PL. XXIII
Caricature par Arcimboldo.
A quel fâcheux point de tristesse Ne voit-on pas l'homme réduit, Lorsque la tremblante vieillesse D'un pas précipité le suit.
Ses membres sont plus froids que glace, Sa vigueur n'est qu'auprès du feu,
Il se retranche en cette place Et c’est là son principal jeu.
La gravure se trouve à la Bibliothèque de Zurich, et porte la note manuscrite suivante : « Calvin, travesti par Abraham Bosse. Voyez Théodore de Bèze, le Pendart. Ex collectione Joh. Conradi Lavateri. Tribuni F. Ex dono Conradi Lavateri Tribuni F. (Filii ?). Mense octobris 1795.» (Ceci est la date du don.)
Abraham Bosse était un graveur, né en 1610 à Tours, et mort en 1678. Il travaillait dans la
manière de Callot.
SECONDE PARTIE : Contre le calvinisme. — I. Le vomissement de Luther. — II. La religion libre. — III. Les singes huguenots. — IV. Les hauts faits du calvinisme. — V. L'esprit à sept têtes des calvinistes. — VI. La Furie et les trois Réformateurs. — VII. La synagogue hérétique. — VIII. L'étrange rencontre. — IX. Le Moulin d'erreur. — X. La chaire renversée. — XI. Le prix de la victoire. — XII. Calvin ter-
rassé. — XIII. Calvin accroupi. — XIV. Calvinisme et jansénisme. — XV. Le Consistoire de l'erreur. — XVI. Le triomphe de l'Eglise. — XVII. L’hérésie démasquée. — XVIII. Calvin et Mahomet aux enfers. — XIX. Dévore, oiseau, ou meurs.
Le vomissement de Luther.
Nous pouvons commencer par la caricature, qui est la plus générale et qui va comme nous donner le ton. La doctrine de Luther est un vomissement, et c’est ce vomissement qu’adorent avec respect tous les protestants.
Cette caricature est une peinture (environ o"6o de hauteur sur 1 m. de longueur) qui se trouve à la Bibliothèque du protestantisme français, à Paris. Elle a fort souffert, peut-être a-t-elle été exposée à la chaleur d’un poêle ou d’une cheminée : et il y a quelques places où l’on ne voit rien. L’ensemble toutefois est très clair. — Nous donnons le fragment principal, copié par M. H. Armand-Delille.
Luther, au milieu de la toile, est assis sur un fauteuil et vomit dans un bassin en cuivre. Mélanchthon, derrière lui, lui tient la tête entre les deux mains. Luther, fatigué, appuye un bras sur le fauteuil, et son autre main, tendue, est tenue par la main de Calvin, qui lui tâte le pouls. Deux personnages, dont l’un est Bugenhagen, tiennent le bassin. Tous les autres assistants, respectueux, tendent les mains. Au-dessous du bassin, deux personnages, à genoux, sont en adoration. Ce sont Jean de Leyde et Davis Jorris. Müntzer est à côté. — Il y a en tout vingttrois figures ; la liste des noms est inscrite sur la toile.
Voilà donc la Réforme, depuis les anabaptistes jusqu'aux calvinistes, toute groupée respec-
tueusement autour des dégoûtantes expectorations du moine de Wittemberg.
La religion libre.
« Allégorie sur la Réforme. Luther et Calvin sont montés sur des chevaux qui traînent un char, sur lequel se voient deux figures allégoriques, assises dos à dos et sonnant de la trompette. Gravure au burin, signée d’un monogramme formé des lettres A. Z.»t
Au-dessus de la gravure, le titre : Liberæ religionis typus. Le type de la religion libre. Au-dessous deux distiques latins :
« Dès que la Religion libre est entrée dans le’ monde, subitement la paix et la piété ont été ensemble chassées. — Si la Religion libre ne sort pas bientôt du monde, d’horribles guerres acca-
bleront les malheureux plus gravement que jamais. »
1. Paris. Estampes. Collection Hennin, vol, VIII, p. 15. Catalogue N° 726.
Le vomissement de Luther.
Le char est suivi par une troupe de soldats et de citoyens. Des inscriptions, parsemées, portent : Rebellio et Hæresis ; Crudelitas ; Devastatio ; Paupertas….
L’original de cette caricature, un dessin à l’encre de Chine, est au Musée de Rotterdam (atlas . van Stolk), 1550-1600,
LIBERAE RELIGIONIS TYPVS.
LIBER A RELLIGIO CVM PRIMVM INTRAVIT IN ORBEM, LIBERA RELLIGIO NI MOX EXCESSERIT ORBE, PELLVNTVR SVBITO PAX PIETASQUE SIMVL. ASPERIVS MISEROS HORRIDA BELLA PREMVNT.
La religion libre. (p. 156.)
IIT
Les singes huguenots.
Nous retrouvons ici G. de Saconay et sa caricature contre les calvinistes transformés en singes.
Le rôle des animaux dans la caricature est trop naturel pour ne pas avoir été constant. Le renard, le loup, le singe sont constamment chargés de représenter telle ou telle catégorie d’hommes ou de vices. — Tantôt avec Murner on voit un renard vêtu en moine et portant deux oies grasses sur son dos, et une non moins grasse à la main ; tantôt, comme à Toulouse, Calvin avec la tête d’un âne ou d’un cochon, prèche aux calvinistes, etc.
Dans louvrage dont nous avons parlé: Discours etc., après lEpitre au Roi, se trouve une caricature reproduite dans un second ouvrage du même auteur, dont il faut dire ici quelques mots : « Généalogie et la fin des Huguenaux et descouverte du Calvinisme, où est sommairement descrite l’histoire des troubles excitez en France, par lesdits Huguenaux jusques à présent. — Benoist Rigaud, Lyon, 1573, 8°. »
Et c’est ce second ouvrage qui explique la caricature. La « généalogie » des huguenots ? Les huguenots descendent- des singes, sont des singes, des guenons.
Et en effet la caricature représente des singes, occupés à toute espèce de besognes, et offre, au-dessous, comme explication sommaire, le passage de l’Apocalypse, ch. XIIT : « Puissance a esté donnée à la beste de blasphémer contre Dieu et son tabernacle, et ceux qui habitent au ciel. Et
luy a esté permis faire guerre contre les saincts et les vaincre, »
Mais laissons parler Philareste Chasles :
« Le lion que vous apercevez sur le devant est le symbole de la monarchie. Ils Pont bridée et muselée; ils la chevauchent; ils l’outragent; cette pauvre monarchie porte sur son dos un singe qui joue avec la queue du lion, et sur sa crinière un second animal de même espèce tenant une large bourse pleine d’écus, qu’il fait sonner avec orgueil. Qui n’aurait pitié du roi des forêts, contraint de plier sa tête sous une loi ignominieuse ? — Rachetez-donc la monarchie
française, délivrez-la de ce mal-
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heureux singe huguenot qui SN | “ (£ ER / la tient liée par la patte. Sus! | C4 XD)
Sus ! aux hérétiques !
» L’auteur n’oublie rien de
ce qui peut rendre odieux au
peuple les singes huguenots.
Il y en a un qui prèche. Vous Les huguenots d’après G. de Saconay.
voyez suspendue à sa chaire
une gaîne remplie de poignards. Un autre, chargé d’un ballot, emporte avec lui toutes les richesses de la France. Ceux-ci arquebusent le Christ; ceux-là, plus barbares que les Juifs le crucifient une seconde fois; enfin, par un infâme blasphème, il y en a un dont la patte a saisi le saint-ciboire et dont le dos est revêtu de l’étole. Debout ! catholiques! Délivrez le lion français et l'Eglise de
Dieu en proie à ces vils ennemis! Sus / Sus ! aux hérétiques ! ! »
Or nous trouvons une gravure tout à fait analogue dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque de Lyon, intitulé: De fristibus Francie ?, et qui a été publié, texte et dessins, en
Voici ce que l’éditeur explique dans sa préface :
« La prise d’armes des protestants, en 1562, fut particulièrement signalée par les excès qu’ils
commirent, sous les ordres du Baron des Adrets, dans les villes de Lyon et de Montbrison. La
1. Description de la gravure : < La généalogie des huguenots, » dans le Musée de la caricature, publié par Jaime.
2. « De tristibus Franciæ Libri quatuor, Ex bibliotecæ Lugdunensis codice, nunc primum in lucem editi, cura et sumptibus L. Cailhava, Lugduni, per Ludovicum Perrin, 1840. » Tiré à 120 exemplaires,
Bibliothèque de Lyon possède, sur cette époque désastreuse, des documents précieux, au premier rang desquels figure le manuscrit que nous publions. Inscrit sous le N° 581 du Nouveau catalogue (autrefois N° 89 du Catalogue Delondine), ce manuscrit se compose d’environ 3 000 vers latins, divisés en quatres livres, et de 39 dessins soigneusement coloriés à l’aquarelle, que nous n’hésitons pas à attribuer au calligraphe luimême. C’est un in-folio de 102 pages, sur papier, d’une écriture nette et lisible qui porte tout le caractère du seizième siècle.
» Il nous est impossible d'attribuer au copiste, qui estropie à chaque page lorthographe des mots et les règles de la quantité, un Poème qui, bien que méchamment écrit, suppose une cer-
taine habitude de la langue
latine, quelque familiarité avec
Les huguenots d’après De fristibus Franciæ.
les auteurs anciens et les Pères de l'Eglise. Original ou copie, ce manuscrit n’en offre pas moins des détails pleins d'intérèt sur les guerres civiles et religieuses qui désolèrent la France pendant le règne des trois fils de Catherine de Médicis. Il se recommanderait au besoin par le seul mérite de ses peintures qui retracent fidèlement les costumes et les scènes les plus dramatiques de cette époque. Elles peuvent servir de suite et de complément au recueil de Périssin et Tortorel, que recherchent avec tant d’empressement les collecteurs d’estampes historiques.
» Pour l’auteur de cet ouvrage, il est demeuré inconnu ; mais la part qu’il accorde aux événements qui se sont passés [après 1562] à Lyon, et dans les environs, nous fait présumer, avec le P. de Colonia (Histoire littéraire de la ville de Lyon, 1730), qu’il n’était point étranger à cette ville.
» Une remarque assez singulière fortifie encore cette conjecture : c’est la conformité du premier dessin de notre manuscrit, avec le frontispice de deux ouvrages de Gabriel de Saconay, composés et imprimés vers le même temps à Lyon. Dans les deux compositions, qui ne diffèrent entre elles que par quelques légers détails, les calvinistes, métamorphosés en singes, s’abandonnent à toutes sortes de profanations, pillent les Eglises, revêtent les ornements sacerdotaux, s’installent dans la chaire à prècher et criblent de coups d’arquebuse un Crucifix, qui domine cette scène de désolation. Nous n’examinerons pas la convenance de l’étymologie, qui fait venir le
nom de Huguenot de celui de « Guenau ou Guenon, espèce de singes; » il nous suffit ici d’avoir
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constaté la communauté d’origine qu’établit un semblable rapprochement entre notre poème et les ouvrages du chanoine Comte de Lyon. » |
Une note, jointe au manuscrit, également manuscrite, d’une écriture plus récente quoique déjà ancienne, donne l’explication des quarante dessins ou figures dont il se composait alors (car une main inconnue a lacéré le feuillet qui contenait, avec la dernière figure, quelques vers terminant l’ouvrage). — Voici cette note :
Livre I, figure I: « Le lion, que l’on voit lié et dompté, représente la France, que les hérétiques réduisirent à un état déplorable, tant par les guerres civiles, en pillant, violant, tuant, saccageant et exerçant des cruautés inouïes envers les Catholiques, que par leurs impiétés dont ils laissèrent partout les marques, en profanant les églises, en brisant les vases sacrés et foulant aux pieds les croix, les images et reliques des saints. »
La question pourrait se poser : Qui a publié le premier la caricature? Est-ce l’auteur du Discours, en 1569, est-ce l’auteur du Tristibus Francie ?
Il semble permis de penser que les singes ont été d’abord présentés comme singes, et qu’en-
suite on les a vêtus? Cependant l’hypothèse n’est pas contraignante.
Ajoutons que cette reproduction simienne paraît avoir été goûtée des auteurs catholiques. Le pamphlétaire Artus Désiré a composé un livre intitulé : « La singerie des buguenols, marmots et guenons de la nouvelle derrision Théodobézienne. Contenant leurs arrêts et sentence par jugement de raison naturelle. Composée par M. Artus Désiré, à Paris, pour Guillaume Jullien, à l'enseigne de Amitié, près le Collège de Cambray, 1574. »
Anatole de Montaiglon, dans le Recueil de poésies françoises des quinzième el seizième siècles, tome IV, 1856, a reproduit la dédicace, en vers, à Charles IX. Artus Désiré presse le roi de
« faire une justice grande » des huguenots.. deux ans après la Saint-Barthélemy !
Les hauts faits du calvinisme.
En tête d’un volume de Fr. Mauduict, Response au livre intitulé : « La défense de Calvin, » composé par le sieur Charles Drelincourt, 1669, on voit un portrait de Calvin, qui est une copie de Woëiriot, sans rien de bien remarquable. Mais le médaillon est entouré de quatre scènes qui indiquent les dévastations accomplies par les disciples du Réformateur. Ils ont fait pendre les moines au gibet, aux arbres. — Ils ont renversé les crucifix et les croix. — Ils ont porté la guerre sur terre. — Ils ont porté. la guerre sur l’eau.
Cette gravure dérive d’une autre plus ancienne qui se trouve aux Estampes à Paris, et constitue un placard, un pamphlet volant ?.
[1611]. « Portrait de Calvin encadré dans une grande légende en français ayant pour titre : « L'origine et présent estat de la secte calvinienne, comme elle est maintenant divisée en quatre » principales parties ; l'an de nostre Seigneur 1611. En Anvers, chez Robert Bruneau, 1611. Gra-
» vure anonyme. » La gravure est dédiée à la reine par R. V. »