C'est une des médailles décrites plus haut (p
» Les anagrammes ne sont pas tous d’une parfaite exactitude, et la pensée n’en est pas absolument claire : ce qu’on y peut le plus aisément saisir, c’est la méchante intention de l’auteur du travail. Il me semble inutile de se faire péniblement l'Œdipe d’une aussi insignifiante énigme. La date, du reste, est importante. C’est l’année des Etats de Blois, de la mort du duc de Guise, du
réveil et des efforts de la Ligue !. »
Nous terminerons en nous bornant à signaler les médailles frappées en l’honneur de Louis XIV, pour célébrer ses victoires sur l’hérésie, la Révocation de l'Edit de Nantes ?. Ce ne sont pas les moins odieuses, les moins tristes de toutes celles que nous avons mentionnées.
« L’Hérésie détruite. — La France, après s’être garentie des nouvelles erreurs qui avoient. inondé l’Allemagne et presque tout le Nort, fut, vers le milieu du dernier siècle, infectée de celle de Calvin. On ne sçait que trop combien de divisions, de troubles et de guerres civiles cette malheureuse hérésie excita dans le royaume, où elle se fortifia de plus en plus par des édits extorquez les armes à la main, sous trois règnes consécutifs. Le roy, plein de zèle et de piété, n’avoit point perdu d’occasion d’affaiblir peu à peu une secte si pernicieuse. Il excluoit les calvinistes des charges et des emplois ; il avoit fait abbattre les temples bastis sans permission, et il ne cessoit de respandre ses bienfaits sur les nouveaux convertis. Enfin, lorsqu'il vit l’hérésie fort esbranlée, il résolut de la destruire. Le fameux édit du mois d’octobre 168$ révoqua l'Edit de Nantes, défendit dans tout le royaume l’exercice de la religion prétendue réformée, et ordonna la démolition de tous les temples. Ce nouvel édit eut le succès que l’on avoit espéré : un prodigieux nombre de religionnaires rentrèrent dans le sein de l'Eglise, et le calvinisme, toléré depuis plus d’un siècle en France, y fut entièrement aboli. C’est le sujet de cette médaille. La Religion, sous la figure d’une femme voilée, foule au pied l’Hérésie, représentée par une espèce de Furie, qui tient un flambeau éteint, et qui est terrassée sur des livres déchirez. On voit dans le fond de la médaille une église. La légende : Extincta Heresis, signifie : l’Hérésie esteinte , Vexergue : Edictum
octobris M.DC.LXXXV, Edit du mois d'octobre 168 5.»
Autre médaille sur la destruction de l’hérésie :
« Dans cette seconde médaille, la Religion met une couronne sur la teste du roy, qui tient un gouvernail, sous lequel on voit l’Hérésie renversée. Les mots de la légende : Ob vicies centena millia Calvinianorum ad Ecclesiam revocata, signifient : Pour avoir ramené au sein de l'Eglise deux
millions de calvinistes. L’exergue marque la date 1685. »
1. L'article de M. Joly, auquel nous venons d'emprunter tous ces détails, se trouve dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 3° série, t. V (XXVE: de la collection), année 1863, p. 712-717. L'article est intitulé : « Note sur une médaille de Calvin appartenant à la collection de la Société des antiquaires de Normandie.» Voir dans le Bulletin du protestantisme (t. XN, 1866, p. 542-544) un article de C. Osmont de Courtisigny qui reproduit presque en entier l’article de M. Joly. — Nous remercions M. Emile Travers, de la Société des antiquaires, et M. le pasteur Patry, qui ont bien voulu nous faire faire un moulage de la médaille. :
2. Médailles sur les principaux événements du règne de Louis-le-Grand, avec des explications historiques, par l'Académie royale des médailles et des inscriptions, in-4°, 1702, Imprimerie royale, p. 209, 210 et 211. (Voir Bulletin du protestantisme, NII, p. 109, 110.)
LS — à
Autre médaille sur la démolition des temples des calvinistes.
« L’Edit du mois d’octobre avoit ordonné que l’on démolist tous les temples des huguenots, et particulièrement celuy de Charenton, le principal siège de l’hérésie. Le peuple accourut en foule pour labattre, si bien, qu’au bout de deux jours, à peine en pouvoit-on trouver quelque vestige. C’est le sujet de cette médaille. La religion plante une croix sur des ruines de bastimens, ce qui marque le triomphe de la Vérité sur Erreur. Les mots de la légende : Religio victrix, signifient : La Religion victorieuse ; ceux de l’exergue : Templis calvinianorum eversis, MDCLXXXWV, Temples des calvinistes démolis, 1685. »
Ce qui est peut-être le plus triste et le plus significatif, c’est que Racine et Boileau faisaient partie de cette petite Académie de huit membres seulement qui rédigeaient les devises des médailles. En conséquence, ils ont dû prendre part à la composition de celles que nous venons de citer‘!
Ce fut encore la Hollande qui répondit à Louis XIV.
« Notons ici [au dix-septième siècle, à propos de la caricature venue de Hollande], la persistance de la raillerie, sous la forme de la médaille, moyen que rendait facile l’existence des belles suites métalliques alors à la mode. Dans le champ restreint d’un module de 5 à 6 centimètres, la caricature ne peut pas se donner libre cours comme sur la plaque de cuivre, mais aussi elle revêt une apparence plus soignée, plus classique. Placez à côté de la suite sur les victoires et les conquêtes de Louis XIV, ces ronds de bronze qui sont la guerre par la monnaie, vous aurez, c’est le cas de le dire, le revers de la médaille du Roi-Soleil ?, »