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Opera NI, p

ICON. CALV. 17

Tout cela ne suffisait pas. Alors, — et c’est ici l’essentiel, — alors paraît le cardinal de Lorraine; et c’est lui qui prend en main la défense de l'Eglise catholico-romaine. « Mais, — c’est Lenient qui parle, — il n’avait ni l’autorité morale, ni le prestige d’un Saint-Bernard ou d’un Bossuet ; et il n’eût pas fallu moins alors pour tenir tête à la Réforme. La vie mondaine et dissipée du prélat, ses intrigues et ses mésaventures politiques nuisaient à l’effet de son éloquence. »

Le cardinal procéda avec les moyens que son tempérament lui dictait. Il s’entoura d'hommes qui, moralement, le valaient, et l’on vit ainsi se former la première phalange des défenseurs du catholicisme-romain, des premiers adversaires des calvinistes, — horde de calomniateurs à gages, qui joignaient tous les vices à toutes les impudences.

« Le fardeau de la discussion, dit encore Lenient, tomba un instant aux mains de champions indignes d’une si grande œuvre. Peu scrupuleux sur le choix des moyens et des personnes, le cardinal de Lorraine acceptait tous les alliés que lui amenaient la faim, l'intrigue ou la conviction : moines défroqués comme Cathelan, écrivains besoigneux comme Artus Désiré, aventuriers coureurs de religion comme Baudoin et Villefagnon. Maigres recrues à mettre en face de cette foudroyante légion de Genève, qui remplissait le monde de ses prédications et de ses

livres 1, »

Tels ont été les inventeurs de la légende calvinienne. Il est important de ne pas l'oublier. — Et tels ont été les hommes avec lesquels Calvin a eu affaire. Il est non moins important de ne pas l’oublier pour apprécier et l’état d’âme du Réformateur — lindignation ne lui était-elle pas permise ? — et le style dont il a usé. S’il a été violent, brutal, en vérité, à qui la faute? = Parlons maintenant de ses réponses satiriques, à Cenalis, évêque d’Avranches (1549), à

Antoine Catelan (1556) et à Gabriel de Sacconay, le chantre de Lyon (1561).

2. L’évèque d’Avranches, Robertus Cenalis [Ceneau], plus tard évêque de Paris ?, et mort en 1560, avait composé un traité intitulé : L’antidole contre l’Intérim. L’Intérim était la fameuse loi provisoire que l’empereur Charles-Quint avait imposée aux protestants. Comment l’évêque d’Avranches le combattait-il ? « N’ayant nul argument d’escrire, raconte Calvin (à la fin de son important ouvrage contre l’Interim adultero-germanum, 1549) %, il s’est forgé je ne say quel chasteau de neiges, auquel il a imposé le nom d’Jntérim, et s’est rué dessus pour monstrer toutes ses vaillances !, »

Bèze insinuera plus tard que cet Jntérim avait peut-être été fabriqué à la Pomme de pin, un cabaret célèbre, à l’ombre d’un verre de vin, par quelque compagnon de bouteille 5.

Seulement quelques courtes citations.

« Pour accomplir le nombre de ses sages, sus l’autorité desquels il se fonde, il adjouste : Un

badin du tout semblable à luy, nommé Cochleus ; lequel il appelle subtil discréteur des esprits. Or

1. Lenient, La satire en France au seizième siècle, , p. 224-228.

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