tête et sur le sarcophage, un gros ouvrage ouvert, sur les deux pages duquel on lit: Joannis Calvini Inshitutiones relie. Christ. — Ce qui veut signifier: Ci-git Calvin et le calvinisme. Le Réformateur semble se cacher devant l'éclat du flambeau que brandit une femme, s’avançant vers lui. C’est Ja Vérité sans doute, ou l'Eglise romaine. Sur sa poitrine on voit un soleil brillant, emblème du Roï
Soleil. — Derrière se dresse le monument !.
Calvinisme et jansénisme.
1. Nous arrivons à une série constituée par des Almanachs, par de grandes feuilles publiées le premier janvier de chaque année, et qui étaient ornées'de quelque dessin en lhonneur de Louis XIV. La collection Hennin offre une curieuse série de ces Almanachs et nous reprodui-
sons ceux qui présentent des dessins relatifs aux calvinistes.
La Hollande arrêta Louis XIV en rompant ses digues et en mettant ses terres sous la protection des vagues mêmes de l'Océan, qui recouvrit le pays. — Elle n’arrêta pas moins le grand roi en inondant la chrétienté de caricatures contre celui que l’on s’obstinait à représenter comme un Dieu triomphant de lhérésie.
L’excellent et loyal Vauban était tout malheureux de « cette infinité de libelles diffamatoires contre la France et contre la sacrée personne du roi et de ses ministres. » Il demandait, avec ingénuité, la création d’un corps d’écrivains, avec bons appointements, qui seraient chargés de répondre. Ils porteraient le titre d’anti-lardonniers ou d’anti-gazetiers ?.
Un de ces anti-lardonniers se trouva être un aventurier, enfermé à la Bastille, cerveau mal équilibré, Eustache le Noble. Il prétendit recevoir des ministres du roi des communications officieuses, et s’occupa à répondre à la Hollande par des pamphlets ornés d’images.
Alors on publia un livre célèbre : « Héros de la Ligue, ou la procession monacale, conduile par Louis XIV, pour la conversion des prolestans du royaume de France. À Paris [lisez : en Hollande}, chez père Peters, à l’enseigne de Louis-le-Grand, 1691, in-4°.» C’est un recueil de figures gravées en manière noire, dans lesquelles on a travesti rois, évêques, ministres, etc. ?.
Et comme en France on publiait chaque année un Almanach, on en publia aussi en Hollande: € Almanach royal commençant avec la guerre de lan 1701 jusques où est exactement observé le cours du soleil d’injustice avec ses éclips [sic]; où la juste punition du ciel démontré dans XVIII emblèmes gravez en taille doux [sic]; où l’on a ajouté léclaircissement de chaque figure en poésie ; par les plus fameux maistres du temps. A Paris, imprimé à limprimerie Royal [sic] du petit Louis. » — Ce petit Louis, pour désigner Louis-le-Grand, et ce que Champfleury appelle « orthographe batave », démontrent assez clairement que la dite imprimerie devait être située
dans quelque rue d'Amsterdam f.
1. 0,223/0,15. — La gravure est signée : « F. Seuin del » et < Step. Gantrel sculp.» — Nous avons reproduit une réduction de cette gravure : 0,118/0,06$ (coll. du Dr Albert Doumergue), qui parut dans une < nouvelle édition, revue et corrigée, » chez le même libraire, la même année MDCLXXXII. ;
2. Champfleury, p. 240. — 3, Jbid., p. 235. — 4. Ibid., p. 242.
LA DEROVTE A ET CONFVSION DES
Calvinisme et jansénisme.
Voici quelques-uns de ces Almanachs royaux auxquels la Hollande répondait. Les uns s’efforcent de montrer que le calvinisme, c’est du mahométisme, les antres que le calvinisme, c’est
du jansénisme.
2. Almanach pour l’an 1654 : « La déroute et confusion des Jansennistes !. »
La gravure est signée, au bas de la moitié supérieure : « Ganière ex. », et, au bas de la moitié inférieure : « À Paris, chez Ganière, rue S. Jacque, à l’angle de la rue de S. Louy, proche la fontaine de S. Séverin. »
Une femme, vieille, qui porte sur son mantelet l’inscription : « Les Jansennistes », se jette dans les bras de Calvin. Et au bas on lit :
Les jansennistes.
Ha que deviendrons-nous, malheureux jansennistes, Il faut à nos erreurs renoncer à la fin
Ou nous joindre au party des docteurs calvinistes, Car le nostre, aussi bien, tien beaucoup de Calvin.
Le sujet était à la mode. On reproduisit la même gravure, réduite ; on en publia d’autres ana-
logues, par exemple : « Le jansénisme foudroyé » (signé: Albert Flamen sculpsit) ?.
1. Collection Hennin, XLI, p. 23. Catalogue N° 3679. — 2. La collection Hennin, XLI, p. 52, contient deux réductions de cette gravure: « La déroute et la confusion, etc. >»
Le pape, assis entre deux
> personnages debout, dont l’un représente la puissance de l'Eglise et l’autre la Vérité, fou-
droie le jansénisme.
entre une femme debout, qui tient de la main les balances de la justice, et un ange qui porte ce nom: « Le zèle de la gloire de Dieu, » montre de son sceptre le jansénisme.
On lit cette inscription : « Le roy, qui est assis sur son trosne, dissipe par ses regards toute sorte de mal. Prov.
cap. 8.»
Au milieu, en bas : « Le Janssénisme ». C’est une hydre à sept têtes, et de chaque gueule sortent sept prin-
cipes jansénistes : «Il y a des
possibles ; Jésus-Christ n’est pas mort pour tous; la grâce
manque aux justes; On ne
résiste jamais à la grâce; la
Calvinisme et jansénisme.
volonté est nécessitée au bien ou au mal; l'Eglise est corrompue ; il est permis de feindre en matière de foi. »
L’hydre pose ses griffes sur des livres jansénistes: « C. Janss. Aug ; Lettres du Provincial; Théologie familière ; Catéchisme de la grâce; Lettres d’ Arnaud.» — Autour on voit des masques entassés, et on lit : « Prétexte de réforme; Mespris des autres; Vertu apparente ; Beau langage ; Singularité. »
Enfin à droite est le groupe que nous reproduisons. En bas: « L'esprit du Janssénisme » : un diable qui se trouve au milieu de pièces d’argent et un janséniste qui porte une caisse. — Audessus : « Les Jansennistes », représentés par quatre dames et des hommes qui les entourent. Le groupe va vers Calvin qui lui tend les mains. On lit les inscriptions : « Calvin », « ministre de
Zurich », « ministre de Groningue ».
1. Collection du D' A. Doumergue. — Collection Hennin, XLI, p. 51.
À gauche, le roi, assis
commandements de Dieu im-.