Jean Calvin, IL, p
2. N. Weiss, Un portrait de la femme de Calvin, 1907. (Extrait du Bulletin de la Société de l'histoire du
protestantisme français, mai-juin 1907.)
ICON. CALV, . -
des femmes de notre pays à cette époque. Le rang de la jeune dame est bien celui de la haute
bourgeoisie ou de la petite noblesse. »
Idelette de Bure fut épousée par Calvin à Strasbourg en 1540 : elle était veuve de Jean Stordeur, « natif du Liège », disent Bèze et Colladon. Et comme à Liège il y avait des Bure depuis le seizième siècle, on pense qu’'Idelette était de la même ville que son mari.
Or on a produit quelques documents parlant d’une sorte d’insurrection à Liège, insurrection sociale dite « des Rivageoïis », 1531, et dans laquelle des Stordeur avaient joué un rôle actif. C'était un mouvement anabaptiste. Trois fils d’un Jean de Stordeur furent condamnés à faire amende honorable : un quatrième fils, Jean, et une fille « avaient sans doute pu s’enfuir à temps. C’est ce Jean qui semble avoir été le premier mari d’Idelette de Bure. » — D'un autre côté, on peut supposer, mais non affirmer qu'Idelette était fille ou parente d’un Lambert de Bure, banni également pour hérésie, 1533.
Cette série de suppositions est en effet plausible.
Enfin nous rencontrons en 1537, à Genève, un anabaptiste: « Jean Tordeur, du Liège, » qui discuta avec Calvin, et qu’on identifie avec le Jean Stordeur dont nous venons de parler. — Et encore une fois si rien de tout cela n’est certain, rien n’est impossible. On peut admettre cette série de suppositions.
Mais il y a deux difficultés :
1° Ces anabaptistes appartenaient-ils à la haute bourgeoisie, ou même à la noblesse ? Etaientils dans une situation qui leur permît de se faire portraiturer dans un costume si opulent ? Nous apprenons que les Stordeur, dont il est question, n'étaient pas les premiers venus, puisqu'ils avaient une maison donnée en préciput à un enfant. Mais c’est tout. — Quant aux anabaptistes bannis avec Lambert de Bure, ils étaient, l’un verrier, l’autre cordonnier (?), un troisième menuisier.
Et enfin nous savons positivement que « Jean Tordeur », l’anabaptiste qui discuta à Genève en 1537, était « tornier, du lyège », c’est-à-dire tourneur. — Que ces anabaptistes fussent des artisans ayant plus ou moins de bien, c’est possible : mais rien n’autorise à supposer qu’ils appartenaient à la haute bourgeoisie, voire à la noblesse.
Du reste, M. N. Weiss lui-même dit que le mouvement dit «des Rivageoïis », auquel des Stordeur et des de Bure furent mêlés, était « assez analogue à celui des paysans. » — Il n’est vraiment pas très vraisemblable que parmi ces paysans il y eût de hauts bourgeois et des nobles.
2° La seconde difficulté est plus grande encore. — Il s'agirait d’un portrait d’Idelette fait alors qu’elle était à Liège, au sein de l’opulence, avant qu’elle s’enfuit, dépouillée de ses biens, soit avec ses parents, soit avec son mari, vers 1531 ou 1533 (le tout par supposition, naturellement) : «On peut supposer, par exemple, que le portrait a été peint lorsque la personne qu’il représente quitta ses parents et que l'inscription y fut ajoutée lorsqu'on apprit qu’en secondes noces elle avait épousé le Réformateur. » — L'inscription ne serait donc pas de l’auteur du portrait : et aurait été ajoutée on ne peut savoir quand ni par qui, mais peut-être à une époque plus ou moins
rapprochée qu’on appelle « contemporaine » 1,
1. C'est sans doute dans ce sens qu'il faut entendre l'affirmation précédente : « L'indication du sujet