I. Le portrait. — II. Calvin jeune
E premier portrait que nous publions a été présenté au public par M. le pasteur A. Dupin de Saint-André, de Tours, sous ce titre: Calvin en Touraine. QI] s’agit simplement, a-t-il écrit, de l’un de ses portraits qui est resté dans le pays. Nous ignorons d’ailleurs absolument par quel che-
min cette peinture est arrivée en Touraine. Il est probable cependant
qu’elle a été acquise par l’un des grands seigneurs protestants, qui ont possédé dans notre région terres et châteaux. Lorsque ce portrait a été fait, Calvin était jeune. Le visage est beau; il y a de la profondeur et de la puissance dans le regard ; les lèvres un peu épaisses dénotent une grande intensité de vie; l’ensemble charme et séduit. Ce n’est pas ainsi qu’on se représente d’ordinaire le Réformateur. La plupart de ses portraits nous le montrent vieilli par le travail, usé par les luttes, émacié par la maladie. Ici, nous avons Calvin avant les grandes batailles de son âge mûr, avant les Libertins, avant Servet !. »
C'était une coutume des grands seigneurs protestants d’avoir des portraits, parmi lesquels figurait généralement un Calvin.
Du Plessis-Mornay, dans son château de Saumur, avait un Calvin, et même deux, l’un peint,
autre « en pierre d’Almaigne ? ».
1. Journal de l Eglise réformée de Tours, notes trimestrielles, juillet 1896, p. 21.
| 9. C'est ce qui est attesté par un < Estat des tableaux et portraits qui sont au chasteau de Saulmur, droissé par Rodolphe Anspach, maistre peintre au dict Saulmur, le 2me de septembre 1619, sur l'ordre de Monsieur. » La galerie a été dispersée : « Quelques portraits ayant cette provenance sont conservés présentement au château de Juigné, dans la Sarthe, apportés qu'ils ont été par le mariage d'Elisabeth Desnouhes, petite-fille de Du Plessis, avec Georges Le Clerc de Juigné, ancêtre des propriétaires actuels de ce domaine.» — Voir article de M. Benjamin Fillon, intitulé : « La galerie de Du Plessis-Mornay au château de Saumur, » dans la Gazette des Beaux-arts, 1879, XX, p. 163. — Nous avons fait faire une démarche auprès de M. le marquis de Juigné. Il a répondu « qu'il n'a jamais eu connaissance du portrait de Calvin dont on lui parlait. » 26 février 1909.
ICON. CALV, s
Nous savons de même qu’un autre seigneur protestant, Antoine de Gramont, pour orner la plus belle salle de son château de Bidache, en Béarn, fit faire, en 1562, les portraits de Jeanne d’Albret et de Jean Calvin !.
Mais par qui, et d’après quoi, étaient peints ces portraits, même du vivant de Calvin? — Et quelles sont les preuves en faveur de l'authenticité particulière du portrait de la Touraine ?
M. le pasteur Dupin de Saint-André a bien voulu (9 janvier 1908) nous donner quelques renseignements complémentaires : « Le portrait de Calvin appartenait au marquis de Biencourt, et trônait dans l’une des salles du château d’Azay-le-Rideau, avec ceux de Coligny, de Jeanne d’Albret et de Luther. — Depuis, le château d’Azay, acheté par l'Etat, est devenu un musée, et une partie des peintures qui ornaient le château, ont été vendues à Paris. Mais, lors de la vente, le commissaire-priseur affirma ne pas avoir vu le portrait de Calvin. — Quant à l’origine de ce portrait et des autres (Coligny, Luther, Jeanne d’Albret), je n’ai, pour m'éclairer, qu'une note inscrite au dos du portrait de Coligny. La voici : « Portrait de l’amiral Coligny, provenant de la » famille de La Force, qui l'avait obtenu du maréchal Gaspard de Tavanne à l’avènement de » Henri IV, roi de France. Ce portrait ornait l’hôtel du comte de Téligny, tué au massacre » de la Saint-Barthélemy, nuit du 23 août 1572. (Peintre inconnu.) » On peut penser que le portrait de Calvin et ceux de Luther et de Jeanne d’Albret venaient eux aussi de la famille de La Force. Mais ceci n’est qu’une supposition.. raisonnable. — Le portrait de Calvin a 20 centimètres de hauteur environ. Au dos, il est écrit : Johannes Calvinus. » — Le portrait est actuellement à Paris, chez M. le marquis de Biencourt, qui a bien voulu nous autoriser à le reproduire. - Nous le remercions sincèrement.
Voilà une note fort intéressante et dont nous remercions beaucoup l’auteur. On peut ajouter que ce portrait nous offre de grands yeux, ovales, bien fendus, un nez grand et noble, et que ce sont des ressemblances avec les autres portraits de Calvin.
Cependant, comment conclure autrement que. par un point d’interrogation ?
Et néanmoins c’est très volontiers que nous ouvrons par ce portrait la série de nos reproductions et de nos études : au moins pour une raison. C’est qu’il importe de donner, dès le début, une secousse à notre imagination, une secousse profonde et salutaire. Il importe de rompre cette obsession d’un Calvin né à l’âge de cinquante ou soixante ans, avec une figure vieillie par une série de maladies lentes, douloureuses et mortelles. Le Calvin eonnu, presque le seul connu, . c'est le Calvin de la Bibliothèque de Genève (actuellement dans la salle Lullin). C’est celui-là que n’ont cessé de reproduire la gravure et la lithographie, en attendant la photographie. C’est celui-là que vont contempler, depuis un siècle ou deux, chaque année, des milliers de visiteurs.
Et ainsi dans toutes les imaginations est gravée l’image du Calvin de la Légende.
1. Son arrière-petit-fils, Henri de Gramont, comte de Touloujois, fit transporter ces deux portraits dans le salon de son château de Sémeac, près de Tarbes. Les inventaires mobiliers permettent d'en constater la présence, dans un milieu devenu tout catholique, jusque vers 1711. Puis toute trace disparaît. — < Un portrait de Calvin, 1562, » article de Ch. Frossard dans Le protestant Béarnais, du 1er février 1896.
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