CHAPITRE QUATRIÈME
Les Woeiriot.
I. 1. Les Woeiriot. 2. Pierre II Woeiriot. 3. Calvin « à la cape ». 4. Calvin « à la cape et au bonnet ». 5. Valeur des portraits. 6. Dédicace à Mazure. — II. Gravure de 1601. — IIL. Le chevalier de Berny. — IV. Jennicher. — V. La gravure de Strasbourg. — VI. Divers: 1. Portrait d'Augsbourg. 2. Portrait de Berlin. 3. Portrait Dünz.
Les Woeiriot.
Planches XIV et XV, a.
E gros in-folio qui porte pour titre: Recueil des opuscules ! contient les Pelits traités de notre Réformateur, écrits en français, ou traduits du latin. Il a été pourvu d’une préface et publié par Th. de Bèze, qui le dédia à Renée de France, duchesse de Ferrare, en souvenir de leur défunt maître
et ami. Il a été imprimé à Genève par Baptiste Pinereul, en 1566.
Au verso du titre est un portrait médaillon, ovale, de Calvin, portrait qui se présente ainsi sous la garantie de l'ami intime du Réformateur. Il est dû à un graveur célèbre, Pierre Woeiriot ?.
Le même portrait se trouve sur le titre de l’édition de l’Institution publiée par François Perrin à Genève, en 15663. Lequel de ces deux ouvrages, les Opuscules ou lInstilution, a été publié le premier? L’Institution a été achevée d'imprimer le 12 novembre 1566. Les Opuscules ? On ne sait. La préface de Bèze est du 20 mai 1566. Mais, quoi qu’il en soit, outre que la gravure de lIns-
tilution paraît beaucoup plus fatiguée que la gravure des Opuscules, il n’y a pas lieu, ce semble,
1. Recueil des opuscules, c’est à dire Petits traictez de M. Jean Calvin, les uns reveus et corrigez sur le latin, les autres translatez nouvellement de latin en françois. — L’exemplaire de la Bibliothèque de Genève est magnifique, avec des larges marges, réglées en rouge, et splendidement relié. C’est l’arabesque imprimée sur la couverture de ce volume que le relieur Asper a reproduite dans sa reliure de /ean Calvin, par E. Doumergue.
2. < L'ancienne orthographe sans 0e a été changée par Pierre II Woeiriot, celui qui nous occupe ici. » Albert Jacquot, Pierre Woeiriot. Les Wiriot- Woetriot, orfèvres-graveurs lorrains, 1802, p. 6.
3. Bibliothèque de Genève. Il y a un exemplaire de cette Zns/ifution au Musée de la Réformation à Genève, un autre à la Bibliothèque du protestantisme français à Paris.
Pre
Portrait par Woeiriot.
LES WOEIRIOT 65
de douter que le portrait ait été commandé par Th. de Bèze pour le volume mème dont il était
éditeur. Et c’est à juste titre qu’il est connu sous le nom de portrait des Opuscules.
2. Notre graveur Pierre II Woæeiriot « naquit en 1531 ou 1532, soit à Neufchateau, soit à Damblan !, » en Lorraine. Il fit plusieurs voyages, séjourna assez longtemps en Italie, notamment à Rome.
Il a été quelquefois assez dédaigné. Le vicomte Henri Delaborde, Conservateur des estampes à la Bibliothèque nationale, le traitait de simple orfèvre « prétendant creuser comme tout le monde » le bois ou le cuivre ; et la Grande Encyclopédie ne lui accorde pas une seule ligne. — Par contre
J. Renouvier lappelle « le graveur le plus intime de la forte race des calvinistes français ?. »
3. La gravure de Woeiriot nous offre un Calvin, — Calvin à la cape, — arrivé à la fin de sa carrière. Il regarde (à gauche) des auditeurs, par exemple les étudiants de tout âge qui écoutent ses lecons d’exégèse au temple de l’Auditoire. De la main gauche, il tient un livre à moitié fermé ; l’index, entre les pages, lui permettra de retrouver tout de suite, si sa mémoire en avait besoin, ce qui est rare, le texte, le mot qu’il explique. Sa main droite fait un geste sobre, mais très expressif. L’index et le pouce, ouverts et levés, sont comme les pinces du raisonnement logique dans lequel il tient l’idée, en même temps qu’ils retiennent l’attention, la soutiennent. — Au-dessous de la planchette sur laquelle le Réformateur s’accoude, on voit le sceau de Calvin: une main ouverte qui tient et présente un cœur, et la devise : promple et sincere, enfin la signature W B et la date 66.
4. Du même artiste, nous avons un second portrait : Calvin au bonnet. Il a bien aussi la cape, mais au-dessus de la cape il y a un bonnet. (Planche XV, a).
Les deux dessins ne diffèrent pas beaucoup. Le front est un peu moins bombé, le nez un peu plus arqué, la joue un peu plus pleine, et la physionomie paraît un peu plus jeune, moins sévère. Et puis,‘au lieu d’un Calvin appuyé sur une planchette, comme sur le bois d’une table ou d’une chaire, nous avons un simple buste sans bras, ni main, posé sur une console, avec deux petites plantes de chaque côté; le très petit piédestal du buste porte la date 66. Au-dessous il y a le sceau, la devise et la signature W B.
Ce portrait est imprimé sur le titre de l’Institulio christianae religionis apud Johannem le Preux, MDCVII.
On a dit que ce portrait se trouvait déjà sur la page du titre des Commentaires sur le prophète Isaïe, édition de François Perrin, 1572 (Bibliothèque de Genève). Mais c’est une erreur. Le portrait se trouve sur une feuille mince, et collée, après coup, sur la page. — Evidemment ce portrait était imprimé, à part, sur des feuilles volantes. On trouve une de ces feuilles intercalées dans
le manuscrit des Chroniques de Roset * et ailleurs, par exemple, aux Estampes de la Bibliothèque