‹ Iconographie chrétienneChapitre 111 sur 141 · SAINT-ESPRIT EN COLOMBE ET PORTE SUR LES EAUX · texte numérisé non relu

SAINT-ESPRIT EN COLOMBE ET PORTE SUR LES EAUX

Miniature française, xv' siècle'.

Lorsque Dieu reçoit son fils et lui dit de s'asseoir à sa droite,

' « Venite, descendamus et confundamus liiiguam ipsorum. » [Genesis, \i, 7.)

' «Spiritus Dei ferebatur super aquas. » {Ihid. 1,2.)

^ Le mlnialuriste, amoureux du paysage, a été fort infidèle au texte; la terre, au heu

on voit souvent, dans les manuscrits à miniatures, en tête du psaume cix \ le Saint-Esprit planant au-dessus des autres personnes ou les unissant par l'extrémité de ses ailes,, ou se plaçant à côté du Père et à sa gauche. Isaïe le nomme plusieurs fois et analyse même les propriétés qui le constituent; les sept esprits qu'il possède, qui rayonnent autour du Messie, se reposent sur lui et le remplissent^. L'archange Gabriel dit à Marie : « Le Saint-Esprit surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ^. » Plus tard, au baptême de Jésus-Christ, le texte est plus formel encore, car le Saint-Esprit apparaît visiblement sous la forme d'une colombe '*; il se montre à Jésus , s'arrête sur lui , le remplit de sa vertu et le conduit au désert pour y être tenté par le démon. Avant de quitter la terre, Jésus promet à ses apôtres de leur envover le Saint-Esprit, le Paraclet, l'esprit de vérité^. En effet, « Lesjours de la Pentecôte étant accomplis, et tous étant assemblés dans

d'être informe , nue et ténébreuse , comme dit la Genèse , est charmante d'aspect , habillée de verdure, éclatante de lumière. Les petites vagues sur lesquelles glisse le Saint-Esprit , et que la gravure a pu rendre seulement par des lignes sèches et noires , sont rehaussées de lumière dans le dessin original. L'eau de ce beau fleuve est glacée d'argent et brille comme du cristal. Le manuscrit d'où est tiré ce dessin est à la bibliothèque de l'Arsenal : c'est un livre d'Heures du xv' siècle. (Théol. fr. 8, f" 3 verso.)

' « Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis. » Voyez principalement p. 283, pi. 78. Le Saint-Esprit que nous donnons est là, tenant un livre, comme celui qui précède, à ]a pi. 111.

^ «Effundam spiritum meum super semen tuum. » (Isaias, cap. xliv, v. 3.) C'est au chapitre xi, v. 1, 2 et 3, que sont énumérés les sept attributs du Saint-Esprit.

^ S. Luc, cap. I, V. 35.

* S. Matth. chap. m, v. 16, dit : « Ecce aperti sunt ei (Jesu baptjsato et oranti) cœli, « et vidit spiritum Dei descendentem sicut columbam » {corporali specie, ajoute S. Luc, chap. m, V. 22 ). En parcourant les gravures qui précèdent et d'autres qui vont suivre, on trouvera plusieurs baptêmes dans lesquels le Saint-Esprit se manifeste. (Voyez surtout page 186, pi. 53.)

« Et ego rogabo Patrem et alium Paracletum dabit vobis , ut maneat vobiscum in «aeternum, spiritum veritatis. » (S. Jean, chap. xiv, v. 16 et 17.)

un même lieu, il se fit tout à coup un bruit qui venait du ciel, semblable à celui d'un vent impétueux, et qui remplit la maison où ils étaient assis. Et ils virent apparaître comme des langues de feu qui se dispersèrent et vinrent se poser sur chacun d'eux. Et tous furent remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues , selon que fEsprit saint les faisait s'exprimer ^ » On est ici à la plus importante, à la plus complète de toutes les manifestations du Saint-Esprit: c'est comme TEpiphanie de la troisième personne divine.

Outre ces apparitions historiques , il y en a d'autres qui tiennent de l'histoire et de la légende tout à la fois, et que fart s'est empressé d'adopter.

Jésus-Christ , après avoir accompli sa mission sur la terre et terminé son douloureux pèlerinage, remonta au ciel pour venir rendre compte à son père de tout ce qu'il avait fait; ordinairement, sur les monuments qui représentent cette belle scène, on ligure le Saint-Esprit accompagnant le Père éternel dans la réception qu'il fait à son fil|.

Dans l'histoire de Dieu le fils, nous avons donné un dessin où le Saint-Esprit est assis à côté du Père, qui bénit son fils revenant de son pèlerinage terrestre. Le Saint-Esprit, qui tient un livre, attribut de l'intelligence, bénit également Jésus ^.

Après l'Ascension , vient l'Assomption ; après le triomphe du Christ, celui de Marie. La Vierge étant morte, « les apôtres portèrent son corps dans un sépulcre et s'assirent auprès, selon qu'il leur avait été ordonné par le Seigneur. Le troisième jour, Jésus vint avec une multitude d'anges et salua ses apôtres de ce salut qu'ils connaissaient si bien : « Paix à vous, » Les apôtres

' Act. Apostol. cap. II, V. 1-4.

" Voyez page 283 , planche 78. Ce sujet est extrait du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève , Romant des trois pèlerinages.

répondirent : « A vous, Seigneur, qui faites seul de grandes mer- (I veilles, à vous la gloire. » « Quelle faveur et quelle dignité, leur demanda Jésus, dois-je accorder en ce moment à ma mère? » Et ceux-ci : « Il paraît juste à vos serviteurs que vous, qui avez «vaincu la mort et qui régnez sur l'éternité, vous ressuscitiez « aussi le corps de votre mère et le placiez pour toujours à «votre droite. » Jésus consentit, et aussitôt l'archange Michel apparut et lui présenta l'âme de Marie. Alors le Sauveur dit ces paroles : «Levez-vous, ma mère, ma colombe, tabernacle de « gloire, vase de vie, temple céleste, afin que votre corps, qui « n'a reçu aucune tache à l'approche d'un homme, ne se dé- « truise pas dans le tombeau. » Aussitôt l'âme de Marie revint dans son corps, qui sortit glorieux du tombeau. Ainsi la Vierge, accompagnée d'une foule d'anges, fut enlevée au séjour azurée » Arrivée au ciel, Marie y fut accueillie par les trois personnes de la Trinité; elle s'agenouilla à leurs pieds et fut couronnée d'une couronne de reine ou d'impératrice. C'est à ce triomphe que le Saint-Esprit assiste, surtout dans les monuments figurés des xv^ et xvi'' siècles ^.

' Lefjenda aarea. De assumptione beatae virginis Mariae.

^ Ces monuments sont très-communs ; l'un des plus curieux est celui que nous reproduisons sur la planche suivante et où la Trinité, aussi égale que possible , assiste au couronnement de Marie. Est-ce le Père, comme c'est probable, qui couronne Marie, sa fille céleste ? Le Fils paraît bien être la personne qui est à la droite du Père et le Saint- Esprit celle qui est à sa gauche. Du reste c'est par comparaison avec d'autres monuments semblables de la même époque, et où des attributs divers caractérisent les trois personnes divines, qu'il est possible de dire que le Père tient la couronne sur la tête de Marie. Page 484 , planche 126 , nous donnerons un couronnement de Marie , où le Père , le Fils et l'Esprit sont parfaitement distincts. Si l'on ne possédait aucun monument de ce genre , on ne pourrait rien affirmer relativement à la distinction des personnes ; car, au xiii° et même encore au xiv' siècle, c'est le Fils qui couronne sa mère, et ni le Père ni l'Esprit ne lui rendent cet honneur. H y a des raisons tirées de l'Ancien Testament pour cela; on assimile Jésus et Marie à Salomon et Bethsabée , et l'on sait que Bethsabée fut couronnée par son fils. (Voy. à la Bibl. roy. suppl. L, 638. Au tiers de ce manuscrit, le Fils bénit sa mère, que deux anges vont couronner,)

1 l3. LE SAINT-ESPRIT EN HOMME ASSISTANT AU COURONNEMENT DE MARIE.

Sculpture française en bois, xvi° siècle, stalles de la cathédrale d'Amiens.

p. DVR AND

A ces apparitions, moitié historiques et moitié légendaires, il faut en joindre d'autres empruntées uniquement à la légende , qui sont plus ou moins douteuses et que l'art a trèssouvent figurées.

Il faut citer d'abord celle qui est relative à saint Joseph. On lit, dans l'histoire apocryphe de la nativité de Marie, que le grand-prêtre consulta Dieu pour savoir à qui il destinait en mariage la jeune vierge Marie. Dieu lui dit d'enfermer dans le saint des saints des baguettes appartenant à tous ceux de la tribu de Juda qui seraient sans épouse, et que celui dont le

bâton laisserait partir une colombe qui s'élèverait vers le ciel, celui-là était l'époux désigné. Comme Joseph tendait la main pour recevoir sa baguette, une colombe s'en échappa, plus blanche et plus resplendissante que la neige ; puis , après avoir voltigé quelque temps sur le temple , elle s'élança vers les cieux^ Dans plusieurs peintures à fresque, dans diverses miniatures de manuscrits, surtout chez les Italiens, on voit ainsi une colombe blanche, le Saint-Esprit, qui s'échappe du bâton fleuri que porte saint Joseph au moment de son mariage avec la Vierge.

Quant à la présence du Saint-Esprit au moment où la Vierge met au monde l'enfant dieu , on la remarque au portail septentrional de la cathédrale de Paris, sur le tympan de la porte ; mais elle n'est pas authentique. Il est probable que ce Saint-Esprit, qui ressemble plus à un petit oiseau , à un humble passereau, qu'à une colombe, a été ajouté dans une restauration récente et qui date de l'empire.

Mais le Saint-Esprit, comme la muse de la vérité, la muse du christianisme, a inspiré la poésie, l'amour et la vérité, les idées et les sentiments. On le voit , comme dans le manuscrit grec^ planer sur la tête de David, qu'il semble protéger de ses deux ailes étendues; David, la tête illuminée d'un large nimbe, attentif au souille de l'Esprit, recueille de nouveaux chants pendant qu'il tient son psautier ouvert et chargé d'un verset. Le Saint-Esprit ne se contente pas d'inspirer David , il fait assister le prophète - roi , à gauche par la Prophétie, à

' Cod£X apocjyphus Novi Testamenti. par Fabricius. Ce sujet a été représenté sur des fonts baptismaux romans qu'on voit dans une église paroissiale des environs de Saintes ; des antiquaires, ignorant la légende, ont pris ce bâton de saint Joseph pour un sceptre et celte colombe pour un aigle. (Voy. le Bulletin monumental, VIII, p. 3 19.)

^ Plus haut, page 419, planche 110.

droite par la Sagesse, deux génies, deux jeunes femmes, ornées du nimbe qui symbolise la puissance autant que la sainteté \ et dont l'une tient un rouleau et l'autre un gros livre fermé. A elles deux, ces femmes possèdent l'intelligence entière sous ses deux formes principales, le rouleau ou volume, et le livre carré.

Saint Etienne, nous l'avons déjà dit, recevait ses inspirations du Saint-Esprit, qui prononçait par la bouche du jeune diacre le discours recueilli dans les Actes des apôtres. Le Saint- Esprit, comme un oiseau familier,- vient se poser sur l'épaule droite du pape Grégoire le Grand; la colombe cause avec le pape et lui inspire ses divers ouvrages , qui l'ont mis à la tête des quatre pères de l'Eglise romaine ^.

' A ce caractère, fût-il unique, on reconnaîtrait que la miniature est byzantine d'origine ou tout au moins de tradition. Qu'on se reporte à ce que nous avons dit à ce sujet, surtout pages 61 et 66-69.

* Paul Diacre, Vie de saint Grégoire (Sancti Gregorii opéra, in-f, Paris, 1706, t. IV, p. i4, i5), raconte ainsi cette curieuse légende qui est souvent figurée en détail dans nos églises , et qui est sculptée notamment à la cathédrale de Chartres , sur le pilier des confesseurs , arcade droite du porche méridional : « A fideli et religioso viro... » ( il s'agit de Pierre, diacre de saint Grégoire) « fideliter post obitum ejus (sancti Gregorii) nobis « narratum didicimus , quod cum idem vas electionis et habitaculum Sancti-Spiritus vi- « sionem ullimam prophetœ Ezechielis interpretaretur, obpansum vélum inter ipsum et « eumdem exceptorem Iractatus sui, illo per intervalla prolixius réticente, idem minister « eius stilo perforaverit et, eventu per foramen conspiciens, vidit columbam nive candi- «diorem super ejus caput sedentem, rostrumque ipsius ori diu tenere appositum. Quae «cum se ab ore ejusdem amoveret, incipiebat sanctus pontifex loqui, et a notario gra- « phium ceris imprimi. Cum vero reticebat Sancti-Spiritus organum , minister ejus ocu- « lum foramini iterum applicabat , eumque , ac si in oratione levatis ad ccelum manibus « simul et oculis, columbae rostrum more solito conspicabatur ore suscipere. — Dans les représentations figurées la colombe est sur l'épaule de saint Grégoire; dans le texte du biographe elle se pose sur la tête du ponlife. La difficulté de représenter sur la tête du pape la colombe qui vient lui déposer l'éloquence sur les lèvres a dû faire prendre l'aulre parti. Du reste l'Esprit saint serait mieux placé sur la tête, siège de l'intelligence, ainsi qu'on le voit sur la pi. 110. On se rappelle le texle « fides ex auditu» lorsqu'on voit cette colombe parler à l'oreille du grand saint Grégoire.

l\ll. LE PAPE SAINT GREGOIRE LE GRAND INSPIRE PAR LE SAINT-ESPRIT.

Statue française du xiii° siècle, dans Notre-Dame de Chartres '.

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Les œuvres de saint Jérôme furent inspirées à ce grand saint par l'esprit de Dieu. Ainsi l'on voit, dans une très-belle miniature, une colombe soufflant dans l'oreille de saint Jérôme des

' Saint Grégoire le Grand ne fut pas le seul inspiré directement et visiblement par le Saint-Esprit sous forme de colombe; l'incomparable saint Grégoire VII eut le même honneur, et, dans son office, on voit en tête de la sixième leçon : «Dum missarum so- «lemnia perageret, visa est viris piis columba e cœlo delapsa humero £jus dextro insi- «dens, alis extensis caput ejus velare; quo significatum est Spiritus Sancti afflatu, non « humanae prudentiae rationibus ipsum duci in Ecclesiae regimine. » Saint Ephrem de Syrie déclarait avoir vu une colombe éclatante se poser sur l'épaule de saint Basile le

rayons d'intelligence, et le saint écrit sous cette inspiration ^ Cette colombe, fait singulier, ne porte pas de nimbe; mais ce doit être par erreur, car elle figure le Saint-Esprit.

A la sainte qui a le plus aimé Dieu, mais qui a le mieux compris et raisonné son amour, le Saint-Esprit vient inspirer ses intelligentes tendresses, et lui dicter ces effusions brûlantes et pleines de sens qui feront éternellement sa gloire. Une gravure représente donc sainte Thérèse assise, tenant une plume avec laquelle elle va écrire ses immortelles pensées. La sainte, ayant la tête environnée d'un nimbe rayonnant, lève les yeux au ciel, d'où partent des rayons enflammés. Sur l'un de ces rayons, le plus large, le plus long, est écrit : « Spiritus intel- « ligentiœ replevit illam^; » et le Saint-Esprit, qui descend du ciel derrière elle, dans une auréole flamboyante, explique ces paroles par sa présence visible.

Enfin, et c'est là une admirable tâche, le Saint-Esprit éclaire les rois dans leurs actions. Au sacre des rois et reines d'Angleterre, un duc, encore aujourd'hui, porte un sceptre surmonté d'une colombe devant le souverain qui va recevoir l'investiture sacrée. Dans Montfaucon, on voit Gharlemagne

Grand et dicter à ce père les beaux écrits que nous connaissons. Tout cela n'est qu'une imilation , comme on doit le sentir, de la descente du Saint-Esprit en forme de colombe sur les apôtres réunis dans le cénacle. Mahomet lui-même , qui sentait tout le crédit qu'un pareil phénomène pouvait donner à ses doctrines , avait dressé un pigeon à venir se poser sur son épaule, et l'oiseau y restait des heures entières. Le prophète arabe faisait passer cette colombe familière pour un messager céleste chargé de lui révéler les ordres de Dieu. Chez les païens , la colombe était déjà un instrument de doctrine, un organe de la volonté divine. Au sommet des chênes de Dodone les colombes prophétisaient l'avenir.

' Ms. de la Bibl. roy. Biblia sacra, n" 6829, fm du xiv* siècle. Willemin a gravé ce sujet dans son ouvrage des Monuments inédits.

' Si le Sainl-Esprit était le Dieu d'amour, c'eût été surtout à sainte Thérèse, cette amante de Dieu , qu'il eût inspiré toutes ses ardeurs. Cependant l'inscription porte que c'est de rinlelligence qu'il lui donne, et non de l'amour. Le Saint-Esprit éclaire et n'échauffe pas sainte Thérèse : « Accendit lumen sensibus. »

portant également un sceptre surmonté d'une colombe qui doit représenter le Saint-Esprit ^ Si le sceptre est un bâton qui sert à affermir la démarche , la colombe est l'esprit 'qui dirige les pas. Voici la colombe divine brodée sur un étendard religieux et militaire à la fois : religieux par la croix qui termine la hampe, militaire par sa forme. La colombe descend du ciel figuré par les ondulations qui sont brodées au sommet de cette voile guerrière ; elle descend sur la terre et plane audessus des bataillons qui vont en venir aux prises.

1 1 5. — ^ SAINT-ESPRIT EN COLOMBE SUR DN ÉTENDARD. Miniature française, xv° siècle, Bibl. roy. Heures du duc de Berri.

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Cet étendard est entre les mains de la Religion chrétienne personnifiée, de l'Eglise, qui s'apprête à vaincre la synagogue et le paganisme.

' Monum. de la monarch. franc. J'ignore si l'on doit se fier à la gravure; mais on trouva dans le tombeau de Philippe le Bel, violé à Saint-Denis en lygS, un sceptre doré, long de cinq pieds, et terminé par une touffe de feuillage, sur laquelle était représenté un

Au sacre de nos rois de France, après l'onction, on lâchait dans l'église des colombes blanches; cela marquait, dit-on, que ces oiseaux captifs ayant recouvré la liberté, le peuple, captif aussi, venait de regagner l'indépendance par le sacre de son roi. Je trouve cette explication fort insuffisante. Le peuple en effet ne perdait pas sa liberté par la mort du souverain; il ne la recouvrait pas non plus par le sacre de son successeur. J'aimerais mieux voir dans ce fait une idée analogue à celle du sceptre où se pose le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit, la divine colombe, prenait possession de la cathédrale, de même que fintelligence s'emparait du roi après sa consécration. La multitude des colombes lâchées dans l'église signifiait peut - être que le roi venait d'être doué de tous les dons du Saint-Esprit, et que, si l'un ou l'autre périssait en lui, il lui en resterait toujours quelques-uns, tant le nombre en était considérable. Chaque don du Saint-Esprit est symbolisé par une colombe, comme nous en verrons plusieurs exemples; les nombreuses colombes du sacre royal pouvaient donc figurer les nombreuses vertus de la royauté

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