DIVERS
« Ce tableau, reproduit dans un. ouvrage de A. Ludorff!, offre dans sa partie inférieure une représentation de l’institution de la sainte cène. Les apôtres y ont des figures historiques connues, Luther, Mélanchthon, Zwingle qui se détourne, Calvin qui a les traits de Judas. Le pasteur luthérien du temps est aussi peint sur cette toile, qui caractérise ainsi les anciens rapports entre luthériens et réformés. »
Or, d’après le pasteur actuel de l’église de Saint-Thomas, M. le pasteur Rothert, qui a bien voulu répondre à mes questions par l’envoi d’une brochure et par une lettre, voici ce qu’il en est exactement ? : |
« Le tableau date de 1667, après la guerre de trente ans. Il est en effet reproduit dans Ludorff, mais dans de trop petites proportions pour que l’on puisse distinguer les personnages. Il faut voir le tableau lui-même. En haut est le groupe de la crucifixion. On reconnaît très bien le portrait du patron Christ. Arndes, au milieu d’une multitude peinte d'imagination. — Dans le groupe d’en bas, on reconnaît, à côté du Sauveur, le D' Luther et le pasteur de l’époque, Mag. Joh. Solms. Mais les autres personnes sont seulement des figures d’imagination. Il n’y a pas d’autre portrait. De plus, en 1668, régnait le grand Electeur Frédéric-Guillaume, qui était luimême réformé, et, sous son gouvernement, une communauté n’aurait pas osé dresser une pareille caricature de Calvin dans son église. »
L’honorable pasteur nous indique du reste la source de la légende actuelle, un récit fait avec trop d’imagination.
Une fausse attribution. — Le Catalogue Hennin 3, au N° 1845, porte [1617]: « Le pape et Calvin pendent à un des bras de la croix; quatre moines sont également pendus à une traverse soutenue par deux colonnes : gravure à l’eau forte, anonyme, accompagnée d’une légende en allemand. »
Mais un examen plus attentif montre qu’il s’agit d’une gravure anti-papistique et non anticalviniste. En effet, le pendu, vis-à-vis du pape, est non pas Calvin, mais un diable, Bélial. Et les quatre « moines » sont Judas, Tetzel, Bellarmin et un évêque. Dans la légende on lit la célèbre parodie de Notre Père : « Notre père le pape, qui es à Rome, déshonoré soit ton nom, etc. »
La caricature est fort grossière et rappelle celle du couvent de Plainpalais, à Genève, avant la
Réformation, et celle de Cranach, dont nous avons parlé.
Naturellement il y a bien d’autres caricatures pour ou contre l'Eglise catholique ou l’Eglise protestante, mais nous nous sommes bornés à celles qui mettent directement en cause Calvin et le calvinisme.
Parmi les caricatures où Calvin lui-même ne joue pas de rôle spécial, il y aurait lieu de citer toute une collection intitulée # : « Les horribles forfaits perpétrés en France par les huguenots
1. A. Ludorff, Bau- und Kunstdenkmäler von Westphalen, Kreis Soest, 1905 (Taf. 117). 2. H. Rothert, Pfarrer zu St Thomæ, Das Kirchspiel von St Thomæ zu Soest, 1887, p. 10. 3, Collection Hennin, XX, p. 75. — 4. /bid., X,
(horribilia scelera, etc.), » et, comme pendant plus véridique : « Le miroir des tourments exercés contre ceux de la religion réformée en France. » C’est une grande gravure, entourée de douze petites, avec texte en hollandais et en français !.
Et encore : « La tour de vive foy, sappée en vain par les suppots de l’antechrist. » On y voit
la tour sur un rocher, et « une horrible vermine de gris cafars qui en sont les mineurs ?. »
Je termine en signalant une caricature qui, au dix-septième siècle, illustre d’une manière saisissante le fameux aphorisme moderne : la force prime le droit. C’est un dessin à la main, dont voici le titre: « Nouveaux missionères », copié exactement d’après un dessin original, fait en 1686. Une sorte de cosaque menace, avec son mousquet, un huguenot, à genoux. Sur le mousquet on lit : « Raison invincible ». Du mousquet sort en guise de projectile « une croix ».
À côté on lit: « La force passe la raison. »