I, p. so
à. Audin appelle Mélanchthon < ce beau jeune homme » (I, p. 515), « cet adolescent qui porte dans l'œil, sur ses lèvres, sur la figure quelque chose de séraphique » (1, p. 521). C'est à se demander s’il a jamais vu un portrait du Réformateur, — lequel était particulièrement laid. — 6, Audin, I, p. 520, 521.
n’en est pas moins ultra-fantaisiste, comme le montrera suffisamment l’histoire rapide de trois périodes de la caricature religieuse 1.
Le protestantisme n’a pas inventé le genre dont la satire et la caricature ont été la manifestation.
La caricature n’est qu’une forme de la satire. Or quelle n'avait pas été la violence de la satire exercée par les catholiques contre le catholicisme, des siècles avant la Réforme? La Gaxelle des beaux-aris fait observer en tout autant de termes qu’il n’était pas besoin d’un Luther et d'un Calvin pour s’apercevoir que les ordres religieux avaient fait leur temps, etc. Déjà au treizième siècle, Rutebœuf, parlant des Cordeliers, des Jacobins, disait :
Convoitise...
Les tient en sa prison, ne les lait repentir Devant qu'ele lor face le feu d'enfer sentir.
Et un siècle plus tard, parlant à un prieur, un autre poète disait :
Et vous, sire, ne bon ne bel, Mengiez céans comme pourcel.….
Ces citations sont prises au hasard : on en trouverait tant qu’on voudrait dans les fabliaux, les pamphlets : Enfer, pourceau…
Le dessin suivit l’écriture 2.
Une des premières représentations graphiques hostiles à la papauté, — une des plus anciennes de celles qui nous ont été conservées, — remonte au quatorzième ou au quinzième siècle. Elle fut trouvée dans le couvent de Plainpalais à Genève. Voici le commentaire qu’en donne le chroniqueur Froment, sans doute en 1548 :
« Dans Péglise des Jacopins en Pallaix, entre toutes les aultres ymages, figures ou peinctures, en fust trouvée une de laquelle plusieurs furent esmerveillez. Car elle avoit esté peincte il y avoit plus de cent ans en telle figure que est, disoynt icy, dans Genève. Ce n’est pas de présent qu’on a congnu l’abus du Pape et des siens, veu que d’aultres desjà de long temps l’avoynt congnu, en
faysant ceste figure. Laquelle avoyt sept testes et dix cornes (Apoc. XVII), peinte à la façon d’un
1. Oskar Schade, Satiren und Pasquille aus der Reformations-Zeit. 1 vol., 1856, préface, p. V, VI. Vers 1510, 1520, les idées se répandent « avec une participation si colossale de la part des masses », et sous la conduite de grands chefs si héroïques, que, un demi-siècle plus tard, le succès de ces idées paraît décidé. — « Précisément cette participation énergique des masses fut le fait décisif. Sans leur constance, les chefs auraient succombé et seraient tombés victimes de la vengeance de leurs adversaires. » — Comment cela se fit-il? «La meilleure réponse est dans les innombrables feuilles volantes qui, comme un flot, se répandent dans le pays. » — J. Scheïble, Die Fliegenden Blütter des XVI und XVII Jahrhunderts, aus den Schätzen der Ulmer Stadtbibliothek, Wort- und Bildgetreu herausgegeben, 1850. « Comme on le sait, au seizième et au dix-septième siècles, tout événement un peu digne d'attention fut conservé à la postérité sur de grandes feuilles isolées. En haut ou au milieu, l'événement représenté par une gravure sur cuivre ou sur bois, si possible de façon satirique ; en bas ou autour de l'image, le texte. Sous cette forme, ces vraies feuilles volantes [on sait qu'aujourd'hui Æ%egende Blätler est le titre d’une revue satirique bien connue] étaient colportées en Allemagne, ornaient les murs des chambres et remplissaient les portefeuilles des collectionneurs » p. 3. — Deutsch-evangelische Blätter, 1900, vol. XXV, p. 757-780, article du prof. Dr Reinthaler, intitulé : < Die deutsche Satire in ihren Beziehungen zur Reformation.» Aussi importante est la masse des feuilles isolées, des pamphlets (Flugschriften), qui se répandaient partout à une époque où on ne connaissait pas la presse périodique. »
2, Gazette des beaux-arts, série tome I-XV (1859-1863), vol. V, p. 27.
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