‹ Iconographie chrétienneChapitre 117 sur 141 · CODLEDR DD SAINT-ESPRIT EN COLOMBE · texte numérisé non relu

CODLEDR DD SAINT-ESPRIT EN COLOMBE

Quant à la couleur de la colombe divine , elle est celle de la neige, qu'elle surpasse en éclat et en blancheur, comme les ♦textes le déclarent positivement. Cette colombe, symbole d'un dieu, devait arborer la couleur où viennent se réunir symboliquement toutes les vertus. Le bec et les pattes sont rouges ordinairement; c'est la couleur naturelle des colombes blanches^. Le nimbe qu'elle porte à la tête est presque toujours d'un jaune d'or et divisé par une croix, qui est rôuge assez souvent^, et

à tire d'ailes vers les cieux. Les actes du martyre de saint Quentin disent avec une suavité de paroles et un élan de foi rempli de charme : « Visa est felix anima velut coolumba, candida sicut nix, de collo ejus exire et liberissimo volatu cœlum penetrare. » Pour des esprits grossiers, encore offusqués par les ténèbres de l'idolâtrie, on exprimait ainsi la survivance et l'immortalité de l'âme , comme plus tard , lorsque parut dans l'art l'anthropomorphisme , on l'exprima par un petit enfant sortant quelquefois de la bouche même du décédé. » M. Robert aurait pu dire très-souvent , et même presque toujours, au lieu de quelquefois, tant cette façon de représenter l'âme sous la forme d'un enfant tout nu est fréquente au moyen âge.

' M. Michelet, Histoire de France, V* vol. p. lyô.

' M. le docteur Comarmond , bibliothécaire du palais Saint-Pierre , à Lyon , possède un manuscrit byzantin qui date du x" ou xi' siècle, et qui provient de la Grande-Chartreuse. Ce manuscrit est tout rempli de belles miniatures et couvert de plaques d'ivoire sculptées d'une manière remarquable. A la scène qui représente le baptême de Jésus- Christ, on voit le Saint-Esprit en colombe blanche, rouge au bec et aux pattes, avec quelques parties noires sur le dos des ailes.

^ Les exemples sont tellement nombreux que je ne les citerai pas ; je me contente de faire remarquer que l'on voit quelquefois des colombes divines ayant le nimbe rouge croisé d'or : le contraire se rencontre le plus souvent.

quelquefois noire ^ Dans la cathédrale d'Auxerre, le rouge est au champ du nimhe et l'or sur les croisillons qui le partagent^. Il n'y a, je crois, aucun caractère archéologique à recueillir de la variété de ces couleurs; on doit seulement dire, en général, que les couleurs riches et resplendissantes ont été préférées. Nous avons vu que la lumière entrait comme partie intégrante dans les ligures divines. Nous avons vu que le Père et le Fils étaient considérés comme des sources de lumière; qu'ils étaient vêtus et environnés du plus éblouissant éclat. Il fallait bien aussi que le Saint-Esprit, dieu comme le Père et le Fils, fût représenté resplendissant comme eux. On lit dans Ermold le Noir,« historien de Louis le Débonnaire^ : « La garde de l'église consacrée à Marie'' fut autrefois confiée à Theutram. . . .Une nuit, il vit le temple éclairé d'une lumière semblable à celle du soleil et telle que la répand cet astre dans le jour le plus serein. Il s'élance hors de son lit , et cherche à savoir d'où peuvent provenir les flots de lumière dont le saint édifice est inondé. Un oiseau de la grandeur d'un aigle couvrait l'autel de ses ailes

' Vitrail du xiv" siècle, dans la cathédrale de Freybourg en Brisgau , dans la nef latérale du sud.

^ Vitrail du xiii' siècle , au pourtour du sanctuaire ; il représente la création. Le Saint- Esprit y plane entre les eaux. Nous avons fait graver ce Saint-Esprit ; on le trouvera page /igi, pi. 129.

' Ermoldus Nigellus, Collection des Historiens de France, par M. Guizot. Cette colombe divine, qui a la grandeur d'un aigle, rappelle un coffret d'ivoire appartenant à M. Michéli et provenant de l'abbaye de Saint-Gall; le Saint-Esprit y est sculpté sous la forme de son symbole ailé. Ce Saint-Esprit, à nimbe crucifère, est posé de face, comme un aigle, dont il possède les proportions; il a les ailes ouvertes et abaissées sur un disque légèrement concave. Une main sort des nuages et montre celle colombe énorme La main , qui est celle de Dieu , n'est pas sur un nimbe crucifère ; mais d'elle partent en croix trois pinceaux ou foyers de lumière. Quatre anges adorent cette colombe. Ce coffret est du x' siècle sans doute; le poëme d'Ermold est de l'an 826 , et, dans le poète comme sur le coffret, la colombe est de la taille d'un aigle. Cet aigle a diminué de siècle en siècle; ilafi'a plus guère, vers la tin du moyen âge, que les dimensions d'un gros passereau.

* La cathédrale de Strasbourg, qui est une Notre-Dame.

étendues; mais cet oiseau, ce n'est point la terre qui l'a engendré. Son bec est d'or; ses serres sont d'une matière plus riche que les pierres précieuses; sur ses ailes est répandue la couleur azurée de l'éther , et de ses yeux jaillit une lumière éclatante. Le saint prêtre, frappé d'étonnement, n'ose fixer ses regards sur ceux de l'oiseau , dont il contemple avec admiraiioïi et les ailes et le corps, et surtout les yeux étincelants.^ L'oiseau demeure sur fautel jusqu'au moment où les tfôis chants du coq se font entendre et appellent les religieux à l'office. Alors il prend son vol, et, chose miraculeuse, la fenêtre opposée à l'autel s'ouvre d'elle-même pour lui laisser la liberté de sortir du temple. A peine s'est-il élevé vers les cieux, que toute lumière disparaît et prouve, en s'éclipsant, que cet oiseau était un habitant du royaume de Dieu. »

Cet esprit qui porte la lumière avec lui et qui, à ce signe, trahit son origine céleste et peut-être divine, ressemble à ces colombes en cuivre émaillé et doré qu'on suspendait autrefois au-dessus des autels. On les attachait par une petite chaîne à la voûte de l'église. L'intérieur de la colombe était creux, et l'on y renfermait des hosties consacrées. Cette colombe servait de tabernacle, et Jésus était contenu dans le Saint-Esprit, comme autrefois il avait été contenu dans le corp^ de Marie, cette épouse du Saint-Esprit, ainsi que s'expriment les textes sacrés. Dans les cabinets d'antiquités chrétiennes, on voit de ces colombes divines en métal. L'orbite des yeux incrusté de rubis ou d'autres pierres précieuses, le bec en or ou en cuivre doré comme les serres et les pattes, l'émail rouge incrusté sur la tête et la poitrine, l'émail bleu-vert et blanc coulé dans les ailes, tout cela rappelle le bec d'or, les yeux lumineux et les ailes azurées de l'esprit céleste vu par Theutram ^

' M. du Sommerard [Atlas des arts au moyen âge, chap. xiv, pi. 3) a donné le dessin

A moins que la matière qui entrait dans la composition de ces colombes ne s'y opposât, ou que l'imagination, comme celle de Theutram, ne créât des formes ou des couleurs nouvelles, les colombes divines sont blanches, lumineuses et ne dépassent guère , soit en plus , soit en moins , la taille des colombes de la nature. Cependant un Saint-Esprit, planant audessus des eaux au moment où le ciel et la terre, qui viennent d'être créés, n'offrent encore que le chaos informe et nu, est noir comme les ténèbres qui couvrent la face de l'abîme. C'est qu'alors Dieu n'a pas encore fait la lumière , et il faut qu'en effet les ténèbres soient bien puissantes , pour que la lumière du Saint-Esprit en paraisse comme éclipsée ^ La couleur blanche affectée au Saint-Esprit est d'une importance majeure, parce qu'elle est symbolique. Dans l'antiquité persane, deux génies, l'un bon et l'autre mauvais, Ormuzd et Ahriman, se disputent et se partagent le monde. L'un de ces dieux préside au bien et règne pendant le jour, l'autre au mal et gouverne pendant la nuit. Ormuzd, le bon génie, est lumineux, éclatant et blanc comme la lumière qui lui est soumise; Ahriman, au contraire, est noir et funèbre comme la nuit et les enfers qui lui appartiennent. La lutte qui s'établit entre ces deux principes se traduit par, le combat alternatif et continuel de la lumière et des ténèbres. De même l'esprit du bien qui, chez les chrétiens,

d'une de ces colombes en cuivre émaillé et doré, qui appartient à M. le colonel Bourgeois. M. l'abbé J. Corblet, membre de la société des antiquaires de Picardie, a publié un mémoire liturgique sur les ciboires du moyen âge, à la fm duquel est dessinée une colombe émaillée, que possède le musée d'Amiens. Cette colombe, qui est du xii' siècle, paraît avoir été employée comme cuslode pour les hosties consacrées. Une cavité peu profonde, creusée dans le dos, entre les ailes , et fermée par un couvercle qu'on maintenait à l'aide d'un bouton tournant, servait à cet usage. Cette colombe provient de l'abbaye de Raincheval (Somme). (Voyez les Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, tomeV.) ' C'est à la bibliothèque de l'Arsenal qu'on voit celle ténébreuse colombe , dans un manuscrit du xiii' siècle, théol. lat. et fr. 8.

soutient des luttes contre l'esprit du mal, est un esprit de lumière qui combat l'esprit de ténèbres. On a donc attribué au Saint-Esprit le blanc, la plus lumineuse des couleurs et qui les renferme toutes, comme on a donné au mauvais esprit le noir, qui est l'absence complète de la lumière. Tout ce qui précède nous a parlé de la blanche, de la resplendissante colombe , qui porte la lumière partout; elle fait le jour où elle entre, et laisse la nuit dans tous les lieux d'où elle se retire. Dans le dessin suivant, un oiseau, un esprit, mais un esprit malfaisant, souffle à un magicien des pensées mauvaises et noires comme lui.

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