‹ Iconographie calvinienne :Chapitre 80 sur 221 · EN FRANCE EXT · texte numérisé non relu

EN FRANCE EXT

notre égard. — Or, La vie de Calvin, où se trouvent ces lignes, a eu je ne sais combien d’éditions : je cite la sixième! — Après l’immoralité dans la promiscuité des cryptes vint la caricature.

« La Réforme, dit Audin, entretenait à Genève des poëtes qui n’avaient d’autre métier que de chansonner les « messotiers ». [Il n’y a pas un mot de vrai.] Calvin leur fournissait les facéties qu’ils devaient rimer. [Il n’y a pas un mot de vrai.] À Genève et à Wittemberg, dans le jargon réformé, on disait que « la messe faisait bouillir la marmite du prêtre ». [C'était vrai qu’on le disait, et c'était vrai que c’était vrai. Les catholiques eux-mêmes depuis un ou deux siècles en avaient dit autant et pis.] On ne saurait croire combien, sur ce thème, on a brodé de mauvais vers. Quand la verve d’un rimeur s’était épuisée à honnir l’antéchrist, elle se prenait, pour se raviver, à ce que Calvin nommait l’Hélène pabiste !, et Dieu sait que de belles inspirations elle y trouvait, qu’on imprimait sur des feuilles volantes à l'usage des villes et des campagnes. Si l’on surprenait un colporteur glissant dans une grange ces fantaisies séditieuses, et qu’on le mit en prison, alors vous étiez sûr d’un bruit affreux qu’on faisait à Genève contre la tyrannie sacerdotale, qui ne voulait pas souffrir qu'on insultât en prose ou en vers à la foi de toute une nation ?. »

En effet, chacun sait que les persécutions et les massacres, y compris la Saint-Barthélemy, n’ont rien eu d’illégitime, sauf dans l'imagination des hérétiques en général, et des calvinistes en particulier. Quelques colporteurs pendus, brûlés ou roués! La belle affaire! Et valait-il la peine de faire tant de bruit, un « bruit affreux » ? Les François I‘, les Henri IL, les Diane de Poitiers, et les Catherine de Médicis, n'étaient mus que par deux sentiments : d’abord la peine de cœur qu’ils éprouvaient en voyant qu’on insultait leur très sainte foi; et puis le désir de maintenir l’ordre nécessaire à la bonne société. Cette dernière thèse est soutenue, non pas il y a cent ans, mais aujourd’hui, non pas par un Audin, mais par un professeur de l’Université de Besancon, M. Jean Guiraud. Après avoir écrit : « Que l'Eglise se soit reconnue le droit de punir les hérétiques, c’est ce qu’il est impossible de nier, » après avoir complaisamment rappelé toutes les décisions de Eglise contre l’hérésie, et déclaré qu’il ne faut ni les nier, ni les dénaturer, ni les atténuer, y compris « la dureté de la répression ! », il conclut que les « hérétiques étaient des perturbateurs de la société, » analogues aux associations de malfaiteurs actuelles, à celles qui se vouent « à la propagande par le fait, » et que tous ces gens, aujourd’hui, seraient traqués par la société la plus laïque. « Aux disciples attardés de Michelet, nous disons simplement que, même de nos jours, dans notre société laïque, un pur Vaudois, un Manichéen convaincu, un disciple militant des fraticelli, Wiklef et Jean Huss lui-même, en raison de leurs doctrines immorales (!) et anti-sociales, seraient justiciables du tribunal correctionnel et de la cour d’assises %. » — A la bonne heure, et voilà exactement le point jusqu’auquel le catholicisme romain d’Audin et consorts est arrivé

à façonner la mentalité d’un professeur de l’Université actuelle !

4. Donc il y eut satire, satire calviniste anti-romaine. Et nous terminons ces généralités desti-

nées à nous orienter, par l’opinion de l’historien de la satire en France, Lenient.

. Référence : Institution chrétienne. Rien de plus. . Audin, Æistoire de la vie de Calvin, XI, p. 389, 390.

3. Jean Guiraud, professeur à l'Université de Besançon, Questions d'histoire et d'archéologie chrétienne, 1906, p. 7. — 4. Ibid., p. 11. — 5. 1bid., p. 46.

Dans la seconde moitié de son premier volume sur La salire en France, faisant suite à son ouvrage sur La satire en France au moyen âge, Lenient montre que la Réforme n’inventa pas cette arme, mais s’empara seulement de l’arme qui existait : « De toutes les armes de destruction, la satire est la plus puissante; la Réforme s’en empara !. » Seulement, et ceci est l’essentiel, si elle n’inventa pas, elle transforma. « Dès le premier jour, dit Lenient, en touchant à cette arme terrible de la satire, les chefs de la Réforme française se séparent nettement des railleurs et des brocardeurs de profession, qui tournent tout en risée, le bien et le mal, le faux et le vrai, et songent moins à édifier qu'à scandaliser les âmes... Ce n’est pas à Lucien que cette satire se rattache, mais aux prophètes, et aux Pères de l'Eglise, à Elie, à Isaïe, à Tertullien, à Saint-Augustin, à ces glorieux athiètes de la foi, qui n’avaient pas dédaigné non plus d’afpliquer le cauière de lopprobre sur les fautes du peuple ou sur les erreurs des gentils. Sanctifiée par le but, elle n’est plus un jeu de la médisance, mais une arme au service de la vérité ?. »

Ainsi orientés, abordons l’étude des faits eux-mêmes et des textes.

Commençons par appliquer le proverbe : « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. » Lenient intitule un de ses paragraphes : « Triumviral salirique », et ce triumvirat est constitué . par Calvin, de Bèze, Viret *. Au seizième siècle, on parlait de /répied. C'était d’abord Calvin, Farel

et Viret, et puis, lorsque Farel fut à Neuchâtel, de Bèze le remplaça.

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