‹ Iconographie calvinienne :Chapitre 39 sur 221 · Galiffe, Nofices généalogiques, I (2e édit · texte numérisé non relu

Galiffe, Nofices généalogiques, I (2e édit

2. À Théodore de Bèze, 1605-1005, article Hippolyte Aubert, p. 67.

3. Icones, id est veræ imagines virorum doctrina simul et pietate illustrium, quorum præcipue ministerio partim bonarum literarum studia sunt restituta, partim vera Religio in variis orbis christiani regionibus, nostra patrumque memoria fuit instaurata ; additis eorumdem vitæ et operæ descriptionibus, quibus adjec-

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JEAN CALVIN. DE NOYON EN PICARDIE, PAS TEVR “DE L'E- GEISE DE GENEVE. à

Portrait des Icones.

L'ouvrage se compose d’une série de portraits gravés sur bois, qui occupent chacun une page, et d’une courte notice, qui en tient deux ou trois, et se termine par quelque vers. Parmi ces portraits se trouve celui de Calvin.

Sans nous perdre dans beaucoup de détails, parlons tout de suite, en résumant l'étude de M. Alfred Cartier, d’un peintre-graveur, Pierre Cruche. Le lecteur verra bientôt pourquoi.

Pierre Cruche (Pierre Eskrich, ou Pierre Vase, ou du Vase ; le nom primitif devait être Krug ou Krieg ; « Krug », en français : cruche ou vase), né à Paris, probablement vers 1518-1520, protestant, quitte Lyon, où il était établi, vient à Genève, où il fait baptiser son premier enfant, le 9 septembre 1552, est reçu habitant (sous le nom de Pierre Vase) le 17 décembre 1554, et bourgeois le 16 mai 1560.

Cruche quitta Genève en 1566, et voulut en vain s’y établir de nouveau en 1578. Deux arrêts du Conseil nous renseignent : mardi, 6 mai 1578: « Pierre Eccriche, dict Cruche, pinctre, a présenté requeste tendante à luy permettre l’habitation de la ville, de la quelle il est bourgeois, nonobstant qu’il s’en soit retiré dès l’an 1566 : arresté, d’aultant qu'il n’est point venu rendre son debvoir en la necessité, et qu’il est suspect, qu’on la luy refuse ?. » Et sept jours plus tard, le 13 mai: « Pierre Eccriche : estant rapporté qu’il ne s’est pas retiré de la ville, comme luy avoit esté enjoingt, et estant apelé, luy a esté reitéré le commandement ?. »

Ainsi Cruche avait habité Genève de 1552 à 1565, douze ans pendant la vie de Calvin et un an après sa mort. Îl avait travaillé pour les éditeurs et les amis de Calvin, partageant leurs idées, et les aidant à propager les connaissances bibliques et les pamphlets antipapistiques. Il avait eu des relations toutes particulières avec Th. de Bèze, qui apparaît en qualité de tuteur et de conseiller au mariage d’une fille de Cruche, en 1590. Le 25 juin, «la dite Jehanne Cruche, dit l’acte notarié de mariage, assistée de la présence, advis, conseil et consentement au dit pacte, de nobles et spectables Théodore de Besze. la conseillant et autorisant aud. pacte pour son d. père absent #. » Aiïnsi P. Cruche avait vu bien souvent, on peut dire avait connu familièrement Calvin et Bèze.

Ecoutons maintenant M. Alf. Cartier résumant l’œuvre et caractérisant le talent de P. Cruche: « Cet artiste est certainement un des plus habiles illustrateurs de la seconde moitié du seizième siècle. Dans la brillante phalange des vignettistes lyonnais, il occupe le troisième rang, immédiatement après le maître à la capeline et le Petit Bernard, qui a exercé sur son style une influence marquée. Comme peintre, on ne connait aucune œuvre qui puisse lui être attribuée ; peut-être a-t-

il exécuté quelques portraits. »

tæ sunt nonnullæ picturæ quas Emblemata vocant, Theodoro Beza Auctore, Genevæ apud Ioannem Laoninum, M. D. LXXX. — Les vrais pourtraicts, des hommes illustres en piété et doctrine, du travail desquels Dieu s’est servi en ces derniers temps, pour remettre sus la vraye Religion en divers pays de la chrestienté, avec les des criptions de leur vie et de leurs faits plus mémorables. Plus, quarante quatre emblemes chrestiens, tra duicts du latin de Theodore de Besze. À Genève, par Jean de Laon, M. D. LXXXI.

1. Une édition anglaise a été récemment publiée. Le titre donne les renseignements nécessaires « Beza's Icones.» Contemporary portraits of Reformers of Religion and Letters, Being Fac-Simile Reproductions of the Portraits in Beza’s < Icones » 1580 and in Goulard's Edition (1581), with Introduction and Biographies by C.-G. Mc Crie D. D. London: The Religious Tract Society, 1906.» La reproduction des gravures est excellente. Les notices de Bèze ont été remplacées par d’autres notices plus complètes au point de vue biographique.

2. Registres du Conseil, Nol. 73, fol. 94'. — 3. Zbid., fol. 98. — 4. Archives de Genève. Minutes Jovenon, notaire, Vol. 7, fol. 82.

s4 | DERNIÈRES ANNÉES

Mais son œuvre gravée est à la fois très considérable et très facile à déterminer avec précision. Après une première manière, dans laquelle, à Lyon, il imita le Petit Bernard, il développa sa personnalité à Genève vers 1555. « Dessinateur singulièrement inventif et fécond, il a pu, en même temps, se créer un style propre, et parmi les innombrables gravures sur bois parues dans la seconde moitié du seizième siècle, celles dont il est l’auteur se distingueront sans peine pour les connaisseurs. Son dessin est parfois un peu tortueux, mais plein d'énergie, de vigueur et d’une crânerie qui s’impose. La taille est fine, très fouillée, mais un peu sèche et aiguë. »

C’est à cette seconde manière que doivent être attribuées une série d'œuvres montrant que P. Cruche travaillait pour les éditeurs et imprimeurs réformés, Zacharie Durant (1557), Robert Estienne (1560), Henri Estienne (1556), et s’occupait de sujets religieux et de polémique religieuse alors à la mode : série de figures oblongues pour lAntithesis de præclaris Christi el indignis papæ facinoribus ; sept planches pour une Bible en français et trente et une planches pour une Bible en anglais ; seize planches de la « Mappemonde papistique », tout cela à Genève. Il traitait les mêmes sujets pour les Honorati de Lyon.

« Dans les dernières années de sa carrière, P. Cruche a souvent exagéré encore la sécheresse de son crayon et l’étrangeté de ses types. Ses planches, trop chargées de travaux, manquent d’air et de relief: il semble qu’il veuille rivaliser avec la taille douce. C’est sous l'influence de cette troisième manière qu’il a exécuté les vignettes des emblèmes de Th. de Bèze, publiés à la suite des

Icones, Genève, Jean de Laon, 1580, in-41. »

2. Calvin, Bèze, les Jcones. Il est certain que Cruche a eu plus ou moins affaire avec ces deux Réformateurs et avec cet ouvrage. Si bien que nous ne sommes pas étonné de la conclusion à laquelle arrive M. Alfred Cartier. Pour lui, P. Cruche est le graveur des Jcones. « Je me permets d’attirer votre attention (écrivait-il le 1‘ novembre 1905 à M. le professeur Borgeaud, en lui communiquant le manuscrit de l’article que nous venons de citer et qui allait être publié) sur l'étude que j'ai consacrée à la manière de Cruche, et je vous prie de comparer avec les Jcones : pour moi

je n’ai plus de doute. »

3. D’après tout ce qui précède, il est à la fois naturel et logique que P. Cruche soit le graveur du portrait de Calvin. Nul graveur ne connaissait mieux le Réformateur.

Du reste, si l’on compare le Calvin des Icones et le Calvin de Th. de Bèze (collection Tronchin), on est frappé par des ressemblances très grandes: même petit bouton sur le bonnet, mêmes rides, même bouche un peu ouverte, même œil un peu fermé et même paupière grossie par l’âge.

On peut se demander si les différences dans le petit col, et la façon dont ferme le vêtement de dessous, dans la barbe qui paraît beaucoup plus courte, ne sont pas dues à une retouche malheureuse dans le portrait de Tronchin. Il est difficile de comprendre cet agencement, qui est très naturel dans les lcones.

Il y a donc lieu de penser que Th. de Bèze aura confié son portrait à P. Cruche. Cette pensée est d'autant plus légitime que, nous le savons, plusieurs des portraits de la galerie de Bèze ont

précisément servi de modèle au graveur des Icones, ainsi le Marot, le Musculus, le Mélanchthon ?.

1. Schweizerisches Kinstler-Lexikon de Carl Brun, 1905, article Alf. Cartier. — 2. Nous savons que Th. de Bèze avait voulu reproduire les traits exacts des personnages, et qu'il s'était donné beaucoup de peine pour obtenir des portraits peints et authentiques, qu'il avait ensuite confiés au graveur, — Grâce à

Mais ce que l’on pourrait même se demander serait ceci : le portrait possédé par Th. de Bèze’ n’aurait-il pas été peint par P. Cruche lui-méme ?

En effet, une réflexion s'impose. Comment cet artiste, graveur, peintre, aurait-il vécu douze ans à Genève, à côté de Calvin, de ce Calvin dont tant de peintres reproduisaient les traits à qui mieux mieux, sans avoir eu l’occasion, l’idée de dessiner lui-même ce modèle fameux, sans avoir reproduit, d’une façon ou d’une autre, cette figure si célèbre, si demandée ? C’est impossible. Il est impossible que P. Cruche n’ait pas dessiné et peint Calvin. |

Toutefois, entre la peinture de la collection Tronchin et la gravure des Jcones, il y a aussi des différences. Je ne parle pas seulement de la barbe qui, outre le contour caractéristique, est plus longue dans les Zcones, et s’amincit, s’effile d’une façon si naturelle chez un vieillard, si vraisemblable quand on pense à la barbe longue et toufflue que Calvin avait auparavant. Mais, d’une manière générale, attitude est différente, ou, si l’on veut, le moment de cette attitude n’est pas le même. Ici et là, Calvin parle, explique. Mais avec plus de calme dans le portrait de la collection Tronchin, avec beaucoup plus de vie, d’entrain dans la gravure des Icones. Ici remarquons le dos voûté, la tête portée en avant, la bouche plus ouverte, l’œil un peu fermé sans doute, mais comme intentionnellement, et tout l'effort tendu du visage. Calvin parle. C’est «parlant ». Aucun portrait de Calvin ne montre ce degré de réalisme. On dirait d’un instantané. Calvin fait l’une de ses dernières lecons. Son ardeur triomphe de sa fatigue. Son âme est dans ses paroles; la flamme brille une dernière fois et colore tout. Qui donc, sinon un témoin oculaire, auriculaire, a pu saisir et rendre avec cette

intensité de vie cette physionomie ?

l'obligeance de M. H. Aubert, qui prépare une édition de la correspondance de Th. de Bèze, nous pouvons fournir sur ce point important des renseignements inédits (sauf celui sur le portrait de J. Knox) et importants.

Pour Camerarius; il écrit à Laurent Durnhoffer afin d'obtenir « une vraie (veram) image, et peinte, plutôt que gravée (pictam potius quam sculptam), 3 décembre 1577. Il écrit de nouveau au même, le 13 janvier 1578. Il écrit à Cristoph Hardesheim le 11 février 1578. Enfin il remercie L. Durnhoffer le 21 mars 1578.

Pour Knox, Bèze s'était adressé à Peter Joung; celui-ci lui répond le 13 novembre 1579: qu'il ne connaît pas de portrait de l’illustre réformateur. Il a visité plusieurs peintres qui lui ont promis d'en composer un. En attendant, il va lui décrire, la plume à la main, la vraie figure de Knox. Heureusement qu'à cette lettre il y a un Pos/ scriplum important. Au moment de fermer sa lettre, un peintre lui apporte des portraits de Buchanan et de Knox, renfermés ensemble dans une petite boîte.

Le 21 octobre 1578 Bèze écrit à L. Durnhoffer, lui disant qu'il est obligé de retarder sa publication des Icones, « parce qu'il demande des portraits de divers côtés » (dum iconas ex varis locis emendico). En particulier, il n'a encore pu avoir les portraits de Jean-Frédéric, électeur de Saxe, du Landgrave Philippe, de Bucer, de Capiton et de Fagius. Son correspondant ne serait-il pas en mesure de les lui procurer ? Le 16 décembre 1578, il le remercie pour la double image du prince.

Le 16 juin 1579, il écrit encore à Durnhoffer qu'il est retardé parce que les portraits promis et attendus d'Angleterre n'arrivent pas.

La même année, 21 octobre 1579, il écrit à Christophe Thretius, à Cracovie. De là encore, il voudrait des portraits, promptement, mais surtout de confiance (præserlim summa fide). Et il répète : « Ce que je désire, ce sont des portraits vrais » (veras imagines).

La première partie des /cones paraît. Il l'envoie, 8 mars 1580, à André Dudith, en disant que ce n’est rien (nescio quid nugarum); que c'est un divertissement (diverticulum) à des travaux plus sérieux (à Durnhoffer, 8 mars 1580). La seconde partie paraîtra quand les autres portraits lui seront arrivés.

Le 16 mars 1580, il envoie ses /cones à James Lawson. Il les a dédiés à Sa Majesté royale, avec audace sinon avec impudence. Il espère que Buchanan et Junius voudront bien le recommander, et il joint <un exemplaire un peu moins élégant que l'exemplaire royal » (exemplar unum paulo minus eleganter illo regio compoctum).

P. Cruche aurait-il repris sa propre œuvre, ajouté les impressions, reçues depuis, aux derniers moments ? Ou bien le portrait de la collection Tronchin ne serait-il décidément pas de P. Cruche? Peu importe.

Avec le portrait des Jcones nous arrivons au summum de véracité et d’authenticité.

Le portrait de la Bibliothèque de Genève.

: Planche X, a.

1. De bonne heure la Seigneurie de Genève se préoccupa d’avoir un portrait officiel, peut-on dire, du Réformateur. À la date du 19 septembre 1609, on lit dans les Reoistres du Conseil : « Pasqual. Pintre, qui a peint Mons. le prince de Condé, Mons. de Bèze, Mons. Calvin : arresté qu’on luy fasse ung mande [mandement, mandat de paiement] de quarante-huit florins, adressant à Mons. le syndiq de L’Arche !. » — Quels documents le peintre eut-il sous les yeux? Qu'est

devenue sa peinture ? Fut-elle déposée à la Bibliothèque ?

2. Cent ans se passent. Et voici de nouveaux documents, relatifs à la Bibliothèque: 1702, 24 juillet : «Portrait de Calvin donné par M. Germain Colladon ?. » — 1702, 27 novembre : «M. Jérémie Pictet, pasteur, a donné les portraits de Jean Hus, Calvin, de Bèze en grand, etc.3.» — 1703, 17 août: « M. l’ancien auditeur Jean Pictet a donné les portraits de Luther, Zwingle,

Farel et Viret #. » (Il n’est pas question de Calvin.)

3. Sans doute que ces portraits ne furent pas trouvés suffisants, et l’on résolut de faire copier le Calvin de la collection Tronchin (sa réputation d’authenticité était établie): 1704, le 16 décembre : « Sartoris a proposé de faire faire à M. de Bornimb, très habile peintre, une copie des portraits de Calvin et de Bèze sur les originaux qu'a M. le prof. Tronchin, pour les avoir dans la Bibliothèque d’une bonne main. Ce qui a été approuvé 5. »

Immédiatement après cette indication, vient celle-ci: «1705, du mardi 18 février: « On a lu les propositions de la dernière assemblée, tenue le 16 déc. 1704; et ayant été toutes exécutées, il n’en a pas été parlé plus avant 6. »

Et voilà le troisième portrait (au moins) de Calvin, qui entre à la Bibliothèque.

Il est à remarquer que le portrait de la Bibliothèque a complété le portrait Tronchin : le copiste a ajouté une seconde main, avec un livre. Le portrait est plus grand : peut-être pour faire pendant au Bèze, dont il a été question précédemment, et qui est dit avoir été «en grand ». (Pourquoi le Bèze, copié par de Bornimb, est-il au contraire petit, sur cuivre? C’est ce

qu'on ne sait.)

1. Registres du Conseil, Vol. 106, p. 170. — 2. Livres des achats et donations, p. 16. — 3. Jbid., p. 25. — 4. Ibid., p. 45. — 3. Registre des assemblées de messieurs les directeurs de la Bibliothèque, p. 40, 41. — Ce texte est cité en partie par Gaullieur: Æistoire et description de la Bibliothèque publique de Genève, 1853, D227.— 10 MD D Al:

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LE PORTRAIT DE LA COLLECTION TRONCHIN ÿ

À la date du 29 août 1724, nous lisons encore : « Sp. [Spectable] Louis Tronchin, M. du S. E. [ministre du saint Evangile] a fait présent à la Bibliothèque des portraits suivants : Portrait de J. d'Albret, reine de Navare, mère de Henri IV, de Louis de Bourbon, prince de Condé, de Briquémaud, conseiller au Parlement, Johannes Zizka, bohôme… Heinricus Bullingerus, Philippus Melanchthon, Joachimus Vadianus, Thomas Crammer, Wolfgangus Musculus, decanus, Melchior Wolmarus, Villensis. Ces 10 portraits estaient entre les mains de feu spc. Louis Tronchin, pasteur et professeur en théologie, par d° [dame] Théodora Rocca sa mère, fille [il faut lire petite-fille] de la femme de M. de Bèze, auprès de qui elle a été élevée, et lesquels portraits la ditte femme de M. de Bèze avoit eu de son mari !. »

On a remarqué qu’il n’est pas question d’un Calvin. Le nombre des portraits du Réformateur introduits à la Bibliothèque restait donc de trois ou quatre.

Mais, comme on avait trouvé insuffisants les portraits précédents, on les rélégua, sans doute, on ne sait où. Peut-être les donna-t-on; et on les remplaça par le nouveau venu, lequel est très

probablement le portrait actuel, dit de la Bibliothèque.

4. Malheureusement, à ce portrait, il arriva un déplorable accident : la restauration de 1775. À cette date, la restauration générale des portraits de la Bibliothèque fut confiée au peintre François Ferrière, né en 1753, donc âgé alors de vingt-deux ans.

« Dans lobligation, nous dit M. Jules Crosnier, où se trouvait Ferrière de gagner sa vie, des travaux lui étaient bons qui n'avaient qu’un rapport lointain avec l’art. C’est lui qu’on peut incriminer à propos des inscriptions en lettres énormes qui déparent les portraits de la Bibliothèque publique et du Musée Rath. Il restaurait aussi les vieux tableaux ?. »

Voici en effet les indications contenues dans le Registre des assemblées des directeurs de la Bibliothèque : 4 juin 1775 : « Le même [M. Diodati] a rapporté que par les soins du sieur Ferrière, peintre, tous les tableaux et portraits de la Bibliothèque, au nombre de 70, ont été réparés et mis en bon état. » — En mars de la même année, ledit M. Diodati avait avancé une partie du prix convenu pour ces travaux. La mention suivante se trouve au Recueil des quittances de la Bibliothèque : « P. [payé] à compte à M. Ferrière, pour avoir raccomodé 76 tableaux, 8 !/, louis neufs [soit] fl. 433,6. » Et dans un autre compte de la même année, réglé le 7 septembre : « A

M. Ferrière, pour avoir peint les armoires, fl. 51. »

s- Ilest d’autant plus important de reproduire une gravure (H. 0,171, L. 0,116) faite sur le portrait de la Bibliothèque, avant les retouches, cent-trois ans avant, c’est-à-dire en 1672, dûe au graveur Clémens Ammons *. Elle se trouve dans un volume de Fr. Spanheim : « Christianæ

relicionis restilutæ apud gevenenses Historia, publié à Genève aux frais de Pierre Chouet, 1672. » (Page 58.)

1. Livres des achats, présents, etc., et généralement de tout ce qui entre à la Bibliothèque,

2, Nos anciens et leurs œuvres, III, 1903. « François Ferrière, peintre, » par Jules Crosnier, p. 11, 12. 3. Graveur d'un talent ordinaire, qui travaillait à Francfort-sur-le-Mein, vers 1670.

ICON. CALV. 8

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Le portrait de la Bibliothèque de Genève en 1672.

6. Le portrait de la Bibliothèque, tel qu’il existe aujourd’hui, produit une impression aussi vive que pénible. Le sourcil, accentué, est noir; l'œil grand ouvert, trop grand, noir, est dur; il y a partout des noirs et des blancs très heurtés.

Grâce aux ombres, le nez paraît encore plus effilé. La barbe, très noire, fait contraste avec le col très blanc, dont la seconde pointe, très visible, fait ressortir la barbe ; le cou est marron ; la bouche, très ouverte, semble vouloir crier, et la barbe serpente, et se tord en pointe, tandis qu’une teinte verditre, cadavérique, est répandue sur toutes les chairs, sauf sur les lèvres, où le vermillon met une tache de sang.

Il ne reste plus rien des teintes douces, dorées, du portrait Tronchin. L’expression est tout autre, presque contraire. Au lieu d’un vieillard, dont l’œil se ferme de fatigue, sous les paupières

alourdies, on a un homme,

dont l’âge est difficile à déterminer, mais osseux, étroit et dur. — La main offre peut-être un

meilleur geste, mais c’est une main charnue, potelée, de convention.

Bref, rappelons-nous la tradition que nous avons déjà signalée, à savoir que ce portrait aurait

été peint d’après un masque pris sur le cadavre même du Réformateur. — La tradition était fausse

évidemment mais indiquait une critique trop vraie !.

Cette malheureuse peinture a eu, en un sens, des conséquences incalculables. Elle est devenue

le portrait classique, presque le seul. On n’a plus connu d’autre Calvin. La Légende, avec tous

1. Comme certaines parties de la peinture viennent assez difficilement à la photographie, on a des reproductions assez différentes les unes des autres, et on a parlé de photographies retouchées et de pho-

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