‹ Iconographie calvinienne :Chapitre 81 sur 221 · Que fut la satire de Pierre Viret · texte numérisé non relu

Que fut la satire de Pierre Viret

Ecoutons-le d’abord nous exposer lui-même ses théories sur la matière.

« Ceux qui ont les oreilles tant délicates et ne peuvent seulement endurer un petit mot joyeux # contre l’idolâtrie et superstition ne sont pas juges équitables, mais de jugement trop corrompu et perverty ?. » — « S'il leur semble que ce soit matière trop abjecte pour eux, et qu’ilz ne se veulent occuper qu’à choses graves et d’importance, qu'ilz nous laissent enfantiller avec les enfans, et abaisser avec les petis, et user de nostre rusticité avec les rustiques, et édifier les poures ignorans, ainsi qu’ilz édifient les savans, et descouvrir les erreurs, à ceux qui ne les congnoissent. S’ilz sont grans théologiens, et philosophes sévères et tétriques [sombres], qu’ilz nous tiennent pour petis grammairiens, qui ne faisons qu’un petit desgrosser les matières, et mascher aux simples un petit la viande plus menue, pour les préparer à leur eschole et à une plus haute philosophie. S’il leur semble qu’il faille traicter telles matières en plus grande gravité et modestie, je ne nye pas qu’on ne sauroit traicter la parolle de Dieu en trop grand honneur et révérence ; mais je voudroye bien aussi qu’ilz eussent la considération, que la parolle de Dieu n’est pas tellement sévère et tétrique, qu’elle n’ait ses sronies, farceries, jeux honnestes, brocardz et dictons convenables à sa gravité et majesté 6. »

Autre part, il dit encore au « lecteur chrestien » :

«Il y en a qui ne sont pas encore tant mortifiez, qu’ilz n’ayent besoin d’estre attirez par

1. C. Lenient, La satire en France, 1 (nouvelle édition), 1886, p. 170. — 2. Jbid., p. 171.

3. Lenient, I, p. 170. — #. C'est nous qui soulignons ici et plus loin.

5. Disputations chrestiennes, en manière de deviz, divisées par dialogues. par Pierre Viret, avec une épistre de Jehan Calvin, 1544. (Bibl. de Genève.) Préface. p. 48. — 6. Jbrd., p. 57, 58.

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