‹ Iconographie chrétienneChapitre 108 sur 141 · IIO. ESPRIT D'INTELLIGENCE PLANANT SUR DAVID · texte numérisé non relu

IIO. ESPRIT D'INTELLIGENCE PLANANT SUR DAVID

Miniature grecque du x° siècle ^

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Ce dessin est tiré d'un manuscrit grec où nous avons déjà

' Bibliothèque royale, Psallerium cuni figuris, grec, n" iSg. On lit sur le livre que tient David : « O 06 TO KPIMA COT TCO BAClAei AOC KAI THN AIKAIOCTNHN cor TCO TÏCO TOT BAClAeCOC. » On voit que le sigma est partout en forme de G;

pris le prophète Isaïe placé entre le Jour et la Nuit^ David, assisté par la Sagesse et la Prophétie , tient un livre où est écrit : « 0 Dieu ! donnez votre discernement au roi, et au fils du roi votre justice. » Le texte et les deux personnifications de la Sagesse et de la Prophétie, assistant au trône, ont trait à l'intelligence. Ce discernement que David demande pour lui , cette justice qu'il implore pour Salomon son fils, lequel prononça un jugement dont l'intelligence fait encore aujourd'hui notre admiration , tout cela est de la sagesse et de la droiture d'esprit. Dieu est favorable à la prière de David , et le Saint-Esprit plane sur la tête du roi , qu'il remplit de tous ses dons. On remarquera le nimbe qui entoure la tête de David et celle des deux allégories. Ce tableau est réellement l'apothéose de l'intelligence que sanctifie l'Esprit divin. L'Esprit est le dieu de la raison.

Du reste, cette doctrine est dans le passage suivant de saint Paul, qu'on ne saurait trop méditer : « L'esprit est donné visiblement à chacun pour l'utilité. L'un reçoit de l'esprit la parole de la sagesse; l'autre reçoit du même esprit la parole de la science. A l'un la foi arrive par le même esprit; à l'autre, et par cet esprit unique, le don de guérir les maladies. L'un a le don des miracles, un autre des prophéties, un autre du discernement des esprits, un autre des langues diverses, un autre

Vepsilon et Yoméga sont archaïques également. Remarquez des fleurs de lis au x' siècle, semées avec des quatre-feuilles sur le manteau de David. Ceci me rappelle qu'une couronne fleurdelisée, en marbre blanc, est sculptée sur la façade méridionale, au dehors de l'église principale de Chilandari , grand couvent, du mont Athos. Des fleurs de lis décorent également l'abside de l'église dite Hécatompyli, à Mistra. Le manuscrit est reconnu du x' siècle, l'Hécatompyli m'a semblé du xiii' et la couronne de Chilandari du xv*. Je doute qu'on trouve en France des fleurs de lis réeUes qui soient aulhenliquement antérieures au xi° siècle, et je pense que c'est un ornement choisi au hasard parmi beaucoup d'autres et adopté par les rois de France, pour leur blason , seulement à partir du XII* ou même du xiii° siècle.

' Plus haut, p. i84, pi. 52.

de l'interprétation des langues. Mais c'est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses et fait, selon qu'il lui plaît, la part à chacun \ » Moïse avait déjà dit que l'esprit de Dieu fait prophétiser et qu'il donne l'inteUigence de l'avenir; et les Actes des apôtres avaient ajouté que le Saint-Esprit parlait par la bouche des prophètes ^ Tout cela est conforme au texte de saint Paul et au dessin du manuscrit grec. Saint Pierre enfin avait reproché à Ananie de mentir au Saint-Esprit; or le mensonge est surtout un vice intellectuel. La science et la pensée modernes recueillent ces textes épars; elles groupent et multiplient ces faits isolés et trop j-ares encore, les mettent sous un jour plus éclatant, et prononcent, que le Saint-Esprit a commencé son règne. Ce qui flottait au moyen âge commence à se fixer aujourd'hui; et chaque personne divine rentre dans ses attributions spéciales^.

Au reste, l'art chrétien lui-même attribue quelquefois l'intelligence au Saint-Esprit, tandis qu'il donne la force au Père et l'amour au Fils. Le dessin suivant présente ce fait , qui est pour nous du plus haut intérêt.

' Ad Corinihios, I, cap. xu, v. 7-11. «L'esprit de Dieu scrute et connaît ce qui est en Dieu, dit saint Paul dans la même épitre, chap. 11 , v. 10 et 1 1. Il y aurait peut-être lieu de parler ici du péché contre le Saint-Esprit, péché qui paraît purement intellectuel, irrémissible et sur lequel on a tant discuté; mais nous ne sortirions de ce grave débat qu'après une dissertation fort longue et où l'archéologie monumentale n'a presque rien à voir. On peut consulter d'ailleurs un traité du bénédictin allemand Martin Gerbert ; cet ouvrage, imprimé en 1 767, a pour titre : De peccato in Spiritum Sanctum in hac et in altéra vita irremissihili.

* Lib. Numerorum, cap. xii, v. aS-ag. — Tertullien, De «m'ma, cap. 11, dit : « Sancti Spiritus vis operatrix prophetiae. » — Act. Apost. cap. xvui, v. 26.

^ <t Dieu est en trois personnes : la puissance est au Père, qui a tout créé; l'amour au Fils , qui a tout racheté ; l'intelligence au Saint-Esprit , qui a tout vivifié. » Ainsi s'exprime M. Fabisch, statuaire lyonnais, dans une introduction à l'histoire et à la philosophie de l'art chrétien. (Voyez l'Institut catholique, tome II, p. 3o8, n" de décembre 1 8^2.) L'Institut est un recueil périodique ; il se publie à Lyon , sous les yeux et le patronage de M^ de Bonald, cardinal-archevêque.

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